Pourquoi le désir sexuel change dans le couple ? Comprendre les raisons pour lesquelles votre couple ne fonctionne pas comme vous l’imaginiez
Dans de nombreux couples, le désir sexuel devient une source d’incompréhension, de doutes et parfois de souffrance. Pourquoi l’un a-t-il envie plus souvent que l’autre ? Pourquoi le désir ne surgit-il plus" comme avant", malgré l’amour et la complicité ? Comprendre la différence entre désir spontané et désir réactif permet de sortir des malentendus, de la culpabilité et des injonctions à "avoir envie".
Je n’ai plus de désir sexuel spontané : le malentendu qui fragilise les couples
"Mon partenaire a plus envie que moi", "On s’aime, mais la sexualité est devenue compliquée".
Ces phrases comptent parmi les plus fréquentes en consultation. Elles ne disent pas l’absence d’amour. Elles révèlent surtout un malentendu profond sur le fonctionnement du désir sexuel dans le couple.
Le mythe du désir spontané permanent (celui qui surgirait naturellement, sans condition, comme au début de la relation) est aujourd’hui l’une des premières sources de culpabilité, de tensions et de conflits sexuels dans les couples durables. Cette incompréhension apparaît souvent après plusieurs années de relation, lorsque la sexualité change de forme, que le quotidien s’installe, que le corps et le lien évoluent. Lorsque l’envie ne vient plus "toute seule", le doute s’installe : sur soi, sur l’autre, sur la solidité du lien. Le désir devient alors un test implicite d’amour, parfois même une mesure de la santé du couple.
Or, les recherches contemporaines en sexologie montrent que le désir sexuel n’est ni automatique, ni uniforme. Il est contextuel, corporel et relationnel. Il peut apparaître avant l’expérience (on parle alors de désir spontané ) mais aussi pendant, lorsque certaines conditions de sécurité, de lien et de disponibilité sont réunies : c’est le désir réactif.
Dans la majorité des couples que je reçois, le problème n’est pas l’absence de désir,
mais la méconnaissance de son fonctionnement.
Comprendre cette distinction ne revient ni à banaliser l’absence de désir, ni à demander de se forcer. Elle permet au contraire de sortir d’un modèle normatif inadapté, de reconnaître la souffrance des deux partenaires (celui qui désire davantage comme celui qui doute de son désir) et de transformer la manière dont le couple vit l’intimité : non comme une épreuve ou une preuve, mais comme un processus vivant, évolutif, intimement lié au lien et aux étapes de la vie.
Partie 1 - Désir spontané et désir réactif : comment fonctionne réellement le désir sexuel ?
Dans de nombreux couples, le désir sexuel est encore pensé comme une pulsion qui devrait apparaître naturellement, sans condition, simplement parce que l’amour est là. Ce modèle implicite repose presque exclusivement sur le désir spontané, souvent présenté comme la référence d’une sexualité dite "normale".
Pourtant, cette vision est réductrice. Et elle devient même source de souffrance dès qu’elle est appliquée comme un étalon universel à la vie de couple.
Le désir sexuel n’est pas une réaction automatique : c’est un processus vivant, sensible au contexte.
1.1 Le désir spontané : un désir qui précède l’expérience
Le désir spontané correspond à une envie sexuelle qui apparaît avant toute stimulation. Il peut émerger à partir d’une pensée, d’un fantasme, d’une image, d’un souvenir ou d’un élan interne. Il est souvent associé :
-
à l’anticipation,
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à l’imaginaire érotique,
-
à la nouveauté,
-
à une disponibilité psychique suffisante.
Ce mode de désir est fréquemment observé au début des relations ou dans des contextes de nouveauté. Il est à noter que certaines personnes continuent d’ailleurs à fonctionner avec un désir spontané marqué et stable dans la durée, sans que cela constitue pour autant une norme applicable à tous les couples.
Le désir spontané est une modalité du désir sexuel, pas un indicateur universel de santé relationnelle.
1.2 Le désir réactif : un désir qui émerge pendant
À l’inverse, le désir réactif n’apparaît pas avant l’expérience, mais au cours de celle-ci. Il se manifeste lorsque la personne entre progressivement dans une situation de proximité, de contact corporel ou de stimulation, sans ressentir nécessairement d’envie préalable.
Beaucoup de personnes décrivent par exemple ne pas avoir de désir "au départ", mais se sentir disponibles, engagées ou curieuses une fois la rencontre corporelle initiée, lorsque les conditions sont favorables.
