Céline BERCION - Dr en Sociologie et Psychologie sociale
Psychothérapie systémique

Thérapie de couple - Sexothérapie 
Initiatrice des grandes traversées de vie

Psychothérapie, thérapie de couple, sexothérapie et éveil de conscience

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Céline BERCION - Dr en Sociologie et Psychologie sociale
Psychothérapie systémique

Thérapie de couple - Sexothérapie 
Initiatrice des grandes traversées de vie

Pourquoi des couples qui s’aiment se font-ils autant de mal ?


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Biais cognitifs, psychologie sociale et incompréhensions dans le couple : comprendre sans excuser ce qui abîme le lien

Pourquoi des couples qui s’aiment se font-ils autant de mal ? Pourquoi, malgré l’amour, la bonne volonté et parfois même des efforts conscients, a-t-on parfois l’impression de ne plus se comprendre et de revivre sans cesse les mêmes conflits ?

Ces conflits de couple incompréhensions sont aujourd’hui l’un des motifs les plus fréquents de consultation. Beaucoup de partenaires partagent ce même constat : "on s’aime, mais on se blesse sans le vouloir. Pourquoi on ne se comprend plus dans le couple ?"

La psychologie sociale du couple montre que, dans la relation amoureuse, notre perception de la réalité est rarement neutre. Sous l’effet de l’attachement, du stress relationnel, de la peur de perdre le lien ou des attentes implicites, le cerveau active des biais cognitifs relationnels. Ces mécanismes, universels et bien documentés, déforment la lecture que chacun fait de l’autre, même lorsque l’intention est sincère.

Les biais cognitifs dans les relations amoureuses expliquent ainsi pourquoi deux partenaires peuvent vivre une même situation de manière opposée, chacun ayant le sentiment d’être dans le vrai, tout en se sentant profondément incompris. Ils alimentent les erreurs de jugement dans le couple, les malentendus répétés et l’usure du lien.

Cependant, il est essentiel de le poser clairement : tout ce qui fait souffrir dans un couple n’est pas un biais cognitif. Comprendre ces mécanismes n’excuse ni les comportements blessants ni les déséquilibres réels. Cet article s’adresse avant tout aux couples en conflit malgré l’amour et à ceux qui sentent que quelque chose se rejoue sans parvenir à l’éclairer.

À partir des apports de la psychologie sociale, croisés avec la clinique relationnelle et les recherches contemporaines sur le couple, nous allons explorer dix biais cognitifs majeurs qui déforment la perception du lien amoureux et voir aussi ce qu’ils ne suffisent pas à expliquer.

Car comprendre ne suffit pas toujours à transformer.
Mais ne pas comprendre condamne presque toujours à répéter.

Quand le couple devient un terrain à haut risque de distorsions relationnelles

Si les conflits se répètent dans le couple malgré l’amour, ce n’est donc pas uniquement parce que les partenaires "communiquent mal" ou manquent de bonne volonté. C’est parce que la relation amoureuse constitue un terrain psychique particulier, où la perception de l’autre est constamment sollicitée, éprouvée, parfois mise en danger.

Pour comprendre pourquoi les biais cognitifs prennent autant de place dans le couple, il est nécessaire de revenir à une question simple mais centrale : qu’est-ce qui rend l’intimité amoureuse si vulnérable aux distorsions de perception ?

Partie 1 - Pourquoi le couple est un terrain à haut risque de biais cognitifs

Le couple n’est pas une relation ordinaire. Il engage simultanément l’attachement, le désir, l’identité et la sécurité émotionnelle. À la différence des liens sociaux périphériques, il mobilise des besoins psychiques fondamentaux : être choisi, reconnu, sécurisé, désiré. Cette configuration fait du lien amoureux un espace de forte intensité affective, mais aussi de grande vulnérabilité perceptive.

Les travaux fondateurs de John Bowlby, prolongés par la clinique contemporaine de l’attachement (notamment Nicole Guédeney et Gwenaëlle Persiaux), ont montré que les relations intimes réactivent puissamment les schémas d’attachement précoces, en particulier dans les situations de stress ou de conflit. Le partenaire devient alors une figure centrale de régulation émotionnelle. Ce déplacement transforme profondément la manière dont ses comportements sont perçus, interprétés et mémorisés.

Se sentir plus sensible, plus réactif ou "à fleur de peau" dans le couple ne relève pas d’une fragilité individuelle, mais d’un fonctionnement relationnel normal dans un lien à fort enjeu affectif.

Ce constat clinique est corroboré par les données de population générale. En France, les enquêtes de l’INSEE indiquent que plus de 60 % des séparations déclarées sont précédées par des conflits répétés et un sentiment durable d’incompréhension, loin devant l’infidélité ou les difficultés matérielles. Ces données montrent que ce sont moins les événements spectaculaires que l’usure cognitive et émotionnelle du lien qui fragilisent durablement les couples.

Cette surcharge affective s’exprime aussi dans la sexualité. Les recherches en sexologie clinique montrent que, dans les couples en tension, la sexualité devient rapidement un baromètre du lien : baisse du désir, évitement du contact, rigidification des scénarios, ou au contraire sexualité mobilisée comme tentative de réparation émotionnelle. Le corps enregistre souvent l’insécurité relationnelle avant même qu’elle ne soit formulable psychiquement.

Autrement dit : plus le lien est vital, plus la perception devient vulnérable.

Nota : ces mécanismes se retrouvent dans des configurations de couple très diverses (hétérosexuelles ou homosexuelles, avec ou sans enfants, recomposées ou non) même si leur expression varie selon l’histoire, le contexte et la structure familiale.

1.1 Stress relationnel et perception : quand le système nerveux prend le dessus

La psychologie sociale permet de décrire les biais cognitifs ; la clinique relationnelle permet de comprendre pourquoi ils s’installent et persistent dans le couple. Un consensus se dégage aujourd’hui dans les recherches en psychologie affective et en neurosciences : sous stress relationnel, la perception n’est plus neutre.

