Céline BERCION - Dr en Sociologie et Psychologie sociale
Psychothérapie systémique

Thérapie de couple - Sexothérapie 
Initiatrice des grandes traversées de vie

Psychothérapie, thérapie de couple, sexothérapie et éveil de conscience

06 22 75 87 93
NeoSoi
Céline BERCION - Dr en Sociologie et Psychologie sociale
Psychothérapie systémique

Thérapie de couple - Sexothérapie 
Initiatrice des grandes traversées de vie

Pourquoi tant d’adultes ne comprennent leur histoire qu’à 30, 40 ou 50 ans ?


3 vues

Perte de désir, crise de couple, sexualité qui se transforme, sentiment de ne plus se reconnaître dans sa relation… Pourquoi tant d’adultes commencent-ils à comprendre leur histoire personnelle à travers leurs difficultés amoureuses et sexuelles ? Une lecture clinique du couple, de l’intimité, du corps et de l'amour.

Il arrive un moment dans la vie où quelque chose ne fonctionne plus comme avant. Ce peut être le corps qui fatigue, le couple qui ne soutient plus, le désir qui se modifie, le travail qui pèse autrement ou encore le sens de la vie qui se brouille.

Dans ce passage, ce qui trouble, c’est ce sentiment de décalage étrange : la sensation que quelque chose était déjà là depuis longtemps, sans avoir pu être pensé jusqu'ici.

Alors beaucoup se jugent. Ils parlent d’aveuglement, de naïveté, de perte de temps. Ils se demandent pourquoi ils ont tenu si longtemps, pourquoi ils ont accepté certaines relations ou encore pourquoi ils n’ont pas écouté leur corps.

Pourtant, en clinique, cette compréhension tardive est très fréquente. On la retrouve dans des parcours de burn-out, de crises existentielles, de difficultés de couple, de bouleversements de la vie sexuelle ou de profonds remaniements identitaires à l’âge adulte.

Ce qui apparaît alors n’est pas seulement de la souffrance. C’est avant tout et surtout une autre lecture de soi où des liens se font, où des répétitions deviennent visibles, voire même des réactions qui prennent soudain un sens nouveau. C'est là que quelque chose, à l’intérieur de soi, est devenu capable de le rencontrer.

Tant qu'on est est entièrement occupé à tenir, à s’adapter, à maintenir des équilibres, il n'y a pas de place pour la nouveauté. En corollaire, on commence souvent à se comprendre quand ces équilibres se fissurent.

La compréhension tardive ne dit pas seulement quelque chose du passé. Elle dit surtout quelque chose des conditions dans lesquelles un être humain peut enfin se rencontrer.

Dans cet article, je vous propose d’explorer pourquoi tant d’adultes comprennent leur histoire à 30, 40 ou 50 ans, comment la compensation permet de tenir longtemps sans comprendre, pourquoi le corps et le lien (notamment via le couple) jouent un rôle central dans ces bascules et ce que ces moments viennent parfois ouvrir.

PARTIE 1 - Ce qui rend la compréhension possible : maturation psychique, mémoire et identité narrative

Beaucoup d’adultes formulent un jour, souvent avec étonnement, parfois avec vertige, cette question : "pourquoi est-ce que je ne comprends mon passé que maintenant ? Pourquoi certaines choses prennent-elles sens à 35, 45 ou 55 ans, alors qu’elles étaient là depuis longtemps ?". 

À rebours d’une idée pourtant très répandue, comprendre son histoire de vie n’est pas seulement une affaire de réflexion ou d’intelligence. C’est avant tout et surtout le fruit d’une maturation psychique.

Autrement dit, la compréhension de soi n’est pas un simple acte volontaire. Elle repose sur des capacités internes qui se construisent progressivement, au croisement du développement du cerveau, de l’histoire relationnelle, de la régulation émotionnelle et des contextes de vie.

On ne comprend pas seulement quand on se pose des questions.
On comprend lorsque l’appareil psychique devient capable d’accueillir, de relier et de symboliser ce qui, jusque-là, ne pouvait être que vécu.

La compréhension de soi est une capacité qui se développe

C’est précisément ce que montrent les travaux en psychologie du développement adulte. Erik Erikson fut d'ailleurs l’un des premiers à décrire l’âge adulte non comme un plateau, mais comme une succession de remaniements identitaires : l’accès à l’intimité, la confrontation à la générativité, puis à l’intégrité. Chaque étape, souligne-t-il, ne pose pas seulement de nouveaux défis extérieurs, mais ouvre surtout des questions intérieures inédites.