Autrement dit, le désir réactif n’est pas un manque de désir, mais un désir dont la temporalité est différente.
Ce fonctionnement est largement documenté par la sexologie contemporaine, notamment par les travaux de Emily Nagoski, qui montrent que le désir sexuel dépend fortement du contexte dans lequel il s’inscrit et non d’un mécanisme automatique ou volontaire.
1.3 Deux temporalités du désir, pas deux niveaux
Un point clinique essentiel doit être posé clairement : il ne s’agit ni d’un désir fort opposé à un désir faible, ni d’un désir "normal" face à un désir qu'on pourrait qualifier de "défaillant".
Le désir spontané et le désir réactif correspondent à deux temporalités possibles du désir sexuel. Ces modalités peuvent :
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différer d’une personne à l’autre,
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coexister chez une même personne,
-
évoluer selon les périodes de vie, les relations ou les contextes.
Contrairement aux idées reçues :
-
le désir réactif n’est pas genré,
-
il concerne aussi des hommes,
-
le désir spontané comme le désir réactif peuvent être pleinement vivants ou temporairement entravés selon le contexte.
Et lorsque le désir spontané est constant, il constitue lui aussi une donnée relationnelle à entendre.
Ces temporalités du désir interagissent avec des facteurs biologiques, psychiques et relationnels, sans pouvoir être réduites à un seul d’entre eux.
Dans cette partie, nous venons de voir comment le terme désir sexuel désigne l’élan subjectif vers la rencontre sexuelle, distinct de l’excitation physiologique ou du simple passage à l’acte. Cette précision est essentielle pour éviter les confusions fréquentes dans le couple.
Cette distinction entre désir spontané et désir réactif constitue la base pour comprendre les malentendus sexuels dans le couple, avant d’en analyser les effets relationnels et émotionnels dans les parties suivantes.
Partie 2 - "Mon partenaire a plus de désir que moi" : quand le couple se construit sur un malentendu sexuel
Dans la majorité des couples qui consultent pour une difficulté sexuelle, le problème n’est pas l’absence de sexualité, mais un décalage de désir.
Autrement dit, l’un des partenaires ressent du désir plus souvent, plus spontanément ou plus intensément que l’autre. Et tant que ce décalage reste inexpliqué, il devient progressivement un point de tension centrale dans la relation.
Dans le couple, ce n’est pas la différence de désir qui crée la crise,
mais la signification que chacun lui attribue.
2.1 Quand le désir devient un test d’amour
Dans ce contexte, un glissement insidieux s’opère. Le désir sexuel cesse d’être une expérience corporelle pour devenir un indicateur affectif. Lorsqu’il ne se manifeste plus spontanément, il est alors interprété comme un signal alarmant :
-
S’il/elle m’aimait vraiment, il/elle aurait envie.
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S’il/elle me désire moins, c’est que je compte moins.
Peu à peu, cette lecture s’impose et nourrit des tensions durables. Les travaux d’Esther Perel montrent que, dans le couple installé, le désir ne répond ni aux mêmes logiques que l’amour, ni à celles de l’attachement. Vouloir les confondre expose à une insécurité relationnelle profonde.
L’absence de désir spontané n’est pas un désamour, mais une inhibition contextuelle du désir.
2.2 Une souffrance à deux voix
Ce malentendu ne reste jamais abstrait. Il produit une souffrance des deux côtés du lien, même si elle s’exprime de manière très différente. D’un côté, la personne qui désire davantage peut ressentir :
-
un sentiment de rejet ou d’abandon,
-
une atteinte narcissique,
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une solitude affective persistante,
-
l’impression de devoir réclamer l’intimité.
À force de se répéter, cette solitude devient elle-même un facteur d’insécurité relationnelle, renforçant frustration, colère ou retrait émotionnel.
De l’autre côté, la personne dont le désir est plus réactif vit souvent une expérience inverse :
-
pression explicite ou implicite,
-
culpabilité,
-
peur de décevoir,
-
retrait progressif de la sexualité pour se protéger.
En d'autres termes, les deux partenaires souffrent, mais à partir de places différentes.
2.3 Désir, attachement et sécurité affective
Pour comprendre cette double souffrance, il est essentiel de rappeler que le désir ne se joue jamais hors du lien. Dans le couple, il est toujours interprété à partir du sentiment de sécurité ou d’insécurité affective.