Lorsque le lien amoureux est vécu comme menacé (notamment par des conflits répétés, un retrait affectif, une distance sexuelle ou un encore sentiment d’abandon) l’organisme bascule d’un état de sécurité relationnelle vers des états de défense : hypervigilance, attaque, retrait ou figement. Les travaux de Stephen Porges ont montré que ces états modifient directement le traitement de l’information : l’attention se focalise sur les signaux de danger, la pensée se rigidifie, la nuance disparaît.

Dans ces conditions, le cerveau privilégie des raccourcis interprétatifs : généralisation ("c’est toujours pareil"), essentialisation ("il/elle est comme ça"), anticipation négative ("ça ne changera jamais"). Ces mécanismes ne sont pas des fautes de raisonnement au sens moral, mais des réponses adaptatives d’un système nerveux en alerte.

Du point de vue de la psychologie sociale, ces processus relèvent de mécanismes classiques de perception et d’attribution sociale. Les travaux de Lee Ross ont montré que, dans les relations proches, les individus tendent à expliquer le comportement de l’autre par des traits internes plutôt que par le contexte, surtout lorsque la charge émotionnelle est élevée. Et dans le couple, cette tendance est exacerbée : le partenaire devient rapidement une "catégorie explicative" stable, au détriment d’une lecture contextuelle et évolutive.

Ce basculement perceptif a des effets directs sur le désir sexuel. Les recherches en sexologie et en psychologie de la santé montrent que le stress émotionnel chronique inhibe les mécanismes neurophysiologiques du désir. La baisse du désir n’est alors pas un problème sexuel en soi, mais le symptôme corporel d’une insécurité relationnelle persistante.
Nous verrons plus loin que la sexualité n’est pas seulement un symptôme, mais aussi un langage relationnel à part entière.

1.2 Clarification conceptuelle : biais cognitifs et mécanismes défensifs dans le couple

Dans le champ strict de la psychologie sociale expérimentale, les biais cognitifs désignent des distorsions de jugement observables dans des contextes contrôlés. Dans le couple, ces biais n’apparaissent jamais de manière abstraite ou isolée.

Dans cet article, le terme biais cognitifs relationnels est donc utilisé de manière assumée et intégrative : il désigne des distorsions de perception issues de l’interaction entre cognition sociale, attachement, émotion, stress et normes culturelles.

Dans le couple, biais cognitifs et mécanismes défensifs s’entrelacent au point de devenir cliniquement indissociables.

Cette articulation explique pourquoi la simple prise de conscience rationnelle - le fameux "je sais que ce n’est pas tout à fait vrai" - ne suffit généralement pas à désamorcer les conflits. Les biais ne sont donc pas seulement des idées erronées : ils sont incarnés, émotionnels et relationnels.

La psychologie sociale permet d’identifier ces mécanismes ;
la clinique relationnelle permet de comprendre pourquoi ils résistent au raisonnement et se répètent dans l’intimité.

1.3 Asymétries relationnelles et coût psychique des distorsions perceptives

Il serait scientifiquement et cliniquement incorrect de penser que les biais cognitifs s’expriment dans un espace relationnel neutre. Les couples sont traversés par des asymétries structurelles : charge mentale inégalement répartie, pouvoir émotionnel différencié, dépendance affective ou économique, socialisation genrée.

Les recherches en sociologie du couple et en psychologie sociale montrent que ces asymétries ont un coût psychique différencié. Dans de nombreux couples, celui ou celle qui régule le lien, anticipe les besoins, absorbe les tensions et s’adapte en permanence porte une surcharge émotionnelle invisible. Cette suradaptation chronique altère progressivement l’estime de soi, le sentiment de légitimité relationnelle et, souvent, le désir.

Ces asymétries s’inscrivent dans des normes sociales genrées qui continuent de structurer le couple contemporain, même lorsque les partenaires se pensent égalitaires.

Les biais cognitifs ne flottent jamais hors sol.
Ils s’inscrivent toujours dans une dynamique relationnelle située, marquée par des rapports de pouvoir explicites ou implicites.

C’est pourquoi comprendre les biais cognitifs dans le couple exige une lecture systémique : il ne s’agit pas de déterminer qui a raison, mais de comprendre comment la perception de chacun est façonnée par sa position dans le lien, son histoire et les contraintes sociales qui pèsent sur la relation.

Ce cadre étant posé, il devient possible de nommer précisément ce qui, jusque-là, restait confus, diffus ou douloureux dans la vie de couple. Identifier les biais cognitifs les plus fréquents permet de sortir des jugements moralisants et des conflits circulaires, sans réduire la complexité du lien ni excuser ce qui l’abîme.

C’est ce que nous allons faire maintenant, en explorant dix biais cognitifs majeurs qui déforment la perception du lien amoureux, tout en en reconnaissant clairement les limites cliniques.

Partie 2 - Les biais cognitifs dans le couple

Pourquoi des couples qui s’aiment ne se comprennent plus

Cadre de lecture indispensable

Les biais cognitifs dans le couple décrits ici ne sont ni des défauts de personnalité, ni des pathologies.
Ils émergent dans la dynamique relationnelle, souvent chez les deux partenaires, comme des tentatives adaptatives de régulation émotionnelle face à l’insécurité du lien.

Les biais cognitifs dans le couple ne servent pas à désigner un coupable. Ils décrivent des mécanismes relationnels fréquents, activés lorsque l’enjeu affectif est fort.

Repérer un biais n’invalide jamais un ressenti. Cela invite à interroger comment la réalité est perçue, avant d’en tirer des conclusions définitives sur l’autre ou sur le couple.

Si vous reconnaissez surtout votre partenaire, c’est parfois le signe que le biais est à l’œuvre, sans que cela signifie que vous avez tort, ni que votre souffrance est imaginaire.

Comprendre ces biais n’annule jamais la responsabilité relationnelle. Cela permet au contraire de la retrouver sans accusation.