Dans la continuité de cette approche, Dan McAdams a montré que l’identité adulte se construit comme une identité narrative : nous n’habitons pas notre vie comme une chronologie d’événements, mais comme une histoire intérieure en constante réécriture. Or cette capacité à faire récit, à relier des expériences entre elles, à leur donner sens, dépend directement du développement de fonctions psychiques spécifiques.

Parmi elles, on trouve la mentalisation, décrite par Peter Fonagy.  C'est la capacité à penser ses états internes et ceux d’autrui ; on trouve également la métacognition, qui permet de prendre du recul sur sa propre expérience ; on trouve également la symbolisation émotionnelle, qui transforme l’affect brut en expérience psychiquement représentable.

Sur le plan neuropsychologique, ces fonctions s’appuient sur des réseaux impliqués dans la régulation émotionnelle, l’intégration de l’expérience et la projection dans le temps. Or ces réseaux continuent d’évoluer bien au-delà de l’adolescence. La plasticité cérébrale accompagne les remaniements de l’adulte, en particulier lorsque celui-ci traverse des expériences relationnelles, corporelles et existentielles majeures.

Tant que ces capacités ne sont pas suffisamment stabilisées, l’histoire est surtout agie.
Lorsqu’elles se développent, l'histoire peut commencer à être pensée, ressentie et symbolisée.

La mémoire autobiographique : du vécu à l’expérience consciente

Dans cette perspective, comprendre son passé ne consiste pas à "retrouver des souvenirs", mais à transformer son rapport à la mémoire. Les recherches contemporaines sur la mémoire autobiographique montrent qu’elle n’est pas un stock d’archives, mais un processus actif de reconstruction. À mesure que les capacités de symbolisation et de mise en récit se déploient, les expériences passées peuvent être reliées, nuancées, reconfigurées émotionnellement.

C’est ici que la pensée de René Roussillon éclaire puissamment celle de McAdams. Là où McAdams parle d’identité narrative, Roussillon parle de processus de subjectivation. Concrètement, ce processus a lieu lorsqu'une expérience n’appartient véritablement au sujet que lorsqu’elle devient psychiquement représentable, intégrable, appropriable.

Autrement dit, certains vécus existent longtemps sans être vraiment à soi.

Ils sont là, mais pas encore habitables. C’est pourquoi tant d’adultes disent un jour : "je n’avais jamais vu ça comme ça" ; "je n’avais jamais compris que cela m’avait autant marqué".

Les faits n’ont pas changé. Ce qui a changé, c’est la capacité à les vivre comme expérience consciente.

On ne pense pas sa vie à 40 ans avec l’appareil psychique de ses 20 ans

Or cette capacité ne se développe pas hors sol. Elle s’inscrit dans une temporalité.

Les premières décennies de l’âge adulte sont souvent dominées par des enjeux d’adaptation : se former, travailler, construire un couple, parfois devenir parent, s’inscrire socialement, assurer une sécurité matérielle et identitaire.

Ces périodes mobilisent prioritairement des fonctions de tenue, d’organisation, de conformité et de performance.

Or, la capacité à se retourner profondément sur soi, à interroger ses loyautés, ses modèles amoureux, son rapport au désir, à la perte ou au sens de la vie, suppose le plus souvent :

  • une sécurité intérieure plus grande,

  • des expériences émotionnelles plus différenciées,

  • un rapport plus conscient au temps et à la finitude,

  • et souvent aussi… une fatigue des anciens modes de fonctionnement.

Ce n’est donc pas que l’on "ne savait rien" avant. C’est juste que l’on ne disposait pas encore de la même profondeur de lecture intérieure.

Nota : cette maturation n’est ni linéaire ni universelle. Elle varie selon les histoires relationnelles, les structures de personnalité, les ressources symboliques, les environnements sociaux et culturels, et l’accès ou non à des espaces de parole et d’élaboration.

Comprendre tard n’est pas forcément le signe d’un trauma

Il est essentiel de le dire clairement : toute compréhension tardive n’est pas l’indice d’une blessure ou d’un faux self. De nombreuses prises de conscience relèvent simplement d’un élargissement du champ de conscience, d’une maturation affective, d’une capacité nouvelle à tolérer la complexité psychique.