Les apports de la théorie de l’attachement, initiée par John Bowlby et approfondie dans le champ clinique francophone par Nicole Guédeney, montrent que lorsque la sécurité relationnelle est fragilisée, le corps peut se mettre en retrait protecteur, indépendamment de l’amour éprouvé.
Ce qu'il est essentiel de retenir, c'est que le désir ne disparaît pas : il se protège.
Toutefois, cette protection n’est pas une solution durable, mais un signal clinique à entendre.
2.4 Stress, charge mentale et disponibilité corporelle
À cette lecture affective s’ajoute une dimension corporelle déterminante.
Le désir sexuel (en particulier lorsqu’il est de type réactif) est hautement sensible au stress, à la charge mentale et à la fatigue émotionnelle.
Cette surcharge concerne majoritairement les femmes, mais touche aussi de plus en plus d’hommes pris dans des injonctions contradictoires de performance, de disponibilité et de présence. Le stress chronique agit alors comme un facteur de désorganisation corporelle, limitant l’accès au plaisir, à l’élan et à la détente.
Les travaux de Gabor Maté soulignent combien le stress prolongé altère la capacité du corps à s’engager dans des expériences de plaisir et de désir.
Cela paraît évident, mais il utile de rappeler qu'un corps sous tension chronique ne s’abandonne pas facilement au désir.
2.5 Signaux cliniques fréquemment observés
Concrètement, cette désynchronisation entre le lien, le corps et le désir se manifeste par des signes récurrents en consultation :
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éviter le moment du coucher,
-
ressentir des tensions corporelles lors des approches sexuelles,
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conserver des fantasmes mais éviter le passage à l’acte,
-
vivre la sexualité comme une obligation ou une dette relationnelle.
Pris isolément, ces signes peuvent sembler anodins. Pris ensemble, ils traduisent souvent une difficulté plus profonde d’ajustement du désir dans la relation. A ce propos, les sexologues Alain Héril et Patrice Lopès rappellent que, dans la durée, le désir ne se maintient ni par la volonté ni par la pression, mais par la qualité du cadre relationnel et émotionnel.
2.6 Étayage clinique et constats issus de la pratique
Enfin, les synthèses cliniques et les travaux francophones en sexologie (majoritairement qualitatifs) convergent sur plusieurs constats robustes :
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La transformation ou la baisse du désir constitue l’un des premiers motifs de consultation en sexothérapie de couple, bien avant l’absence d’amour ou l’infidélité déclarée.
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La majorité des couples en difficulté décrivent un décalage de désir et non une absence totale de sexualité.
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Le stress, la fatigue et l’insécurité relationnelle sont plus fréquemment évoqués que les causes biologiques isolées pour expliquer l’inhibition du désir.
Ces constats rappellent que la dimension biologique existe, mais n’explique jamais à elle seule la dynamique du désir dans le couple.
Dans le couple, le désir ne s’éteint pas par manque d’amour, mais par manque de sécurité, de disponibilité ou de compréhension mutuelle.
Dès lors, une question centrale se pose : que se passe-t-il lorsque le désir ne revient pas spontanément, malgré l’amour et la compréhension ? C’est précisément ce que nous explorerons dans la Partie 3.
Partie 3 - Désir, corps et consentement : quand le désir ne revient pas tout seul
Après avoir distingué les temporalités du désir et les malentendus relationnels qu’elles génèrent, une question surgit inévitablement dans de nombreux couples : que se passe-t-il lorsque le désir ne revient pas, malgré l’amour, la compréhension et les ajustements relationnels ?
À ce stade, il devient nécessaire de changer de regard. Car quand le désir ne revient pas malgré l’amour, ce n’est pas un échec du couple, mais bien souvent un signal corporel et relationnel à écouter.
Autrement dit, le désir n’est pas une fonction que l’on peut activer par la volonté.
Le désir ne se commande pas : il se rend possible.
3.1 Désir, excitation et consentement : une clarification indispensable
Avant d’aller plus loin, une distinction est essentielle, tant elle est source de confusions dans les couples.
Dans le langage courant, désir, excitation et consentement sont souvent amalgamés, alors qu’ils renvoient à des réalités cliniques très différentes.
-
Le désir désigne l’élan subjectif vers la rencontre sexuelle.
-
L’excitation correspond à la réponse physiologique du corps.