Les biais cognitifs dans la relation de couple ne servent pas à trancher qui a raison, mais à comprendre comment le lien s’est rigidifié (répétition des mêmes conflits, retrait, attaques, silence, incompréhensions).

Les reconnaître permet de :

  • repérer les zones d’insécurité relationnelle,

  • sortir des conflits de couple répétitifs,

  • et réintroduire du mouvement là où la relation s’est figée.

Comprendre la dynamique du lien ne supprime jamais la responsabilité individuelle. Cela permet au contraire de la retrouver sans accusation, et parfois de réouvrir le dialogue (en psychothérapie individuelle ou en thérapie de couple).

2.1 Le biais d’attribution fondamentale

Pourquoi le couple glisse du "il se passe quelque chose" au "il / elle est comme ça"

Définition (psychologie sociale du couple)

Le biais d’attribution fondamentale désigne la tendance à expliquer le comportement du partenaire par des traits internes stables (caractère, intentions), en minimisant le contexte émotionnel et situationnel.
Ce biais est l’un des plus documentés en psychologie sociale, notamment dans les travaux de Lee Ross.

Ce biais cognitif dans le couple transforme un comportement ponctuel en vérité identitaire.

À quoi il sert au départ

Dans les conflits de couple incompréhensions, ce biais apparaît comme une tentative de sécurisation : donner une cause stable à ce qui fait mal réduit l’angoisse relationnelle.

Micro-vignette clinique

Léa rentre tard, épuisée, parle peu.
Marc n’entend plus la fatigue. Il entend : «"elle se fiche de moi".
Le contexte disparaît. L’identité prend toute la place.

Boucle relationnelle

Plus Marc essentialise Léa, plus il se ferme ou attaque.
Plus Léa se sent jugée, plus elle se replie.
Le biais de l’un devient la preuve du biais de l’autre.

Effets sur la relation de couple

  • Rigidification des rôles

  • Disqualification mutuelle

  • Dialogue impossible

  • Conflits circulaires


Effets sur la sexualité

Quand le partenaire est perçu comme fondamentalement défaillant, le désir chute.
À l’inverse, une sexualité mécanique ou intense peut parfois masquer le conflit sans le résoudre.

Limite clinique

Ce biais n’explique pas des comportements réellement répétitifs, violents ou abusifs. Parfois, la lecture "dispositionnelle" correspond à une lucidité tardive, non à un biais.


Question miroir

Et vous, dans votre couple, quel comportement de votre partenaire devient rapidement une définition de ce qu’il ou elle "est" ?

2.2 Le biais de négativité

Pourquoi un conflit efface dix moments positifs

Définition

Le biais de négativité correspond à la tendance du cerveau à accorder plus de poids aux expériences négatives qu’aux positives, en particulier dans les relations à fort enjeu affectif.

Ce biais cognitif dans le couple fait du négatif le prisme principal de lecture du lien.

Fonction adaptative initiale

Ce biais est une stratégie de protection : détecter le danger avant le plaisir permet de préserver l’attachement. Il devient problématique lorsqu’il s’installe durablement.

Micro-vignette clinique

Une semaine fluide. Un soir, une phrase maladroite a été dite par l'un des deux partenaires. Le lendemain, tout le couple est relu à partir de cette seule parole.

Boucle relationnelle

Plus l’un se sent disqualifié, plus il se justifie. Plus il se justifie, plus l’autre accumule des "preuves" que quelque chose ne va pas.
Le positif devient alors invisible.

Effets sur les conflits de couple

  • Effacement de la reconnaissance

  • Ressentiment

  • Découragement affectif

  • Sentiment d’injustice chronique


Effets sur la sexualité

Le désir a besoin d’une représentation suffisamment bonne de l’autre. Quand la mémoire relationnelle est saturée de négatif, le corps se ferme. Parfois, la sexualité devient une tentative de réparation, sans apaisement durable.

Limite clinique

Certaines expériences négatives marquent durablement parce qu’elles touchent des blessures d’attachement.
Il ne s’agit pas de relativiser la souffrance, mais de la recontextualiser.

Question miroir

Qu’est-ce qui, aujourd’hui, prend toute la place dans votre regard sur le couple ?

2.3 Le biais de confirmation

Quand le couple devient une enquête à charge

Définition

Le biais de confirmation est la tendance à rechercher et interpréter les informations qui confirment une croyance relationnelle préexistante, en ignorant celles qui la contredisent.

Ce biais cognitif dans le couple fige la relation dans une histoire déjà écrite.

Fonction adaptative initiale

Ce biais protège la cohérence interne : remettre en question une croyance impliquerait parfois de remettre en cause ses choix, ses renoncements ou ses espoirs.

Micro-vignette clinique

Sophie pense : "je passe toujours après". Chaque retard devient une preuve. Les attentions ne comptent plus : "il le fait parce que j’ai insisté".

Boucle relationnelle

Plus Sophie filtre la réalité, plus son partenaire se sent injustement jugé. Plus il se défend, plus Sophie se sent confirmée. La relation se fige.

Effets sur la dynamique du couple

  • Dialogue stérile

  • Épuisement émotionnel

  • Sentiment d’impasse

  • Répétition des mêmes conflits


Effets sur la sexualité

Le désir suppose ouverture et imprévisible. Le biais de confirmation fige l’autre dans un rôle connu. Parfois, la sexualité devient un outil de vérification (séduire pour se rassurer, éviter pour confirmer).

Limite clinique

Ne pas confondre biais de confirmation et lucidité progressive. Lorsque les faits sont répétés, cohérents et douloureux, la croyance peut refléter une réalité relationnelle.


Question miroir

Quelle(s) histoire(s) sur votre couple cherchez-vous, sans le vouloir, à confirmer ?

À ce stade, une chose est claire : les biais cognitifs dans le couple ne sont pas des défauts individuels, mais des réponses adaptatives à l’insécurité relationnelle. Ils deviennent problématiques lorsqu’ils s’installent de façon chronique et structurent durablement les conflits de couple.