Certaines personnes comprennent tardivement leur rapport à l’amour, au couple, au travail, au désir, à la solitude ou au temps. Non pas parce qu’elles allaient mal, mais parce que ces questions n’étaient pas encore psychiquement formulables.

À l’inverse, certaines prises de conscience peuvent aussi être douloureuses, confronter à des deuils, à des colères, à des renoncements. Toute compréhension n’est pas immédiatement apaisante.

Comprendre tard n’est pas toujours réparer ; c’est souvent commencer à pouvoir regarder.


Dès lors, cette lecture transforme profondément le regard porté sur les crises de milieu de vie. Elle permet de passer d'une vision de : "j’ai perdu du temps » à une vision reposant sur "mon appareil psychique a évolué. »

Il me semble essentiel de faire cette distinction dans la mesue où elle restaure une dignité du parcours, au lieu d’installer une disqualification rétrospective.

Signes que votre capacité de compréhension est en train d’évoluer

  • émergence de questions existentielles nouvelles

  • regard différent sur l’enfance ou les relations passées

  • modification du rapport au couple ou à la sexualité

  • fatigue des anciens rôles

  • besoin de sens plus que de performance

  • sensibilité accrue au corps et aux émotions, etc.
     

Nota : ces signes ne sont pas des diagnostics. Ils indiquent souvent que quelque chose, intérieurement, devient plus lisible.
 

Dans la partie suivante, nous verrons pourquoi, au-delà de cette maturation naturelle, certains rôles, environnements et loyautés invisibles retardent encore l’accès à cette compréhension (et pourquoi, parfois, ne pas comprendre est aussi une manière profonde de se protéger).

PARTIE 2 - Ce qui empêche de comprendre plus tôt : rôles sociaux, loyautés invisibles et normalisation de la survie

Si la compréhension de soi dépend en partie d’une maturation psychique naturelle, elle ne se développe jamais hors sol. Elle se construit (et parfois se retarde) dans des environnements relationnels, familiaux, professionnels et culturels précis.

Autrement dit, on ne comprend pas seulement quand on est prêt intérieurement. On comprend aussi quand on a le droit, quand on a la place, quand on a la sécurité de comprendre.

Parfois, ce qui empêche de penser son histoire, ce n’est pas l’absence de capacité, mais l’existence de rôles, de loyautés et de normes qui rendent cette compréhension psychiquement coûteuse, voire menaçante.

Ne pas comprendre peut alors devenir une stratégie de protection.

Rôles familiaux et schémas relationnels : ce qui empêche de se comprendre

Dès l’enfance, le sujet ne se construit pas seulement comme un individu, mais comme un être en lien.

John Bowlby l’a bien montré : l’enfant développe très tôt des stratégies d’attachement pour maintenir la proximité et la sécurité du lien. Ces stratégies ne sont ni des choix ni des traits de caractère. Ce sont des organisations relationnelles de survie.

Au-delà, Nicole Guédeney et Gwénaëlle Persiaux ont prolongé ces travaux en montrant combien ces styles d’attachement structurent, à l’âge adulte, la manière d’aimer, de se taire, de se suradapter, de contrôler, de s’effacer ou de se rigidifier dans le couple et les relations.

Dans le même mouvement, Donald Winnicott a décrit ce qu’il nomme le faux self : non pas un mensonge, mais une organisation du moi qui permet de rester en lien avec l’environnement, parfois au prix d’un éloignement progressif de l’expérience subjective.

Chacune de ces approches se répond sur un point fondamental : le psychisme se structure d’abord pour préserver le lien, bien avant de chercher la vérité de soi.

C’est ainsi que se mettent en place, souvent très tôt, des rôles relationnels : l’enfant sage, le soutien émotionnel du parent, le performant, le médiateur, celui qui ne dérange pas, celui qui comprend tout le monde, celui qui tient.

Or un rôle n’est pas seulement un comportement. C’est une position psychique qui organise ce qu’il est possible de ressentir, de penser… et ce qu’il vaut mieux ne pas voir.

Autrement dit, tous les rôles ne sont pas des prisons. Ce qui devient problématique, c’est lorsque le rôle remplace progressivement l’expérience de soi.