-
Le consentement est un accord libre, conscient, réversible, donné sans contrainte.
Cette distinction est fondamentale pour éviter un malentendu majeur : le désir réactif n’est jamais une obligation sexuelle. Il ne peut exister que dans un cadre libre, sécurisé et réversible, sans attente de résultat ni pression implicite.
Ainsi, un désir respecté ne naît jamais sous contrainte.
Les travaux de Emily Nagoski montrent clairement que la pression, même subtile, active les circuits du stress, là où le désir a besoin de sécurité et de relâchement pour émerger.
3.2 Lorsque le désir ne peut pas revenir sans soutien
Cependant, il est indispensable de poser une limite clinique claire. Il existe des situations où le désir (spontané ou réactif) ne peut pas revenir par la seule compréhension intellectuelle ou la bonne volonté du couple. C’est notamment le cas lorsque sont présents :
-
des expériences sexuelles ou relationnelles traumatiques non élaborées,
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des accumulations de pressions, de chantages affectifs ou de contraintes implicites,
-
des dynamiques de domination ou d’insécurité chronique,
-
un corps durablement associé à la peur, à la honte ou à la dissociation.
Dans ces contextes, un désir absent n’est pas un dysfonctionnement, mais une stratégie de protection. Il ne s’agit pas nécessairement de traumatismes majeurs, mais parfois d’accumulations relationnelles non intégrées.
Là où le corps a appris à se protéger, le désir ne revient pas par injonction.
Les travaux de Gabor Maté rappellent que le trauma n’est pas tant l’événement que ce qui reste figé dans le corps lorsque l’expérience n’a pas pu être intégrée. Certains signaux indiquent que le désir ne peut pas revenir sans un travail plus profond :
-
angoisse corporelle à l’approche de l’intimité,
-
dissociation ou absence de sensations,
-
accord donné sans élan intérieur,
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peur diffuse sans cause immédiatement identifiable.
3.3 Le rôle central du corps dans la relance du désir
Dans ces situations, toute approche uniquement centrée sur la communication ou la volonté atteint rapidement ses limites. Par ailleurs, le désir est un phénomène fondamentalement incarné : il dépend de la capacité du corps à se sentir suffisamment en sécurité pour s’ouvrir à la sensation, au plaisir et à la rencontre.
C’est pourquoi les cliniciens et sexologues comme Alain Héril et Patrice Lopès insistent sur l’importance de réintroduire :
-
le respect du rythme,
-
la sensation corporelle,
-
la présence à soi,
-
et la sécurité émotionnelle,
plutôt que de chercher à provoquer le désir par la performance ou l’injonction.
Autrement dit, ce n’est pas le désir qu’il faut produire, mais le cadre dans lequel il peut à nouveau circuler.
3.4 Ambivalence du désir et consentement réel dans la vie du couple
Dans la réalité des couples, le désir n’est pas toujours clairement présent ou absent. Il peut aussi se manifester de façon ambivalente : attiré d’un côté, retenu de l’autre. Cette ambivalence est particulièrement fréquente dans les fonctionnements de désir réactif.
De la même manière, le consentement n’est pas toujours explicite ou figé. Il peut être implicite, fluctuant, fragile. D’où l’importance de le remettre régulièrement au centre de l’expérience intime, non comme une formalité, mais comme un repère vivant. L’enjeu n’est pas d’obtenir un accord, mais de préserver une liberté réelle dans le lien.
3.5 Changer de boussole pour le couple
Au regard de tout cela, la question n’est plus "comment retrouver du désir ?" mais plutôt "qu’est-ce qui, aujourd’hui, empêche le désir de circuler librement dans ce lien ?"
Ce changement de perspective est souvent profondément apaisant. Il permet de sortir :
-
de la culpabilité,
-
de la comparaison,
-
de la performance sexuelle,
pour entrer dans une lecture plus juste et plus respectueuse du vivant.
L’enjeu n’est pas de retrouver du désir à tout prix,
mais de respecter ce que le désir révèle du lien et du corps.
Enfin, lorsque le désir devient source de souffrance, d’évitement ou de conflit durable, un accompagnement thérapeutique peut offrir un espace sécurisé pour :
-
restaurer la sécurité affective,
-
réconcilier le corps et le lien,
-
permettre au désir de retrouver une place vivante, non contrainte.
