Céline BERCION - Dr en Sociologie et Psychologie sociale
Psychothérapie systémique

Thérapie de couple - Sexothérapie 
Initiatrice des grandes traversées de vie

Psychothérapie, thérapie de couple, sexothérapie et éveil de conscience

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Céline BERCION - Dr en Sociologie et Psychologie sociale
Psychothérapie systémique

Thérapie de couple - Sexothérapie 
Initiatrice des grandes traversées de vie

Ghosting, breadcrumbing, zombing… : ces nouvelles violences relationnelles qui sabotent l’amour et l’estime de soi

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Le ghosting et les relations fantômes ne sont pas de simples ruptures silencieuses. Ils touchent profondément l’attachement, le corps et la sexualité. À partir d’une lecture clinique, systémique et sexothérapeutique, cet article explore ce que ces relations révèlent de nos modèles amoureux contemporains et comment transformer ces expériences en chemin de conscience et de réparation.

Ghosting, breadcrumbing, zombing… quand le lien disparaît sans explication

Il ne répond plus, elle regarde encore vos stories. Parfois un message revient. Puis plus rien.
Ces comportements ont des noms : ghosting, breadcrumbing, orbiting, zombing, benching…
Ces termes se sont imposés dans le langage amoureux contemporain. On les retrouve dans les médias, sur les réseaux, dans les conversations, comme s’il s’agissait de simples "nouvelles manières de rompre" ou de maladresses propres au dating moderne, laissant derrière eux attente, confusion et perte de confiance.

Ces nouvelles formes de ruptures silencieuses ne sont pas anodines. Dans la clinique du lien, elles fonctionnent comme de véritables violences relationnelles invisibles : elles empêchent la séparation psychique, fragilisent l’estime de soi, dérèglent le rapport au désir et laissent le corps dans un état d’hypervigilance ou de figement.

Ce ne sont pas seulement des ruptures difficiles. Ce sont avant tout et surtout des relations qui ne savent pas mourir. Et ce qui ne meurt pas symboliquement (ce que l’on pourrait appeler une forme de désymbolisation du lien) reste actif à l’intérieur.

Dans ma pratique de psychologue sociale et systémique, de thérapeute de couple et de sexothérapeute, j’observe chaque semaine leurs effets dans mon cabinet : anxiété relationnelle, ruminations, suradaptation affective, troubles du désir, fatigue émotionnelle, difficulté à faire confiance à nouveau.

Cet article propose de comprendre ce que recouvrent réellement le ghosting, le breadcrumbing, le zombing ou l’orbiting, ce qu’ils produisent dans le psychisme, ce qu’ils disent de notre époque relationnelle, et comment ces expériences peuvent devenir (lorsqu’elles sont accompagnées) des passages de transformation du lien et de reconquête de soi.

Partie I - Le ghosting : pas seulement une disparition, mais une rupture du lien

Avant d’analyser leurs effets psychiques ou leurs causes profondes, il est essentiel de clarifier ce que recouvrent réellement le ghosting, le breadcrumbing, l’orbiting, le zombing ou le benching. Car derrière ces mots, il ne s’agit pas tant de relations mystérieuses ou intenses, que le plus souvent de liens pauvres, discontinus, faiblement engagés, qui prennent une puissance considérable non pas par ce qu’ils sont… mais par ce qu’ils mobilisent à l’intérieur.

Dans la clinique, je parle de relations fantômes : des liens qui ne sont plus réellement vécus, mais qui continuent d’exister psychiquement. Ce sont toutes ces relations davantage intérieures qu’extérieures, faites de projections, de scénarios, d’attentes et de dialogues internes.

Et ces liens ne se vivent jamais seulement dans la tête. Ils s’inscrivent également dans le corps : tension, guet permanent, sursaut à chaque notification, excitation, chute d’énergie, figement, troubles du sommeil ou du désir.

1.1 Au-delà des mots : une même architecture du lien

On décrit aujourd’hui :

  • le ghosting : disparition sans explication ; il suspend toute élaboration.

  • le zombing : retour sans reconnaissance ; il nourrit l’attente et la dépendance au signal.

  • le breadcrumbing : maintien de micro-signaux sans engagement.

  • l’orbiting : présence numérique sans relation ; il alimente le fantasme, la comparaison, la scène intérieure.

  • le benching : mise en attente, hiérarchisation implicite du lien ; il installe une asymétrie de valeur et de pouvoir.

Toutes ces pratiques semblent différentes. Cliniquement, elles obéissent pourtant à une même architecture relationnelle : elles maintiennent une trace de lien tout en empêchant sa transformation.

On ne quitte pas vraiment. On se retire sans vraiment partir. On regarde sans rencontrer. On entretient sans s’engager. On revient sans reconnaître. Une sorte de lien suspendu, sans statut clair, sans parole, sans clôture.

1.2 Quand peut-on parler de "relation fantôme" ?

3 critères cliniques simples

On ne parle pas de relation fantôme à chaque silence ou déception. On peut commencer à utiliser ce terme lorsque :

  1. Le flou dure plus que la relation vécue. L’après prend plus de place que le lien réel.

  2. Le corps est plus mobilisé que la relation. Attente, tension, vérifications, ruminations, sidération.

  3. La relation se vit surtout à l’intérieur. Scénarios, interprétations, espoirs, dialogues internes.

À partir de là, on n’est plus seulement dans une déception amoureuse, mais dans un lien psychique actif sans scène relationnelle réelle.

1.3 Tous les ghostings ne se valent pas

Les gradients de gravité clinique

Il est essentiel de sortir de toute vision homogène : tous les ghostings ne sont pas traumatiques.