Quand la survie devient une identité

Boris Cyrulnik a largement montré que ce que l’on appelle "résilience" est d’abord une créativité adaptative. Elle permet de vivre, parfois même de réussir, dans des environnements qui ne soutiennent pas pleinement la vie psychique.

Dans cette perspective, ce que beaucoup d’adultes formulent plus tard comme "je me suis oublié(e)" ou "je ne sais plus qui je suis", renvoie souvent à une réalité bien plus fine : ces adultes se sont trouvés dans un monde où il fallait tenir bon. Il fallait tenir une famille, tenir un parent fragile, tenir un couple, tenir une image, tenir un corps ou encore tenir une place sociale.

Et tant que ce mode de tenue fonctionne (tant qu’il permet d’aimer, d’être aimé, d’appartenir, de réussir ou d’éviter l’effondrement) il n’est presque jamais interrogé.
 

Pour le dire autrement, on ne questionne pas ce qui protège.
On ne pense pas ce qui maintient debout.

Cliniquement, cela s’observe dans de nombreuses formes contemporaines de survie psychologique adulte : burn-out, fatigue émotionnelle chronique, dépression masquée, dissociation fonctionnelle, hyper-contrôle, surinvestissement professionnel, sexualité opératoire ou compulsive, couples fonctionnels sans intimité.

Ce ne sont pas toujours des pathologies. En revanche, ce sont très souvent des organisations de survie devenues identitaires.

Loyautés familiales invisibles : quand ne pas comprendre, c’est rester fidèle

L’approche contextuelle et systémique a mis en évidence que nous ne portons pas seulement notre histoire individuelle, mais des loyautés invisibles.

Boszormenyi-Nagy a montré combien certaines positions intérieures servent à maintenir des équilibres transgénérationnels : réparer, compenser, réussir, porter, ne pas voir, ne pas accuser, ne pas dépasser. Dans ce cadre, comprendre certaines dimensions de son histoire peut impliquer de :

  • décevoir un parent,

  • remettre en cause une image familiale,

  • rompre une solidarité implicite,

  • cesser d’être « celui ou celle qui va bien »,

  • perdre une identité relationnelle.

Ainsi, la compréhension tardive ne relève pas seulement d’un travail intérieur. Elle engage souvent une réorganisation des appartenances.
 

Autrement dit, comprendre, ce n’est pas seulement savoir ; c’est parfois se séparer psychiquement.

Normes sociales, burn-out et anesthésie émotionnelle

À ces loyautés familiales s’ajoutent des cadres sociaux puissants. Nos sociétés valorisent la performance, l’autonomie précoce, la maîtrise émotionnelle, l’adaptation rapide, la positivité. Elles banalisent, en revanche, la surcharge mentale, la fatigue émotionnelle, la pauvreté relationnelle, les couples sans intimité, les corps sous tension permanente.

Dans ce contexte, beaucoup de fonctionnements adaptatifs ne sont pas seulement tolérés : ils sont tout simplement récompensés pour devenir des identités sociales.

Or ce qui est normalisé socialement devient rarement questionné intérieurement. En d'autres termes, il est difficile de comprendre ce que tout le monde appelle "normal".

C’est ainsi que de nombreux adultes consultent aujourd’hui pour un burn-out, une perte de sens, une fatigue émotionnelle chronique, sans faire le lien avec des rôles relationnels anciens devenus incompatibles avec leur vie actuelle.

Les bénéfices secondaires à ne pas comprendre

C’est ici qu’apparaît un point clinique majeur. Ne pas comprendre plus tôt n’est pas seulement un manque.
C’est même souvent aussi un gain psychique.

Ne pas comprendre peut permettre de :

  • rester loyal à une famille,

  • préserver un couple,

  • garder une image de soi supportable,

  • éviter un deuil,

  • ne pas traverser une colère,

  • ne pas remettre en cause une sexualité,

  • ne pas perdre une direction de vie.

Dans cette perspective, la compréhension tardive ne peut pas être pensée comme un simple progrès cognitif.
Elle implique presque toujours un coût émotionnel, relationnel et identitaire.


On ne comprend pas plus tôt parce que comprendre plus tôt aurait parfois été désorganisant.

Mais il est tout aussi essentiel de le dire : ne pas comprendre protège parfois… et peut aussi user, rigidifier, appauvrir l’expérience de soi.