Si vous reconnaissez surtout votre partenaire dans ces descriptions, c’est souvent le signe que le biais est déjà à l’œuvre...

2.4 L’effet Pygmalion

Quand les attentes façonnent le couple

Définition

L’effet Pygmalion décrit le phénomène par lequel les attentes envers l’autre influencent son comportement, jusqu’à confirmer ces attentes. Ce mécanisme est documenté par Robert Rosenthal et Lenore Jacobson.

Dans le couple, l’attente devient alors performative.

Micro-vignette clinique

Claire pense que Julien "ne fera jamais d’efforts". Elle anticipe, contrôle, corrige. Julien se désengage. L’attente se confirme.

Effets sur la sexualité

Le désir a besoin d’être désiré comme sujet, pas comme rôle figé.

Limite clinique

L’effet Pygmalion n’excuse jamais une non-implication persistante.

2.5 Le biais égocentrique

Pourquoi chacun a l’impression de porter le couple

Définition

Le biais égocentrique correspond à la tendance à surestimer sa propre contribution et à sous-estimer celle de l’autre, surtout dans les relations à investissement invisible.

Le biais égocentrique transforme l’engagement en injustice ressentie.

Micro-vignette clinique

Paul pense : "je fais tout". Marie pense exactement la même chose.

Effets sur la sexualité

Le sentiment d’injustice est l’un des freins majeurs au désir, notamment chez les personnes portant une forte charge mentale.

Limite clinique

Ce biais ne doit pas masquer des déséquilibres réels et objectivables.

2.6 La dissonance cognitive

Pourquoi on minimise ce qui fait mal

Définition

La dissonance cognitive désigne la tension ressentie lorsqu’il existe un écart entre ce que l’on vit, ce que l’on pense et ce que l’on fait. C'est un concept central théorisé par Leon Festinger.

La dissonance cognitive pousse à ajuster le récit plutôt que la réalité.

Micro-vignette clinique

Élodie se sent seule mais se dit : "tous les couples passent par là".

Effets sur la sexualité

Le corps résiste là où le mental rationalise. Le désir chute quand il faut se convaincre que tout va bien.

Limite clinique

La dissonance cognitive n’explique ni l’emprise ni l’attachement traumatique.

  • Les biais cognitifs dans le couple sont universels

  • Ils deviennent destructeurs quand ils se rigidifient

  • Ils sont réversibles et constituent un levier thérapeutique

Si vous reconnaissez surtout votre partenaire, c’est souvent le signe que le biais est déjà à l’œuvre.

2.7 Le biais de projection

Quand le passé se rejoue dans le présent du couple

Définition (psychologie sociale et clinique)

Le biais de projection dans le couple désigne la tendance à attribuer au partenaire ses propres émotions, peurs ou conflits internes, souvent de manière inconsciente.
En psychologie sociale et clinique, la projection est décrite comme un mécanisme de défense visant à maintenir une cohérence interne face à des affects difficiles, en particulier dans les relations d’attachement intenses, telles que les relations amoureuses. Cette lecture est cohérente avec les apports de la théorie de l’attachement développée par John Bowlby, qui montre combien le lien amoureux réactive des enjeux archaïques de sécurité et de dépendance.

Le biais de projection transforme le partenaire en écran de son monde intérieur.

Fonction adaptative initiale

Projeter permet d’éviter un contact direct avec des affects menaçants pour l’identité psychique (peur d’abandon, honte, dépendance affective). Plus l’enjeu du lien est élevé, plus ce mécanisme est susceptible d’apparaître.

Micro-vignette clinique

Thomas se sent dépendant affectivement, sans pouvoir se l’avouer. Il reproche à Julie d’être "trop demandeuse".  Ce qu’il combat chez elle correspond à une part de lui-même qu’il ne parvient pas encore à reconnaître.

Effets sur la relation et la sexualité

La projection brouille la différenciation émotionnelle et fragilise l’intimité.
Sur le plan sexuel, le désir se trouble : l’autre n’est plus rencontré comme sujet, mais comme support d’angoisses non élaborées.
 

La projection ne signifie jamais que le ressenti est faux. Elle invite à interroger ce ressenti avant de l’attribuer exclusivement à l’autre, sans invalider une intuition relationnelle juste.

2.8 Le biais du statu quo

Pourquoi changer fait parfois plus peur que souffrir

Définition (psychologie sociale de la décision)

Le biais du statu quo dans le couple correspond à la tendance à privilégier le maintien d’une situation connue, même insatisfaisante, plutôt que le changement, perçu comme risqué. Ce biais est largement documenté en psychologie de la décision, notamment dans les travaux de Daniel Kahneman et Amos Tversky, qui ont montré que la peur de la perte pèse psychiquement plus lourd que l’espoir du gain — y compris dans les décisions relationnelles.

Le biais du statu quo pousse à choisir le connu douloureux plutôt que l’inconnu incertain.

Fonction adaptative initiale

Dans le couple, ce biais permet de préserver des repères affectifs, identitaires ou matériels. Il réduit l’angoisse liée à l’incertitude, au prix d’un renoncement progressif au mouvement.

Micro-vignette clinique

Nathalie souffre dans son couple mais se dit : "au moins, je sais à quoi m’attendre".  La souffrance devient familière, donc psychiquement tolérable.

Effets sur la relation et la sexualité

Le couple s’immobilise, l’élan vital s’érode, et la sexualité s’éteint souvent non par manque d’amour, mais par peur du changement.

Ce biais ne s’exerce pleinement que lorsque le changement est réellement possible. Il ne s’applique pas aux situations de contrainte économique, parentale, sociale ou de dépendance réelle.

2.9 Le biais de disponibilité

Quand le dernier conflit devient toute la réalité du couple

Définition (psychologie cognitive)

Le biais de disponibilité dans le couple désigne la tendance à évaluer la relation à partir des souvenirs les plus facilement accessibles à la conscience, généralement les plus récents ou les plus chargés émotionnellement. Ce mécanisme repose sur l’heuristique de disponibilité, formalisée en psychologie cognitive par Daniel Kahneman : le cerveau se base sur ce qui vient le plus vite à l’esprit pour juger une situation.