  • Ghosting contextuel ou immaturité relationnelle

Maladresse, évitement ponctuel, peur de dire non. Cela peut blesser, mais reste souvent intégrable.

  • Ghosting d’évitement affectif

Disparition au moment où le lien engage émotionnellement. La relation devient menaçante pour l’équilibre interne.

  • Ghosting répétitif

Même scénario, mêmes absences, mêmes effacements. On est dans un script relationnel.

  • Ghosting instrumentalisant

Disparitions et retours utilisés comme régulation narcissique, maintien de pouvoir, contrôle du lien. Les effets vont alors de la tristesse à la désorganisation de l’attachement, à l’atteinte narcissique, parfois à de véritables micro-traumatismes relationnels.


POur le dire autrement :
Ce n’est pas l’acte isolé qui fait violence. C’est sa répétition, son opacité, son asymétrie… et ce qu’il vient rencontrer dans l’histoire du lien.

Si ces relations font si mal, c’est aussi parce qu’elles rencontrent chez certains une vulnérabilité particulière à l’attente, à la non-réponse, au lien suspendu, souvent enracinée dans l’histoire affective.

1.4 Le cœur du phénomène

Une relation sans tiers symbolique

Ce qui relie toutes ces pratiques n’est pas seulement le numérique. C’est l’absence d’un élément fondamental : la parole qui sépare.

Dans une rupture symbolisée, même douloureuse, il existe un tiers : une parole, un échange, parfois un conflit, qui permet au psychisme de transformer le lien en passé.

Dire "c’est fini", ce n’est pas seulement informer. C’est permettre au lien de changer de statut,
de devenir un souvenir, une histoire, un deuil. Dans les relations fantômes, ce tiers disparaît.

Il n’y a :

  • ni reconnaissance claire,

  • ni scène de séparation,

  • ni possibilité d’inscrire la relation comme terminée.

La relation ne devient pas un passé. Elle reste ouverte, ambiguë, active. C’est ce que l’on peut appeler une désymbolisation du lien : le lien n’est ni nommé, ni transformé, ni transmis au psychisme comme fini.

Autrement dit, ce ne sont donc pas seulement des relations qui font mal. Ce sont des relations qui empêchent le travail psychique de la fin.


Exemple : 

Clara ne dit pas : "on s’est séparés". Elle dit : "je ne sais pas ce qu’on est".

Il ne répond plus depuis trois semaines, mais regarde toutes ses stories. Parfois, la nuit, un message arrive. Puis plus rien.

Le corps de Clara n’est jamais tranquille : elle guette, dort mal, doute d’elle, se reproche d’attendre, a honte de vouloir encore. Elle oscille entre colère et espoir.

Cliniquement, Clara n’est pas seulement triste. Elle est empêchée de se situer. Et c’est précisément cette impossibilité de se situer (plus encore que la perte) qui fragilise la sécurité affective, l’estime de soi et la capacité à aimer.

Partie II- Effets psychiques et corporels : quand le lien se retire sans se défaire

Tout ghosting, tout breadcrumbing, tout lien suspendu ne produit pas nécessairement une désorganisation profonde. Certaines personnes vivent ces expériences comme des déceptions, parfois douloureuses, mais psychiquement intégrables.

Cette partie décrit ce qui se joue lorsque ces liens deviennent structurants : lorsqu’ils se répètent, s’installent, ou rencontrent des vulnérabilités anciennes. C’est alors que la relation fantôme cesse d’être un événement pour devenir un état intérieur.

Ce qui fait le plus de dégâts n’est pas tant la perte du lien que l’impossibilité de l’inscrire comme une perte. Dans une rupture symbolisée, même douloureuse, le lien peut devenir un passé. Dans les relations fantômes, cette opération échoue. Et lorsque le lien ne peut pas devenir un passé, il reste actif dans le présent psychique.

2.1 Une atteinte de la sécurité affective… inégalement vécue

John Bowlby l’avait posé très clairement : le système d’attachement ne se désactive pas tant qu’il n’a pas reçu un signal suffisamment clair de fin ou de sécurité. Or ici, il n’y a ni l’un ni l’autre.

Mais tous les sujets ne réagissent pas de la même manière.

  • Certains se détachent relativement vite.

  • D’autres s’anesthésient, se ferment, minimisent.

  • D’autres encore entrent dans une hyperactivation du lien : attente, rumination, lecture compulsive des signes.

Ce sont le plus souvent ces derniers qui consultent. Ils ne disent pas : "il est parti ". Ils disent : "je ne comprends pas", "je doute", "je ne sais plus où j’en suis".

Cliniquement, le système d’attachement reste ouvert, en recherche de signal. Pas de douleur franche qui fait pleurer et traverse. Mais une insécurité diffuse, chronique, qui ronge.

C’est là que s’installe l’anxiété relationnelle : hypersensibilité aux signes, difficulté à se désengager émotionnellement, sentiment de dépendre intérieurement de quelqu’un qui n’est plus là.

2.2 Quand l’estime de soi devient le lieu de l’explication

Dans une rupture symbolisée, la relation peut être pensée comme une histoire à deux qui s’est arrêtée. Dans une relation fantôme, faute de parole, le psychisme cherche une cause en soi. Progressivement, l’estime de soi devient la variable d’ajustement du lien : "si j’avais été moins comme ci…",  "si j’avais fait autrement…", "si je change, peut-être que…"

C’est ici que s’installe une honte silencieuse (qui prend plusieurs formes) et qui est centrale centrale dans ces cliniques : honte d’attendre, honte d’espérer encore, honte de vérifier, honte de ne pas "se respecter". 

Cette honte est particulièrement toxique car elle empêche de parler et de demander de l’aide. Elle enferme le sujet dans une tentative solitaire de se corriger pour sauver un lien qui n’existe plus réellement.