Dans ma façon de travailler, qu’il s’agisse d’un travail individuel (45 minutes) ou d’une thérapie de couple (1 heure), l’objectif n’est pas de "réparer" le désir, mais de réapprendre à écouter ce qu’il dit de l’histoire relationnelle, du corps et des limites du lien. Et parfois, écouter le désir conduit aussi à reconnaître les limites d’un couple, sans culpabilité ni violence.
Ainsi donc, dans le couple, le désir ne se perd pas ; il attend des conditions plus justes pour revenir.
FAQ - Désir spontané, désir réactif et sexualité dans le couple
1. Le désir réactif est-il normal dans un couple ?
Oui. Le désir réactif est une modalité fréquente et saine du désir sexuel, particulièrement dans les relations durables. Il apparaît en réponse à un contexte sécurisant, à une proximité ou à une stimulation progressive. Il ne traduit ni un manque d’amour, ni un trouble sexuel.
Les fluctuations du désir font partie de la vie normale des couples et ne nécessitent pas systématiquement un accompagnement.
2. Quelle est la différence entre désir spontané et désir réactif ?
Le désir spontané apparaît avant toute stimulation, souvent de manière immédiate. Le désir réactif émerge pendant l’expérience, lorsque les conditions émotionnelles, relationnelles et corporelles sont réunies. Ces deux formes de désir peuvent coexister chez une même personne et évoluer selon les périodes de vie, le stress, la relation ou l’histoire personnelle.
3. Pourquoi le désir sexuel disparaît-il dans un couple qui s’aime ?
Le désir peut diminuer ou se retirer lorsque le corps ne se sent plus suffisamment en sécurité, disponible ou libre. Stress, charge mentale, pression sexuelle implicite, insécurité affective ou mémoire corporelle non apaisée sont des causes fréquentes, indépendantes de l’amour.
Le désir sexuel peut disparaître dans un couple qui s’aime sans que cela remette en cause la sincérité du lien.
4. Peut-on aimer sans avoir de désir sexuel ?
Oui. L’amour et le désir sexuel ne reposent pas sur les mêmes mécanismes. Il est possible d’aimer profondément sans ressentir de désir, de façon temporaire ou durable. La question devient clinique non pas lorsqu’il n’y a plus de désir, mais lorsqu’il y a souffrance, contrainte ou renoncement non choisi pour l’un ou l’autre partenaire.
5. Quand le désir ne revient pas malgré les efforts, que faut-il comprendre ?
Lorsque le désir ne revient pas malgré l’amour et la communication, il ne s’agit pas forcément d’un dysfonctionnement. Le désir peut alors jouer un rôle de protection, notamment face à une insécurité relationnelle, une pression implicite ou une expérience corporelle non apaisée.
Dans certains couples, le désir revient lorsque les conditions changent ; dans d’autres, il se transforme ou indique une limite du lien.
6. Le désir réactif implique-t-il de se forcer ?
Non. Le désir réactif n’est jamais une obligation sexuelle. Il ne peut exister que dans un cadre de consentement libre, réversible et respectueux du rythme.
Ici, le consentement est entendu au sens clinique : liberté intérieure, absence de contrainte, possibilité réelle de dire non. Se forcer inhibe le désir au lieu de le favoriser, comme l’ont montré les travaux de Emily Nagoski.
7. Et la personne qui a plus de désir, que devient-elle ?
La souffrance de la personne dont le désir reste vivant mais non rencontré est tout aussi légitime. Sentiment de rejet, solitude affective, frustration ou incompréhension peuvent s’installer durablement.
Comprendre le fonctionnement du désir ne signifie pas nier cette souffrance, mais sortir d’une lecture culpabilisante ou accusatrice, au profit d’un regard plus ajusté sur le lien.
8. Peut-on être heureux en couple sans sexualité ?
Certains couples traversent des périodes sans sexualité sans que cela remette en cause leur équilibre. Cependant, l’absence de sexualité devient problématique lorsqu’elle est vécue comme une privation, une contrainte ou une source de souffrance non dite.
La question n’est pas la norme sexuelle, mais le choix réel et partagé.
9. Quand consulter pour une baisse de désir dans le couple ?
Il est pertinent de consulter lorsque la baisse ou l’absence de désir devient source de :
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souffrance durable,
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conflits répétés,
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évitement de l’intimité,
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culpabilité ou pression sexuelle.
Mettre ces questions en mots, seul ou en couple, avec un professionnel, peut constituer un premier pas sécurisant, sans obligation de "réparer" quoi que ce soit.