Le biais de disponibilité fait du dernier conflit la vérité du lien.

Fonction adaptative initiale

Ce biais permet une réaction rapide face à un danger perçu. Dans les conflits conjugaux, il rigidifie la perception lorsque l’émotion est intense et non intégrée.

Micro-vignette clinique

Après une dispute marquante, Camille se dit : "on se dispute tout le temps". Les moments d’apaisement deviennent invisibles dans sa lecture du couple.

Effets sur la relation et la sexualité

La relation est perçue comme globalement négative, ce qui alimente la vigilance, la fatigue émotionnelle et l’inhibition du désir. Le corps, porteur de la mémoire émotionnelle, reste en alerte même lorsque le mental souhaite se rapprocher.

Chez les personnes ayant vécu un trauma relationnel, ce phénomène relève davantage de la mémoire traumatique que d’un biais cognitif au sens strict. Il ne s’agit alors pas de corriger une perception, mais de soutenir un processus d’intégration émotionnelle.

2.10 Le biais de halo affectif

Quand une émotion colore toute la relation

Définition (psychologie sociale)

Le biais de halo affectif dans le couple correspond à la tendance à généraliser une émotion dominante (colère, déception, désamour) à l’ensemble du partenaire et de la relation.
Ce mécanisme s’appuie sur l’effet de halo, mis en évidence dès le début du XXᵉ siècle par Edward Thorndike, montrant comment une impression globale influence l’évaluation de traits spécifiques.

Le biais de halo affectif transforme une émotion passagère en vérité globale sur le couple.

Fonction adaptative initiale

Ce biais simplifie la complexité émotionnelle : il est souvent plus supportable psychiquement de penser "tout va mal" que de tolérer l’ambivalence.

Micro-vignette clinique

Après une déception profonde, Hugo se dit : "finalement, notre couple n’a jamais vraiment fonctionné".

Effets sur la relation et la sexualité

La lecture globale devient rigide, les décisions se polarisent, et le désir se fige sous l’effet de l’émotion dominante, parfois bien après que la situation se soit objectivement apaisée.

Une émotion intense peut déformer la perception sans invalider pour autant la nécessité d’un choix ou d’une décision. Émotion ≠ erreur, mais émotion ≠ totalité du réel.

Les biais cognitifs dans le couple sont des phénomènes universels, documentés en psychologie sociale et cognitive. Les recherches sur la relation conjugale montrent que la perception subjective du lien (sentiment d’injustice, insécurité émotionnelle, négativité perçue) prédit davantage la détresse conjugale que la fréquence objective des conflits, comme l’ont mis en évidence les travaux de John Gottman sur la stabilité des couples.

Selon la position occupée dans le couple, ces biais n’ont ni la même fonction ni le même coût psychique.
Derrière chacun d’eux, il y a toujours une tentative de ne pas perdre l’autre ou de ne pas se perdre soi.

Partie 3 - Corps, trauma et sexualité : ce que les biais cognitifs n’expliquent pas entièrement

Comprendre autrement les conflits de couple persistants

Les biais cognitifs dans le couple permettent de comprendre comment une situation relationnelle est perçue, interprétée et racontée. Pourtant, dans de nombreux conflits de couple persistants, cette compréhension ne suffit pas à transformer durablement le lien.

Pourquoi ? Parce que la relation amoureuse ne se joue pas uniquement dans la pensée, mais aussi dans le corps, le système nerveux, la mémoire émotionnelle et la sexualité.

Il arrive que le sens soit compris… alors que le corps continue de réagir.

3.1 Système nerveux, cognition sociale et régulation émotionnelle

Quand la réaction précède, puis empêche, la pensée

Dans les situations de stress relationnel, le système nerveux autonome prend souvent le pouvoir avant la cognition. Les travaux de Stephen Porges ont montré que l’accès à l’empathie, à la mentalisation et au dialogue dépend d’un sentiment de sécurité émotionnelle. Lorsque cette sécurité est menacée, le corps bascule vers :

  • l’attaque,

  • la fuite,

  • le figement,

  • ou la soumission.

Les biais cognitifs apparaissent alors en aval, comme des tentatives de mise en sens d’une activation corporelle déjà enclenchée.

Point d’équilibre fondamental

Le travail corporel et émotionnel ne remplace pas la cognition. Il la rend à nouveau disponible. Une fois le système nerveux régulé, la cognition sociale redevient un levier thérapeutique central : recadrage attributionnel, relecture des intentions, sortie des scripts relationnels implicites, et réécriture du récit du couple.

Boucle relationnelle incarnée

Plus le système nerveux de l’un s’active, plus celui de l’autre se met en défense. Dans cette dynamique, le corps de chacun devient tour à tour régulateur ou dérégulateur du corps de l’autre, maintenant les conflits de couple persistants malgré la bonne volonté.

3.2 Trauma relationnel

Quand le passé façonne le présent du couple

Chez certaines personnes, ce qui est identifié comme un biais cognitif relève en réalité d’une mémoire émotionnelle non intégrée. Les travaux de Bessel van der Kolk ont montré que le trauma est avant tout une empreinte corporelle, qui se réactive dans des contextes relationnels similaires.

Dans la relation amoureuse, le partenaire peut devenir un déclencheur involontaire :

  • Trauma d’abandon → hypervigilance, peur de perdre l’autre, demandes répétées

  • Trauma d’intrusion → retrait, contrôle, fermeture corporelle

  • Trauma de trahison ou d’humiliation → méfiance, colère, tests relationnels

Selon la nature du trauma, les réactions émotionnelles, corporelles et relationnelles diffèrent profondément.
Chaque type de trauma appelle donc des modalités d’accompagnement spécifiques, notamment dans le rythme, la proximité, le travail corporel et la sécurisation du cadre.