Winnicott décrivait combien l’absence de réponse suffisamment claire de l’environnement attaque le sentiment d’exister comme sujet. Et dans les relations fantômes, le sujet finit souvent par douter non seulement du lien, mais de sa propre légitimité à attendre quelque chose du lien.

2.3 Le corps : là où la relation ne s’est pas terminée

Avant même que les mots ne s’organisent, le corps a compris qu’un cycle n’était pas clos. On observe très souvent :

  • hypervigilance,

  • rapport compulsif au téléphone,

  • tensions diffuses,

  • troubles du sommeil,

  • alternance d’excitation et d’effondrement,

  • fatigue émotionnelle profonde.

Le corps attend alors même que la tête voudrait "passer à autre chose". Cette dissociation est clinique : le sujet peut décider mais le système nerveux, lui, n’a pas reçu le signal de fin.

Et tant qu’un lien n’est pas symboliquement clôturé, le corps reste engagé dans une dynamique de recherche. Ce n’est pas une faiblesse. C’est un mécanisme de survie relationnelle.

2.4 Attachement, mémoire relationnelle et scénarios anciens

Si ces expériences prennent parfois une telle ampleur, ce n’est pas seulement à cause de leur forme contemporaine ; c’est surtout parce qu’elles rencontrent souvent des zones anciennes de l’histoire affective.

Elles réactivent :

  • des vécus de non-réponse,

  • des attachements imprévisibles,

  • des liens où l’amour se devinait, s’attendait, se méritait.

Mary Ainsworth avait montré combien l’incertitude relationnelle est plus désorganisante que l’absence claire.

Dans les relations fantômes, cette incertitude devient un climat. On ne sait pas si l’autre est parti, s’il va revenir ou si l'on compte encore. On n’est alors plus seulement dans une relation présente, mais dans une mémoire relationnelle qui se remet à vivre.

2.5 Une lecture systémique : quand le lien devient une boucle

Ces dynamiques ne sont pas seulement intrapsychiques. Elles deviennent très vite interactionnelles. On observe très fréquemment des boucles typiques : attente → retrait → micro-signal → espoir → retrait → attente.

Plus l’un se retire, plus l’autre cherche. Plus l’autre cherche, plus l’un se retire.

Ces micro-réactivations (likes, messages tardifs, apparitions ponctuelles) entretiennent la boucle, renforcent l’attente, et empêchent la désactivation du lien. Le système relationnel, même appauvri, continue ainsi de fonctionner.

2.6 Désir, excitation et illusion relationnelle

Ces relations ne touchent pas seulement à l’attachement. Elles touchent aussi profondément au désir. Sur le terrain, je constate que le lien suspendu est souvent hautement érotisé psychiquement.

Pourquoi ? Parce qu’il est rare, imprévisible et parce qu’il ne se donne pas.

L’excitation, le fantasme, l’espoir deviennent parfois plus investis que la relation réelle ne l’a jamais été.

On observe alors une confusion croissante entre : désir, manque, validation narcissique et peur de perdre.

Le lien devient stimulant intérieurement alors même qu’il est pauvre extérieurement. 

Cette érotisation du manque prépare souvent des formes de dépendance affective, de fixation amoureuse, ou de sexualisation défensive du lien.

2.7 L’impossibilité de se situer

Ce qui caractérise le plus profondément ces expériences, c’est l’impossibilité de se situer psychiquement. Des questions sans réponses fusent dans la tête : puis-je être en colère ? Dois-je faire le deuil ? Ai-je encore une place ? Est-ce moi qui exagère ?

Or, se situer est une fonction psychique essentielle. Elle permet de se protéger, de se séparer, de se réengager ailleurs.

Et quand cette fonction est empêchée, le sujet reste pris dans le lien, même quand le lien n’existe plus réellement.

C’est en cela que le ghosting, le breadcrumbing ou l’orbiting ne sont pas de simples maladresses relationnelles. Ce sont avant tout des atteintes à la capacité de symboliser la fin.

2.8 Clinique de la désorganisation douce

Il ne s’agit pas toujours d’effondrements visibles. D'ailleurs, le plus souvent, la désorganisation est silencieuse, progressive, sourde : baisse de l’élan vital, méfiance relationnelle, retrait affectif, difficulté à désirer sans peur, confusion entre attachement, excitation et amour.

Le sujet ne s’effondre pas. Il se rétrécit.

Et c’est précisément pour cela que ces expériences méritent d’être prises au sérieux dans la clinique du lien.

Partie III - Lecture en psychologie sociale : ce que le ghosting dit de nos modèles relationnels contemporains

Le ghosting, le breadcrumbing, l’orbiting ou le zombing ne sont pas des anomalies individuelles. Ce sont des nouvelles formes de relations amoureuses cohérentes avec l’époque dans laquelle elles émergent.

La typologie classique est la suivante : des relations instables, souvent numériques, marquées par l’évitement émotionnel, la difficulté à rompre, la peur de l’engagement et une fragilisation de la responsabilité affective.

Mais les lire uniquement comme les symptômes d’une "dérive moderne" serait trop simple. Notre époque n’a pas seulement fragilisé le lien amoureux. Elle l’a aussi profondément libéré. Jamais il n’a été aussi possible de rencontrer, de quitter, de se réinventer, de sortir de relations toxiques ou violentes. Jamais les normes n’ont été aussi ouvertes.

Et en même temps, ces transformations rapides ont fragilisé certaines fonctions psychiques essentielles du lien : soutenir la dépendance, traverser le conflit, symboliser la perte, transformer la relation plutôt que l’interrompre.