Autrement dit :
-
Le désir sexuel n’est pas automatique.
-
Le désir réactif est une forme normale du désir.
-
L’absence de désir n’est pas toujours un problème, mais un signal.
-
Le consentement sexuel se construit dans la durée.
-
Comprendre le désir, c’est souvent déjà apaiser le couple.
Conclusion
Lorsqu’au fil du temps le désir sexuel se transforme, ralentit ou disparaît, beaucoup de couples y voient un échec personnel ou relationnel. Pourtant, comme nous l’avons vu tout au long de cet article, le désir n’est ni automatique, ni constant, ni indépendant du corps et du lien. Il est contextuel, incarné et profondément relationnel.
Ainsi, comprendre la différence entre désir spontané et désir réactif permet déjà de sortir d’un malentendu central dans de nombreux couples : l’absence de désir spontané ne signifie ni absence d’amour, ni rejet de l’autre.
Cependant, lorsque le désir ne revient pas malgré l’amour, la communication et les ajustements relationnels, il ne s’agit pas d’un simple manque de volonté. Bien au contraire, le désir peut alors signaler :
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une insécurité affective persistante,
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une mémoire corporelle non apaisée,
-
une pression sexuelle implicite,
-
ou un cadre relationnel qui ne permet plus au corps de se sentir libre et en sécurité.
Autrement dit, quand le désir ne revient pas, ce n’est pas un dysfonctionnement : c’est un message.
Ce message n’invalide ni l’amour vécu, ni la valeur du lien. Au contraire, il invite à changer de boussole. La question n’est alors plus "comment retrouver du désir sexuel dans le couple ?", mais plutôt "qu’est-ce que le désir est en train de protéger, de révéler ou de limiter dans cette relation ?"
Dès lors, ce déplacement de regard permet de sortir progressivement :
-
de la culpabilité,
-
de la comparaison,
-
de la performance sexuelle,
-
et des injonctions à “avoir envie”.
Ce déplacement rappelle également un point fondamental : le consentement sexuel n’est jamais acquis une fois pour toutes. Il se construit, se vérifie et se réajuste dans la durée, au rythme du corps et de la relation. Dans cette perspective, reconnaître la souffrance de celui ou celle dont le désir reste vivant mais non rencontré est tout aussi essentiel que d’écouter le retrait de l’autre.
Par ailleurs, il est important d’oser une vérité rarement formulée : parfois, écouter le désir conduit aussi à reconnaître une incompatibilité ou une fin de cycle, sans que cela invalide l’amour partagé ni le chemin parcouru ensemble.
Enfin, mettre ces questions en mots (seul ou accompagné) constitue déjà un premier déplacement thérapeutique. Dans ce que je propose, un accompagnement individuel (45 minutes) ou une thérapie de couple (1 heure) peut alors offrir un espace sécurisé pour traverser ces enjeux sans rester seul face à eux, et pour réconcilier le corps, le lien et l’intimité, sans forcer ni normaliser à outrance.
En définitive, dans le couple, le désir ne se perd pas.
Il attend des conditions plus justes pour revenir… ou pour dire autre chose.
Références scientifiques et cliniques
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- Brenot, P. (2017). Les hommes, le sexe et l’amour. Les Arènes.
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- Héril, A. (2019). Les hommes et l’amour. Payot.
- Héril, A., & Mormont, C. (2013). Dictionnaire de la sexualité humaine. InterÉditions.
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- Lopès, P., & Poudat, F.-X. (2013). Manuel de sexologie. Elsevier Masson.
- Mimoun, S. (2010). Le guide de la sexualité féminine. Odile Jacob.
- Monnin Gallay, N. (2014). Le désir féminin : Une question de regard ? L’Harmattan.
- Perel, E. (2017). L’intelligence érotique (trad. fr.). Robert Laffont. (Ouvrage original publié en 2006)
- Poudat, F.-X., & Jarousse, N. (2016). Sexologie clinique. Elsevier Masson.
- Ribes, G. (2011). La sexualité et le couple. Dunod.
- Schnarch, D. (2001). Passion et intimité : L’amour sexuel dans le couple durable (trad. fr.). Payot. (Ouvrage original publié en 1997)
NeoSoi - Dr Céline BERCION - psychologue sociale et systémique, psychothérapie, thérapie de couple et sexothérapie - Bordeaux et visio
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