Pourquoi je ne me suis pas compris(e) plus tôt ?

En quelques mots, voici ce que nous montrent les thérapies : 

• parce que j’occupais une fonction
• parce que comprendre aurait menacé un lien
• parce que j’étais adapté(e) mais pas aligné(e)
• parce que mes schémas relationnels étaient normalisés
• parce que mon corps tenait encore
• parce que certaines histoires adultes m’ont aussi progressivement coupé(e) de moi


Cette lecture psycho-sociale et systémique transforme profondément le regard porté sur les crises de compréhension tardive. De mon point de vue, elle permet de sortir de deux pièges :

"Je n’avais qu’à ouvrir les yeux"
"J’étais forcément blessé(e)"

pour entrer dans une lecture plus juste :

✔ J’étais organisé(e) pour tenir jusqu'ici
✔ Je remplissais une fonction
✔ Je protégeais un équilibre
 

Ce déplacement est central en thérapie, car il remplace la culpabilité et la honte par de l’intelligibilité, et la disqualification par de la reconnaissance.

De la survie à la lisibilité intérieure

Lorsque ces rôles commencent à fatiguer, lorsque les loyautés deviennent lourdes, lorsque les normes cessent d’offrir du sens au sujet, alors quelque chose peut se desserrer.

Il ne s'agit pas encore d'une compréhension profonde. Il s'agit de la possibilité de comprendre grâce à un espace intérieur qui s’ouvre et, avec lui, souvent, viennent des questions nouvelles :

  • "Pourquoi je ne comprends pas mes émotions ?"

  • "Pourquoi je me suis oublié(e) dans mon couple ?"

  • "Pourquoi je répète toujours les mêmes schémas relationnels ?"

  • "Pourquoi mon corps lâche maintenant ?"
     

De toute évidence, ces questions n’apparaissent pas quand tout va bien.
Elles apparaissent quand les anciennes réponses ne suffisent plus.



Dans la partie suivante, nous verrons comment ce desserrement passe très souvent par le corps : fatigue, symptômes, burn-out, effondrement émotionnel.
Car si les rôles tiennent longtemps, le corps, lui, finit toujours par poser une limite.

PARTIE 3 - Quand ça lâche : le corps comme horloge de la compensation

Si, pendant des années, les rôles, les loyautés et les stratégies d’adaptation ont permis de tenir, ils ne sont jamais illimités. En effet, il existe une dimension que ni la volonté, ni la lucidité, ni même l’amour ne peuvent indéfiniment contenir : c'est le corps.

Autrement dit, ce qui n’a pas pu être compris psychiquement, ni remanié relationnellement, finit très souvent par être porté biologiquement. Là où le psychisme peut encore rationaliser, minimiser ou s’adapter, le corps, lui, pose des seuils physiologiques.

C’est pourquoi tant d’adultes formulent un jour cette phrase devenue presque banale : "je fonctionnais… et je n'y arrive plus ; mon corps lâche". 

Mais le corps ne lâche jamais "sans raison". Il signale, presque toujours, qu’un mode de fonctionnement est devenu trop coûteux.

Stress chronique et système nerveux : quand le corps sature

Les travaux de Stephen Porges ont profondément transformé notre compréhension de ces états. Ils montrent que le système nerveux autonome ne sert pas seulement à gérer le danger, mais qu’il régule en permanence le sentiment de sécurité, la capacité relationnelle et l’équilibre émotionnel.

Autrement dit, le corps n’est pas seulement un organisme biologique. Il est un système d’adaptation au lien.

Dès lors, dans des environnements où il a fallu se contenir, se surajuster, se surveiller, performer, rassurer, s’effacer ou tenir, le système nerveux apprend à fonctionner en état d’activation prolongée. On ne vit pas dans la peur, on vit avant tout dans une tension de fond.

Progressivement, cette tension chronique modifie les équilibres du sommeil, de l’immunité, de l’humeur, de l’attention, du désir. Elle ouvre la voie à ce que beaucoup décrivent aujourd’hui comme :

fatigue émotionnelle chronique,
stress chronique et corps douloureux,
anxiété diffuse,
burn-out et perte de sens,
troubles du sommeil,
irritabilité,
perte de désir soudaine ou sexualité devenue mécanique.