Le problème n’est donc pas la modernité.
Le problème est l’absence d’accompagnement psychique et symbolique de cette modernité relationnelle.

3.1 Les nouvelles formes de relations amoureuses et la mutation des scripts amoureux

Eva Illouz l’a largement montré : l’amour contemporain n’est plus seulement une affaire intime. Il est devenu un fait social traversé par le marché, la performance, la comparaison et la logique du choix.

Les applications de rencontre n’ont pas créé cette mutation. Elles l’ont accélérée, rendue visible et permanente.

Le lien amoureux se construit désormais dans un univers de possibles démultipliés, de mises en concurrence silencieuses, d’options toujours disponibles.

On ne rencontre plus seulement quelqu’un. On se situe dans un espace de relations potentielles.

Dans ce contexte, la relation cesse d’être uniquement un engagement progressif pour devenir une option réversible.

Ce glissement transforme profondément :

  • la manière d’aimer,

  • la manière de s’attacher,

  • et surtout la manière de se séparer.

Quand le possible est toujours ailleurs, la traversée émotionnelle devient un coût.
La confrontation, la parole difficile, la perte et le deuil relationnel deviennent des expériences à éviter.

3.2 Relations liquides, économie affective et instabilité des liens amoureux

Zygmunt Bauman parlait déjà de liens liquides pour décrire des relations faciles à nouer, faciles à dénouer, mais de plus en plus difficiles à habiter.

Le ghosting est l’une des expressions les plus radicales de cette liquidité relationnelle :
- on ne rompt plus, on retire sa présence.
- on ne traverse plus un désaccord, on se déconnecte.
- on ne transforme plus un lien, on le laisse en suspens.

Ce qui se joue ici n’est pas seulement un style relationnel. C’est une économie affective, une façon de préserver son confort émotionnel, son image, son sentiment de liberté, son capital relationnel, narcissique et érotique.

Et dans cette économie du lien, disparaître devient parfois plus "rentable" psychiquement que parler, décevoir, soutenir la culpabilité ou se laisser affecter.

 3.3 Pouvoir relationnel, asymétrie et hiérarchies invisibles

Ces nouvelles pratiques relationnelles ne sont jamais neutres. Elles installent presque toujours des asymétries de position :

  • celui qui peut disparaître,
  • celui qui attend,
  • celui qui choisit,
  • celui qui espère,
  • celui qui s’adapte.

Par ailleurs, le ghosting, le breadcrumbing ou le benching sont aussi des modes contemporains de gestion du pouvoir relationnel : 

  • Pouvoir de se retirer sans se justifier.
  • Pouvoir de maintenir l’autre dans l’incertitude.
  • Pouvoir de distribuer ou de retirer des signes.

Et dans un univers de relations amoureuses potentiellement concurrentielles, le lien devient parfois un espace de négociation implicite de valeur :

  • Qui compte le plus ?
  • Qui dépend le plus ?
  • Qui est remplaçable ?

Ce n’est pas seulement de l’évitement.
C’est aussi une organisation hiérarchique silencieuse du lien amoureux.

 3.4 Le lien amoureux à l’ère du numérique : présence sans adresse, désir sans incarnation

Certes, l numérique ne produit pas ces dynamiques ; mais il leur offre un support structurel.

Par là-même, il permet une présence sans adresse : voir sans parler, regarder sans rencontrer, exister sans s’engager, disparaître sans scène.

De mon point de vue, l’orbiting en est l’expression la plus claire : l’autre est encore là comme image, comme trace, comme excitation… mais plus comme interlocuteur. Le lien se déplace du champ relationnel vers la scène interne.

Serge Tisseron a montré combien ces espaces favorisent des formes de présence partielle, où l’image peut remplacer la rencontre, et où le lien devient support de projection, de contrôle et de maintien imaginaire.

Comme on peut s'en douter, cela a des effets directs sur le désir : le manque est stimulé, l’imaginaire est sollicité, l’excitation circule sans corps ni transformation.

Pour le dire autrement, on n’habite plus le lien. On le consomme psychiquement.

3.5 Pourquoi les relations modernes ont de plus en plus de mal à se terminer

Dans de nombreuses cultures, la séparation était soutenue par des formes : paroles, médiations, récits, cadres sociaux.

Aujourd’hui, beaucoup de liens se font et se défont sans tiers, sans scène, sans rituel. Or la clinique comme l’anthropologie ont montré que la séparation n’est jamais un simple fait. La séparation est surtout et avant tout un processus symbolique.

Et quand ce processus n’est plus soutenu, la perte ne se transforme pas. Elle se déplace : dans l’angoisse, dans le corps, dans la répétition.

Le ghosting est une séparation sans structure qui ne contient ni début clair ni fin claire.
 

Ce que nous appelons désymbolisation du lien est aussi une désymbolisation de la perte.

3.6 Psychologie sociale du lien : une co-construction entre époque et organisations psychiques

Il serait erroné de penser que "l’époque" produit ces conduites à elle seule. Loin de là. Mais l’époque facilite certaines formes et les organisations psychiques les investissent.

Les attachements évitants y trouvent des outils.
Les attachements anxieux y trouvent des terrains d’activation.
Les fragilités narcissiques y trouvent des régulations.
Les scénarios de pouvoir y trouvent des supports.

Ces nouvelles formes de relations amoureuses sont donc le fruit d’une co-construction entre structures sociales et structures psychiques. Elles ne sont ni purement culturelles, ni purement individuelles. Elles sont systémiques.

3.7 Le paradoxe contemporain du lien amoureux

Nous vivons une époque où les possibilités de rencontre sont immenses, les libertés relationnelles inédites et les discours sur l’amour omniprésents. Et pourtant la capacité à soutenir psychiquement le lien semble fragilisée.