3.3 Attachement et répétition des conflits

Quand aimer réactive les blessures

Les théories de l’attachement, initiées par John Bowlby, montrent que la relation de couple est un activateur majeur de l’insécurité d’attachement. Dans de nombreux couples :

  • l’un cherche la proximité (attachement anxieux),

  • l’autre protège la distance (attachement évitant).

Les biais cognitifs viennent alors habiller cognitivement des réactions déjà dictées par l’insécurité émotionnelle.

Boucle d’attachement typique

  • Plus l’un réclame → plus l’autre se ferme

  • Plus l’autre se ferme → plus l’un interprète négativement

  • La boucle se renforce, malgré l’amour et l’intention de bien faire

Les recherches en psychologie clinique montrent que l’insécurité d’attachement et la dérégulation émotionnelle sont plus fortement associées à la détresse conjugale que la fréquence objective des désaccords.

3.4 Sexualité : baromètre et levier thérapeutique

Le désir sexuel dans le couple comme langage du corps

En sexothérapie de couple, la sexualité n’est ni un détail ni un simple symptôme. Elle constitue un indicateur direct de la sécurité émotionnelle du lien. Lorsque le couple est insécurisé :

  • le désir sexuel dans le couple chute,

  • l’excitation devient mécanique ou absente,

  • la sexualité est évitée, subie ou instrumentalisée.

Mais la sexualité peut aussi devenir une ressource thérapeutique centrale.

Par exemple, lorsqu’un couple cesse toute tentative de "réussir" un rapport, ralentit, reste habillé, et réintroduit simplement un temps de contact lent sans objectif orgasmique, le système nerveux se détend. En quelques séances, le corps recommence à associer la proximité à la sécurité, et le désir peut à nouveau circuler.

La sexualité devient alors un espace de régulation, de présence et de réparation, plutôt qu’un lieu de performance ou de preuve.

3.5 Le couple : espace de transformation ou de cristallisation

Le couple est un creuset relationnel puissant. Il réactive simultanément :

  • blessures anciennes,

  • conditionnements corporels,

  • attentes affectives profondes,

  • loyautés inconscientes.

C’est ce qui en fait :

  • soit un espace de transformation relationnelle,

  • soit un lieu de répétition douloureuse.

Les biais cognitifs montrent comment le lien se rigidifie.
Le corps, le trauma et la sexualité expliquent pourquoi il est parfois si difficile d’en sortir seul.


La profondeur d’un problème relationnel ne dit rien de votre capacité à aimer,
mais de l’intensité de ce qui se rejoue dans le lien.

Pour nous résumer : 

  • Si comprendre apaise → les biais cognitifs sont centraux

  • Si comprendre n’apaise pas → activation corporelle et attachement en jeu

  • Si le corps déborde → trauma relationnel probable

Ce repère n’est pas un diagnostic, mais une boussole.

Ainsi donc, 

  • Les biais cognitifs dans le couple éclairent la perception

  • Le système nerveux explique les réactions automatiques

  • Le trauma relationnel explique la disproportion émotionnelle

  • La sexualité révèle et peut réparer l’état du lien

Dans les conflits de couple persistants, comprendre ne suffit pas toujours.
C’est la sécurité émotionnelle, corporelle et relationnelle qui permet la transformation.


Il ne s’agit pas de tout transformer, mais de commencer par un pas ajusté, soutenu et sécurisant

Par ailleurs : 

  • La sécurité émotionnelle conditionne l’accès à la cognition sociale et à la mentalisation (théorie polyvagale).

  • Le trauma relationnel s’inscrit dans le corps avant de pouvoir être symbolisé (van der Kolk).

  • L’insécurité d’attachement est un facteur majeur de détresse conjugale (Bowlby et recherches contemporaines).

  • Les difficultés sexuelles dans le couple sont fortement corrélées à l’insécurité émotionnelle et relationnelle.

Ces travaux convergent vers une même conclusion : les conflits de couple persistants nécessitent une approche intégrative, associant cognition, corps, attachement et sexualité.

Lorsque les conflits de couple persistants résistent à la compréhension, un accompagnement intégratif devient un levier essentiel. C’est précisément ce qui peut être travaillé en séance individuelle (45 min) ou en thérapie de couple (1h), afin de restaurer la sécurité émotionnelle, le désir sexuel dans le couple et la capacité à transformer le lien sans s’effondrer.

Partie 4 - Transformer le lien : quand le couple devient un passage conscient

Entre réparation, discernement et parfois séparation

Après avoir compris comment les biais cognitifs altèrent la perception (Parties 1 et 2) et pourquoi le corps, le trauma et la sexualité prennent parfois le relais (Partie 3), une question centrale s’impose : pourquoi certains couples, malgré l’amour, la lucidité et la bonne volonté, restent-ils pris dans des conflits de couple persistants ?

4.1 Ce que le couple ne peut pas résoudre seul

Lorsqu’un couple traverse une crise relationnelle durable, il devient souvent un système fermé. Les mêmes scènes se rejouent, avec des intentions sincères mais des effets de plus en plus douloureux :

  • chacun est à la fois acteur, déclencheur et témoin de la dynamique,

  • les tentatives de réparation réactivent parfois la blessure,

  • la parole se charge de peur : peur de perdre l’autre, de ne plus compter, d’être rejeté.

Ce n’est pas un échec du couple. C’est une limite structurelle : on ne peut pas toujours se réguler à l’intérieur du système même qui nous dérégule.

Dans les conflits de couple persistants, l’amour ne suffit pas, non parce qu’il est absent, mais parce qu’il est pris dans des boucles relationnelles devenues rigides.

4.2 Quand consulter ? Repères cliniques pour discerner

Tous les couples traversent des tensions. Mais certains signaux indiquent qu’un accompagnement thérapeutique du couple devient nécessaire :

  • le dialogue tourne en rond ou disparaît,

  • le corps reste en alerte (angoisse, colère, retrait, fatigue chronique),

  • la sexualité devient source d’évitement, de stress ou de honte,

  • l’un ou les deux partenaires se sentent seuls dans la relation,

  • les tentatives de “bien faire” aggravent la situation.