Le ghosting et les relations fantômes sont les symptômes de ce paradoxe : nous sommes dans une culture qui multiplie les possibles relationnels, mais qui outille peu à habiter la dépendance, la conflictualité et la fin.

Partie IV - Le point de vue de ceux qui ghostent : évitement, pouvoir et immaturité affective

Psychologie du ghosting, évitement émotionnel et peur de l’engagement dans les relations amoureuses modernes

Dans la psychologie des relations amoureuses contemporaines, comprendre le ghosting implique de regarder non seulement ceux qui le subissent, mais aussi les organisations psychiques de ceux qui disparaissent. Non pas pour excuser, mais pour comprendre ce qui se régule, ce qui se défend, ce qui se répète.
Le ghosting, le breadcrumbing et le benching ne sont pas seulement des comportements relationnels toxiques modernes. Ce sont devenus des solutions psychiques disponibles pour gérer l’angoisse du lien, la peur de l’engagement amoureux et la difficulté à se séparer.

Comprendre ces profils permet non seulement de mieux se protéger, mais aussi de sortir des boucles relationnelles répétitives et de choisir autrement.

4.1 Disparaître comme tentative de régulation émotionnelle

Dans la clinique du lien, ceux qui ghostent ne fuient pas d’abord l’autre. Ces personnes fuient ce qui s’active en eux dans la relation (dépendance affective, culpabilité, honte, peur d’être envahi, peur d’être vu, perte de contrôle, etc.)

Bowlby l’avait déjà montré : l’attachement n’active pas seulement le besoin de proximité, il active aussi des systèmes d’alarme internes.

Chez certains sujets, surtout quand l’histoire a associé proximité et danger, la montée du lien devient une menace psychique et corporelle. Disparaître permet alors de :

  • faire chuter l’activation émotionnelle,

  • éviter la conflictualité,

  • reprendre un sentiment de contrôle,

  • anesthésier la culpabilité.

Ce n’est pas de la liberté. C’est une tentative de désactivation émotionnelle.

4.2 Corps du ghoster : fuite, figement et anesthésie relationnelle

Entendons-nous bien : le ghosting n’est pas qu’un choix cognitif. C’est très souvent une réponse du système nerveux.

Chez les personnes qui ghostent, on observe fréquemment :

  • montée d’angoisse somatique à l’approche de l’engagement,

  • besoin de distance immédiate,

  • coupure émotionnelle,

  • sexualité dissociée du lien,

  • réactions de fuite numérique.

Le corps passe en mode fuite ou figement. La parole devient impossible. Le lien devient surcharge et le retrait devient survie.

Beaucoup de ghosters ne savent pas qu’ils ont peur. Ils savent seulement qu’ils doivent partir.

4.3 Ghosting, pouvoir relationnel et violences relationnelles silencieuses

Il serait naïf de ne lire le ghosting que comme une défense. Chez certains sujets, il est aussi une prise de pouvoir : exercer son pouvoir de ne pas répondre, le pouvoir de se retirer sans se justifier, de maintenir l’autre dans l’incertitude ou encore d’exister sans se confronter.

Le ghosting devient alors une violence relationnelle silencieuse, où l’autre cesse d’être un sujet avec lequel se séparer pour devenir un objet dont on se retire.

Ici, la disparition n’est plus seulement évitement. Elle devient domination douce.

4.4 Sexualité, excitation et dissociation du lien

Dans de nombreuses relations amoureuses modernes, le ghosting s’inscrit dans une dissociation entre sexualité, désir et relation. Le corps est engagé alors même que le lien ne l’est pas.

La sexualité devient ainsi :

  • un espace d’excitation sans responsabilité,

  • une scène de régulation narcissique,

  • un lieu sans inscription affective.

Le désir circule mais lattachement est évité. Le ghosting devient alors un outil de séparation du sexe et du lien, typique de certaines cliniques contemporaines.

4.5 Honte, blessure narcissique et sentiment d’incompétence relationnelle

Beaucoup de ghosters ne sont pas seulement évitants. Ils également sont honteux. Honteux de ne pas savoir aimer, d’être dépendants, d’être débordés, de ne pas "se sentir à la hauteur ".

Il est important de souligner que cette honte est rarement consciente. Cette honte se masque derrière le détachement, l’indifférence, parfois le mépris.

Disparaître permet d’éviter de se sentir impuissant, ambivalent, insuffisant. Le silence devient alors une srote de prothèse narcissique.

4.6 Ce qui a manqué : les compétences de base du lien

Derrière ces pratiques, on retrouve très souvent des capacités relationnelles peu construites :

  • dire non sans disparaître,

  • poser des limites sans rompre,

  • se séparer sans écraser,

  • soutenir la culpabilité,

  • traverser un conflit,

  • habiter l’ambivalence.

Autrement dit : il manque les compétences fondamentales de la maturité affective. Le ghosting apparaît alors comme un symptôme majeur des difficultés contemporaines à habiter la relation amoureuse.

Partie V - Sexualité et ghosting : quand le désir devient le lieu de la non-fin

Quand la sexualité devient le lieu du manque, de la confusion et de la non-séparation

Les relations fantômes ne désorganisent pas seulement l’attachement. Elles bouleversent aussi très profondément la sexualité.

Dans la clinique contemporaine, on observe que le ghosting, le breadcrumbing et les relations suspendues laissent très souvent une empreinte sexuelle durable : sur le désir, l’excitation, l’image de soi, la capacité à se donner, à recevoir, à jouir.

La sexualité devient alors l’un des principaux lieux où la relation continue d’exister, alors même qu’elle n’existe plus dans le réel.

5.1 Sexualité sans relation : quand l’intimité n’a pas de cadre

De plus en plus de personnes vivent aujourd’hui des expériences sexuelles sans scène relationnelle claire. On se rencontre corporellement. On partage parfois des gestes très intimes. Mais le lien n’est ni nommé, ni engagé, ni situé.

Et dans ces configurations, la sexualité ne s’allège pas du lien. Elle en devient même le réceptacle interne. C'est comme si le corps vivait une rencontre. Le psychisme y projettait du sens, de l’attente, de l’attachement.
Alors même que la relation, elle, n’est jamais symbolisée.

Comprendre ce décalage est central. Car la sexualité est toujours un lieu d’inscription psychique : de l’identité, du rapport à l’autre, de la valeur de soi, du pouvoir, du manque. Quand elle se vit sans cadre relationnel, elle ouvre souvent la porte à une confusion interne durable.

5.2 Désir, excitation et confusion émotionnelle

Dans les relations fantômes, le désir est rarement apaisé. Il est souvent hyperactivé par l’absence même. L’incertitude, la rareté, l’imprévisibilité stimulent les circuits de l’excitation bien plus que la présence stable. Progressivement, on observe alors une confusion entre :

  • désir sexuel,

  • excitation nerveuse,

  • manque affectif,

  • validation narcissique,

  • peur de perdre.

Un tryptique redoutable se met en place : le corps réagit, pendant le mental s’accroche alors même que le cœur espère.

La conséquence ? Ce n’est alors plus l’autre qui est désiré. C’est l’état intérieur qu’il provoque. C’est dans ce contexte que se développent fréquemment des formes de dépendance affective sexualisée, d’obsession amoureuse ou encore de fixation érotisée.

5.3 Fantasmes, scripts sexuels et idéalisation

Quand la relation n’existe pas dans le réel, elle se construit dans la scène fantasmatique. L’autre devient un support de scénarios internes : tantôt réparateurs, tantôt transgressifs, tantôt idéalisés, parfois compulsifs.

Dans ces situations, la sexualité est souvent plus intense dans l’imaginaire que dans la rencontre réelle. Comme on peut s'en douter, les scripts sexuels prennent alors le relais du lien :

  • scénarios de sauvetage,

  • de reconnaissance,

  • de fusion,

  • de toute-puissance,

  • ou de domination.

Le ghosting n’interrompt pas ces scénarios. Il les amplifie. Pour le dire autrement, l’autre n’est plus confronté à la réalité relationnelle. Il devient une figure interne, hautement investie érotiquement.

5.4 Orgasme, attachement et confusion neuro-émotionnelle

L’un des grands impensés de ces cliniques est la place de l’orgasme. Toutes les études montrent combien l’orgasme active puissamment les systèmes neurobiologiques de l’attachement, de la récompense et de la mémorisation. Quand l'orgasme survient dans un lien non symbolisé, il peut produire une confusion profonde :

plaisir corporel intense ≠ sécurité affective ≠ existence relationnelle.

De nombreux sujets disent alors : "sexuellement, c’était fort", "émotionnellement, je me sens très attachée", "relationnellement, je ne sais pas ce que je suis".

Cette dissonance est un terrain fréquent de fixation, de rumination sexuelle et de difficulté à se détacher.

5.5 Sexualité défensive et usages du corps

Chez certaines personnes, les relations fantômes deviennent le support d’une sexualité défensive. Le corps est alors utilisé pour :

  • calmer l’angoisse,

  • anesthésier la solitude,

  • restaurer une valeur narcissique,

  • éviter le vide,

  • stimuler un sentiment d’existence.

La sexualité n’est plus seulement une rencontre. Dans ce cas, elle peut devenir un outil de régulation émotionnelle.

Dans ce sens, on ne cherche pas tant le plaisir que l’apaisement, la reconnaissance, ou la montée d’intensité qui empêche de sentir. Et c’est ici que peuvent apparaître :

  • des compulsions sexuelles,

  • des usages répétés de relations sans lien,

  • une dépendance au désir de l’autre,

  • ou au contraire un retrait sexuel défensif.



    Dans la pratique sexothérapeutique, ces expériences laissent souvent des traces concrètes :

  • chute ou confusion du désir,

  • difficulté à jouir dans un lien sécure,

  • excitation uniquement dans l’absence ou l’interdit,

  • troubles de l’excitation,

  • vaginisme, douleurs, blocages,

  • troubles de l’érection ou de l’éjaculation,

  • sexualité compulsive ou, à l’inverse, évitement sexuel,

  • difficulté à ressentir du plaisir sans angoisse.


    La sexualité devient alors le lieu où se rejoue la non-séparation. 

    La sexualité ne relie plus deux subjectivités.Elle devient une monnaie relationnelle.

5.6 Enjeux sexothérapeutiques majeurs

Travailler ces situations en sexothérapie du lien, ce n’est pas "faire le deuil d’une personne". C’est surtout accompagner une réorganisation profonde du rapport au désir, au corps et à l’attachement.

Cela implique notamment :

  • différencier excitation, désir et attachement,

  • sortir de la sexualité comme anesthésiant,

  • réconcilier plaisir et sécurité,

  • transformer les scripts sexuels inconscients,

  • restaurer une capacité à jouir sans se perdre,

  • inscrire la sexualité dans une subjectivité, pas dans une attente.

La sexualité peut alors redevenir ce qu’elle est fondamentalement, à savoir un lieu de rencontre et non un lieu de survie.