Ces signaux ne signifient pas que le couple est "fini". Ils indiquent que le lien a besoin d’un tiers régulateur pour évoluer.

4.3 Ce que la thérapie permet réellement (sans promesse magique)

La thérapie de couple (comme la thérapie individuelle) n’est ni rapide ni miraculeuse. Elle crée un cadre sécurisé, où la relation peut être observée, contenue et travaillée pas à pas. Concrètement, l’accompagnement permet :

  • de ralentir le système nerveux lorsqu’il s’emballe,

  • de restaurer une sécurité émotionnelle minimale,

  • de transformer les biais cognitifs en objets de conscience partagés,

  • d’accueillir les blessures sans qu’elles envahissent tout l’espace,

  • de redonner à l’intimité — sexuelle ou non — sa fonction de lien vivant.

La thérapie ne cherche pas à réparer une personne. Elle travaille la dynamique relationnelle dans laquelle chacun est pris.

4.4 Thérapie individuelle, thérapie de couple… même quand l’autre ne veut pas

Dans la réalité clinique, les partenaires ne sont pas toujours au même endroit. Il arrive fréquemment qu’un seul des deux soit prêt à travailler, à consulter ou à se remettre en question. Dans ces situations, un accompagnement individuel peut déjà transformer la dynamique du lien :

  • en modifiant les réactions automatiques,

  • en restaurant l’agentivité,

  • en clarifiant ce qui relève du lien… et ce qui n’en relève plus.

Le changement d’un seul élément du système peut déjà déplacer l’ensemble (c'est de la systémie).

4.5 Le couple : transformation, discernement… ou séparation consciente

Il est essentiel de le poser clairement : toute souffrance relationnelle n’est pas transformatrice. Lorsqu’il y a :

  • dénigrement,

  • peur constante,

  • contrôle,

  • atteinte à l’intégrité psychique ou corporelle,

Il ne s’agit plus d’un passage évolutif, mais d’un signal d’alarme. Dans ces cas, la priorité n’est pas de "sauver le couple", mais de restaurer la sécurité.

À l’inverse, lorsque la relation met en lumière des tensions sans violence,
le couple peut devenir un lieu de discernement profond.

Et parfois, la transformation du lien passe aussi par une séparation consciente, accompagnée, non destructrice, non comme un échec, mais comme une manière de ne plus se trahir.

4.6 Asymétries, contexte de vie et lucidité relationnelle

Les couples n’évoluent jamais hors sol. Les dynamiques relationnelles sont influencées par :

  • les asymétries émotionnelles ou sexuelles,

  • la charge mentale,

  • la parentalité,

  • les recompositions familiales,

  • l’épuisement professionnel ou existentiel.

Psychologiser sans tenir compte de ces dimensions reviendrait à invisibiliser des réalités systémiques et sociales. Nommer ces asymétries n’est pas accuser, c’est rendre la transformation possible.

4.7 Sexualité, intimité… ou autres chemins du lien

La sexualité peut être :

  • un baromètre de la relation,

  • un levier thérapeutique,

  • mais elle n’est jamais une obligation.

Pour certains couples, le travail passe par la sexualité. Pour d’autres, par d’autres formes d’intimité : présence, parole, rituels symboliques, lenteur, réparation émotionnelle.

L’enjeu n’est pas la norme mais la justesse du lien au regard de ce que chacun peut réellement vivre.

En synthèse : 

  • Les conflits de couple persistants ne se résolvent pas toujours de l’intérieur
  • La thérapie de couple introduit un tiers régulateur nécessaire

  • L’accompagnement individuel peut déjà transformer la dynamique

  • La transformation du lien peut parfois passer par une séparation consciente

  • La sécurité émotionnelle reste toujours la priorité

L’enjeu n’est pas de sauver le couple à tout prix
mais de transformer la manière d’être en lien, avec l’autre ou avec soi.

FAQ - Les biais cognitifs dans le couple

1. Qu’est-ce qu’un biais cognitif dans le couple ?

Un biais cognitif est une déformation automatique de la perception. Dans le couple, il influence la façon dont on interprète les paroles, les intentions et les comportements de l’autre, surtout quand l’émotion est forte.

2. Pourquoi a-t-on l’impression que l’autre fait exprès ou ne change jamais ?

Parce que le cerveau cherche de la cohérence. Les biais de confirmation et de négativité sélectionnent ce qui conforte une image déjà construite, donnant l’impression que rien n’évolue, même quand des changements existent.

3. Les biais cognitifs signifient-ils que l’un des deux a tort ?

Non. Identifier un biais n’invalide jamais un ressenti. Cela indique que la perception est sous tension, pas que la souffrance est imaginaire.

4. Pourquoi comprend-on tout… sans que les conflits s’apaisent ?

Parce que les conflits de couple ne sont pas seulement cognitifs. Tant que le corps et le système nerveux restent en alerte, la compréhension seule ne suffit pas à réguler la relation.

5. Les biais cognitifs expliquent-ils tous les conflits de couple ?

Non. Ils expliquent comment la réalité est interprétée, mais pas toujours pourquoi la réaction est si intense.
Attachement, trauma et sécurité émotionnelle jouent souvent un rôle central.

6. Les biais cognitifs peuvent-ils affecter le désir sexuel ?

Oui. Une perception négative répétée du partenaire peut créer une insécurité corporelle, entraînant une baisse du désir, même en présence d’amour.

7. Comment dépasser les biais cognitifs dans le couple ?

Pas en corrigeant l’autre ni en "pensant positif". Mais en :

  • ralentissant les réactions,

  • distinguant faits, émotions et interprétations,

  • restaurant une sécurité émotionnelle.

Ce travail est souvent plus efficace lorsqu’il est accompagné, individuellement ou en couple.

8. Pourquoi consulter avant de prendre une décision définitive ?

Parce que la crise biaise souvent la perception. Un accompagnement permet de :

  • distinguer l’émotion passagère d’un désalignement profond,

  • décider sans peur ni précipitation,

  • éviter les ruptures impulsives ou répétées.

La thérapie est un temps de discernement, pas un verdict.

9. La thérapie de couple fonctionne-t-elle vraiment ?

La thérapie de couple n’est ni magique ni instantanée. Elle fonctionne lorsqu’elle permet :

  • de ralentir les réactions automatiques,

  • de restaurer la sécurité émotionnelle,

  • de sortir des conflits répétitifs,

  • de décider autrement.

Elle ne garantit pas que le couple dure, mais qu’il ne se répète plus à l’identique.

10. Mon couple est-il toxique ou simplement en crise ?

Une relation devient toxique lorsqu’il y a :

  • peur constante,

  • dénigrement,

  • contrôle,

  • atteinte à l’intégrité psychique ou corporelle.

Dans ces cas, la priorité est la sécurité, pas la transformation du couple. Une crise, en revanche, peut être intense sans être violente et, parfois, ouvrir sur un travail profond.


11. Est-ce normal d’avoir honte ou de se sentir coupable de consulter ?

Oui, c’est très fréquent. Beaucoup de personnes ressentent honte, culpabilité ou sentiment d’échec lorsqu’elles consultent pour leur couple.

Ces émotions ne disent rien de votre incapacité à aimer, mais de la pression culturelle qui pèse sur la réussite amoureuse.

Conclusion

Du malentendu relationnel à une écologie du lien

Comprendre est nécessaire, mais rarement suffisant

Cette analyse, ancrée en psychologie sociale, clinique et systémique, montre que les conflits de couple persistants ne relèvent ni d’un déficit d’amour ni d’une simple incompatibilité, mais d’un enchevêtrement complexe entre biais cognitifs, insécurité émotionnelle, mémoire traumatique, dynamiques d’attachement et vécu corporel, incluant la sexualité.

Les biais cognitifs éclairent la construction subjective de la réalité relationnelle ; le corps, le système nerveux et l’intimité révèlent pourquoi certaines situations résistent à la compréhension rationnelle seule.
Autrement dit, comprendre est une condition nécessaire, mais rarement suffisante, lorsque le lien est activé sur des registres profonds. Penser de façon "juste" est aidant, mais c’est la régulation émotionnelle et relationnelle qui rend le changement possible.

Le couple comme révélateur, pas comme solution magique

Cette réflexion met en lumière une limite majeure des discours contemporains sur l’amour : l’illusion selon laquelle la lucidité, la communication ou la bonne volonté suffiraient à résoudre toute difficulté relationnelle.
Le couple est un révélateur puissant, mais il n’est pas toujours un espace auto-régulant. Lorsqu’il devient un système clos, il peut cristalliser les blessures plutôt que les transformer.

Ces constats s’appuient sur des travaux convergents en psychologie sociale, clinique, sexologie et sciences du lien, montrant que l’insécurité émotionnelle et relationnelle pèse souvent davantage que la nature objective des désaccords.

Reconnaître cette limite ne revient ni à pathologiser le couple ni à le condamner, mais à déplacer le regard : du "qui a tort ?" vers le "que se passe-t-il dans le lien ?".
La thérapie (individuelle et/ou de couple) apparaît alors non comme un aveu d’échec, mais comme une médiation structurante, introduisant un tiers régulateur là où la relation ne parvient plus à se transformer seule. En d'autres termes, le couple révèle, la thérapie médiatise.

Repenser le couple comme une conscience relationnelle située

Au-delà de la clinique, cette analyse invite à une réflexion plus large sur nos modèles culturels de l’amour.
Dans des sociétés qui valorisent l’autonomie, la performance émotionnelle et la satisfaction immédiate, le couple est sommé de tout contenir : sécurité, désir, reconnaissance, réparation du passé et accomplissement personnel. Ces injonctions, souvent genrées et asymétriques, pèsent différemment sur les partenaires et influencent profondément les dynamiques du lien.

Il devient alors nécessaire de repenser le couple non comme un idéal à atteindre, mais comme un espace de conscience relationnelle, parfois confortable, parfois déstabilisant, toujours situé dans une histoire, un contexte social et des ressources psychiques réelles.
La transformation d’un lien ne dépend pas seulement de la conscience ou de la bonne volonté, mais aussi de l’histoire de chacun, des contraintes vécues et de la capacité effective de l’autre à entrer en relation.

Dès lors, la question centrale se déplace : il ne s’agit plus seulement de "sauver le couple", mais d’apprendre à aimer sans se perdre, à se transformer sans se trahir, et, lorsque cela s’impose, à se séparer consciemment sans se détruire. Le couple n’est ni un refuge garanti ni un champ de bataille inévitable, mais un lieu possible de maturation lorsqu’il est pensé, accompagné et situé.

Cette réflexion ouvre ainsi un champ de travail clinique, relationnel et sociétal plus large : comment apprendre à être en lien dans des contextes d’insécurité croissante, comment soutenir des relations vivantes sans les idéaliser et comment accompagner les couples (ensemble ou séparément) dans des trajectoires qui préservent à la fois la dignité du lien et l’intégrité des sujets.

C’est dans cette perspective que le couple cesse d’être un échec à réparer ou un idéal à atteindre, pour devenir un espace de discernement, de responsabilité et de transformation humaine.


Si vous vous reconnaissez dans ces biais cognitifs de couple, si vous avez l’impression de ne plus vous comprendre ou de revivre les mêmes conflits, un accompagnement peut vous aider à clarifier, réguler et transformer le lien.

Je propose :

  • des séances individuelles (45 min),

  • des thérapies de couple (1h).

    Rendez-vous sur mon site : https://www.neosoi.fr/

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NeoSoi - Dr Céline BERCION - psychologue sociale et systémique, thérapie de couple et sexothérapie - Bordeaux et visio

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