Conclusion - Le ghosting : ce que nous faisons du lien dit qui nous devenons

Le ghosting n’est pas une simple maladresse relationnelle. De mon point de vue, il est devenu l’un des symptômes les plus éloquents de notre époque. Il signe par là-même une mutation profonde : celle d’un monde où l’on entre en relation vite, où l’on s’attache sans cadres, et où l’on se retire sans paroles.

Le ghosting fabrique des relations sans tombes, sans deuil, sans rites. Il fabrique des liens ouverts qui ne se ferment pas, il fait démarrer des présences qui s’effacent sans laisser de trace symbolique.

Ce qui disparaît dans le ghosting, ce n’est pas seulement l’autre. C’est aussi la parole et ce qu'elle permet de faire advenir : la possibilité humaine de dire, de limiter, de traverser, de se séparer.
 

Nous vivons une époque où le lien est partout sollicité, mais rarement habité. Nous confondons liberté et absence d’engagement, désir et excitation, autonomie et évitement.

C'est à ce point précis que le ghosting révèle une difficulté collective à soutenir la dépendance affective, la conflictualité, la frustration, l’ambivalence, la séparation.

Il témoigne d’un glissement de la relation comme espace d’humanisation vers la relation comme expérience consommable.
 

Nous n’avons pas véritablement appris à aimer. Nous n’avons pas non plus appris à désirer sans nous perdre.
Et nous avons encore moins appris à nous séparer sans disparaître.

Nous avons hérité de très peu de repères (grâce à la mise en mots, au sein de rites) pour traverser les passages du lien. Ce que nous faisons aujourd’hui dans nos relations est ce que nos enfants apprendront demain à appeler aimer.

Le ghosting est aussi le symptôme de ce vide éducatif et symbolique

Alors je dirai que face à cela, une autre voie devient nécessaire. Une autre voie qui permet de réhabiliter la parole, la limite ainsi que la séparation comme acte humain, et non comme effacement.

Je fais partie de celles et ceux pour qui, défendre le lien, aujourd’hui, devient un acte conscient.

Non pas pour s’enfermer mais pour redonner au lien sa densité psychique, corporelle et symbolique.

Autrement dit, aimer ne serait plus seulement tomber amoureux. Aimer deviendrait un truc du genre "apprendre à rester, à dire, à traverser et parfois à se quitter".
 

Comprendre le ghosting est une première étape. Mais comprendre ne transforme pas. Parce que ces expériences ont touché le corps, l’attachement, la sexualité, l’histoire affective, parfois même le sens, alors elles demandent des espaces où le lien peut être travaillé à ses différents niveaux : psychique, corporel, relationnel, sexuel et symbolique.

C’est dans ce type d’espace que ce qui a été vécu comme blessure peut devenir passage.
 

J’accompagne des femmes, des hommes et des couples confrontés à des crises du lien, du désir ou du sens, à travers une approche intégrative qui relie psychologie sociale et clinique, thérapie systémique du couple, sexothérapie, travail du corps et du souffle et exploration de la conscience.

Pour ce faire, je propose :

  • des séances individuelles de 45 minutes,

  • des séances de couple d’1 heure,

https://www.neosoi.fr/

FAQ - Ghosting, relations fantômes, sexualité et reconstruction

Pourquoi le ghosting fait-il autant souffrir psychologiquement ?

Parce qu’il ne s’agit pas seulement d’une rupture, mais d’une rupture sans parole, sans limite et sans clôture.

Le ghosting active intensément les systèmes de l’attachement, de l’alerte et parfois du trauma relationnel.
Il laisse le lien ouvert psychiquement, empêchant le travail de deuil. Ce n’est pas seulement la perte de l’autre qui fait mal, c’est l’impossibilité de situer ce qui s’est passé.

Est-ce normal de me sentir obsédé(e), humilié(e), en colère ou honteux(se) après un ghosting ?

Oui. Ces réactions sont fréquentes. Le ghosting touche l’estime de soi, le sentiment d’exister pour l’autre et la valeur relationnelle. Il peut provoquer :

  • colère intense,

  • honte,

  • fixation,

  • besoin compulsif de comprendre,

  • sentiment d’avoir été jeté(e).

Ce ne sont pas des signes de faiblesse. Ce sont des réactions de l’attachement blessé.

Pourquoi je n’arrive pas à tourner la page après un ghosting ?

Parce qu’on ne peut pas se séparer psychiquement d’une relation qui n’a jamais eu de fin. Le ghosting empêche la symbolisation et laisse le lien actif intérieurement : ruminations, scénarios, espoir résiduel.

Ce n’est pas un problème de volonté.C’est un processus relationnel inachevé.

Le ghosting peut-il provoquer un traumatisme affectif ?

Oui, surtout lorsqu’il s’inscrit dans des histoires de pertes, d’abandon, de dévalorisation ou d’attachement insécure.On observe parfois :

  • sidération,

  • hypervigilance relationnelle,

  • désorganisation émotionnelle,

  • troubles du désir,

  • retrait ou dépendance affective.

On parle alors de trauma relationnel, souvent discret mais profondément déstabilisant.

Pourquoi je désire encore quelqu’un qui n’est plus là ?

Parce que le désir s’alimente aussi du manque, de l’incertitude et de l’intensité émotionnelle.;Dans les relations fantômes, désir, attachement et fantasme se mêlent. Le corps a vécu. L’orgasme a parfois engagé les circuits d’attachement.La relation n’a pas été symbolisée.

Le désir reste accroché à un lien non refermé.

Pourquoi ça m’arrive encore ? Pourquoi je tombe souvent sur des personnes indisponibles ?

Lorsqu’une expérience se répète, ce n’est jamais un hasard. Cela renvoie souvent à des schémas relationnels inconscients : attachement anxieux, suradaptation, attraction pour l’évitement, loyautés invisibles.

La thérapie permet de travailler ces boucles, et pas seulement les histoires.

Combien de temps faut-il pour se remettre d’un ghosting ?

Il n’y a pas de durée standard. Certaines personnes retrouvent un apaisement en quelques semaines.
D’autres restent marquées pendant des mois, parfois des années, surtout si la relation a touché des zones anciennes.

La question n’est pas tant le temps que la transformation intérieure du lien.

Quelles sont les conséquences sexuelles possibles du ghosting ?

On observe fréquemment :

  • confusion désir / manque

  • chute ou compulsion du désir

  • fixation fantasmatique

  • difficulté à jouir dans un lien sécure

  • douleurs sexuelles

  • troubles de l’excitation

  • sexualité dissociée

  • honte sexuelle.

La sexualité devient souvent le lieu où la relation continue d’exister.

Est-ce normal de ne plus avoir envie ou au contraire d’avoir des comportements sexuels compulsifs ?

Oui. Certaines personnes se ferment sexuellement pour se protéger.
D’autres cherchent l’excitation pour apaiser ou ne pas sentir. Dans les deux cas, la sexualité devient une stratégie de régulation émotionnelle.

Est-ce que les ghosters souffrent aussi ?

Souvent, oui.

Le ghosting est fréquemment lié à :

  • la peur de l’attachement,

  • l’évitement émotionnel,

  • l’immaturité relationnelle,

  • parfois à des enjeux de pouvoir.

Tous ne sont pas manipulateurs, mais tous utilisent la disparition comme solution psychique.

Le ghosting est-il une forme de violence relationnelle ?

Oui.
Même lorsqu’il n’est pas intentionnel, il constitue une violence relationnelle silencieuse, car il prive l’autre de parole, de reconnaissance et de possibilité de se situer. Comprendre n’excuse pas.  Comprendre permet de nommer, se protéger et transformer.

Le ghosting peut-il exister dans un couple ?

Oui. Il existe des formes de ghosting émotionnel dans les couples : silence, retrait affectif, évitement des sujets, sexualité coupée, disparition psychique. Ce n’est pas l’absence physique, mais l’absence relationnelle qui est en jeu.

Quelle différence entre ghosting, rupture claire et breadcrumbing ?

  • La rupture claire implique parole et clôture.

  • Le ghosting supprime la parole et laisse le lien ouvert.

  • Le breadcrumbing maintient un contact flou sans engagement.

Les effets psychiques sont souvent plus désorganisants quand la relation n’est pas symbolisée.

Que faire quand on vient d’être ghosté(e) ?

Avant toute analyse :

  • ralentir,

  • soutenir le corps,

  • limiter les comportements d’auto-agression (surveillance, messages répétés, isolement),

  • chercher du soutien.

Puis progressivement :

  • comprendre ce qui s’est activé,

  • refermer psychiquement le lien,

  • restaurer l’estime relationnelle.

    Faut-il faire une thérapie après un ghosting ?

Quand l’expérience laisse :

  • une grande détresse,

  • une perte de confiance,

  • une obsession persistante,

  • une difficulté à aimer à nouveau,

  • ou des troubles sexuels,

Un travail thérapeutique du lien est souvent très précieux.

En quoi la thérapie du lien et la sexothérapie peuvent-elles aider ?

Elles permettent notamment de :

  • différencier désir, excitation et attachement,

  • apaiser l’hyperattachement,

  • restaurer la sécurité affective,

  • transformer les schémas relationnels,

  • réconcilier sexualité et subjectivité,

  • sortir des relations fantômes.

Bibliographie

Audibert, C. (2018). Les blessures d’attachement : Comprendre et apaiser les liens douloureux. Paris : Payot.

Bacqué, M.-F. (2012). Apprivoiser la mort : Psychologie du deuil et de la perte. Paris : Odile Jacob.

Bauman, Z. (2004). L’amour liquide : De la fragilité des liens entre les hommes (trad. fr.). Rodez : Le Rouergue.

Bowlby, J. (2014). Attachement et perte, tome 1 : L’attachement (trad. fr.). Paris : PUF.
(Œuvre fondatrice largement utilisée dans l’espace clinique francophone.)

Bowlby, J. (2014). Attachement et perte, tome 2 : Séparation, angoisse et colère (trad. fr.). Paris : PUF.

Brenot, P. (2017). Les femmes, le sexe et l’amour. Paris : Les Arènes.

Crépault, C., & Lévy, J. J. (2015). Sexologie contemporaine. Québec : Presses de l’Université du Québec.

Cyrulnik, B. (2012). Sauve-toi, la vie t’appelle. Paris : Odile Jacob.

Guédeney, N. (2011). L’attachement. Paris : PUF, coll. « Que sais-je ? ».

Hachet, P. (2015). Psychologie des relations amoureuses. Paris : Dunod.

Héril, A., & Lopès, P. (2016). Traité de sexologie. Paris : Dunod.

Illouz, E. (2012). Pourquoi l’amour fait mal : L’expérience amoureuse dans la modernité. Paris : Seuil.

Illouz, E. (2020). La fin de l’amour : Enquête sur un désarroi contemporain. Paris : Seuil.

Le Breton, D. (2017). Disparaître de soi : Une tentation contemporaine. Paris : Métailié.

Persiaux, G. (2021). Guérir des blessures d’attachement. Paris : Eyrolles.

 

Galinon-Mélénec B. et Dula D., Des "traces du corps" au "corps-trace", Du dedans au dehors et vice et versa

https://books.openedition.org/editionscnrs/29836?lang=fr

NeoSoi - Dr Céline BERCION - psychologue sociale et systémique, psychothérapie, thérapie de couple et sexothérapie - Bordeaux et visio

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