Pour le dire autrement, ce que l’on appelle souvent "effondrement nerveux" correspond, en tout cas sur le plan psychocorporel, à une saturation progressive des capacités d’adaptation.

Et cette saturation n’est pas toujours le produit d’un passé lointain. Elle peut tout autant résulter d’environnements adultes objectivement éprouvants : surcharge professionnelle, rythmes inhumains, relations toxiques, parentalité sans soutien, bouleversements hormonaux, maladie, deuils, isolement affectif.
 

Tous les corps qui lâchent ne racontent pas un trauma.
Certains racontent simplement un monde devenu biologiquement invivable.

Somatisation et mémoire corporelle : le corps garde ce qui n’a pas pu être élaboré

Les travaux de Bessel van der Kolk ont largement montré que certaines expériences ne s’inscrivent pas d’abord dans le récit, mais dans le corps : postures, tensions, schémas neurovégétatifs, réactions de retrait ou d’hypervigilance. Et que le corps garde même des états, comme des états d’alerte, de contraction, d’effondrement ou encore des états de dissociation.

Dans une autre perspective, Gabor Maté montre comment le stress chronique et l’adaptation émotionnelle prolongée modifient durablement les régulations neurobiologiques, hormonales et immunitaires.

Autrement dit, ce que l’on nomme parfois "décompensation tardive" n’est pas l’apparition soudaine d’un problème. C’est même très souvent la visibilisation corporelle d’un coût adaptatif ancien ou prolongé.


Pour autant, il est essentiel de ne pas romantiser ces états. Un effondrement corporel n’est jamais anodin.
Il doit toujours être pris au sérieux, évalué médicalement, et accompagné.

On peut néanmoins distinguer, sans les opposer :

les crises développementales normales,
les surcharges contextuelles,
les effondrements adaptatifs,
et les troubles constitués.

Cette distinction protège à la fois de la banalisation et de la pathologisation.


Plus gobalement, une chose reste constante : quand le corps lâche, il indique qu’un mode de fonctionnement ne peut plus être porté.

Et continuer à forcer, dans ces moments-là, n’est pas du courage. C’est plus souvent une dissociation.

Pourquoi le corps parle avant que l’on comprenne

Il est frappant de constater que, chez de nombreux d’adultes, les premiers signes ne sont pas des idées nouvelles, mais des états corporels nouveaux.

Le corps précède souvent la pensée.

Les recherches sur la mémoire implicite montrent d'ailleurs que la régulation physiologique est un préalable à l’élaboration psychique.

René Kaës, dans une autre perspective, souligne que certaines expériences ne deviennent pensables que lorsqu’un nouvel étayage interne ou relationnel est disponible.

Autrement dit, ce n’est pas parce que l’on comprend que le corps se détend.

C’est souvent parce que quelque chose, corporellement, ne peut plus se maintenir, que la compréhension devient possible.

PARTIE 4 - Pourquoi la compréhension survient souvent après : sécurité intérieure, mémoire et intégration

Pourquoi certaines choses prennent sens après un burn-out, une rupture, une thérapie, une maladie, une crise existentielle ?

On pourrait croire que la compréhension dépend uniquement de ce que l’on a vécu. En réalité, elle dépend surtout des conditions intérieures dans lesquelles cela peut être accueilli. On ne comprend pas ce qui nous est arrivé simplement parce qu’on y repense. On commence à comprendre lorsque l’appareil psychique devient suffisamment régulé et sécurisé pour accueillir ce qui, jusque-là, était trop chargé, trop confus ou trop menaçant.

En d'autres termes, la compréhension tardive de soi correspond souvent au moment où les capacités de régulation, de mentalisation et de symbolisation deviennent suffisantes pour transformer l’expérience.

La compréhension suit la régulation émotionnelle

On touche ici un point clinique central.

C'est un réflexe chez de nombreuses personnes de penser ainsi : "je viens vous voir car quand je comprendrai, j’irai mieux". 

Or, dans la majorité des processus thérapeutiques, on observe l’inverse : c’est lorsque quelque chose va un peu mieux dans le corps et dans le lien que la compréhension devient possible.

Les travaux d’Allan Schore et de Peter Fonagy ont montré combien la capacité à penser ses états internes dépend directement du niveau de régulation émotionnelle et relationnelle.

Plus concrètement, lorsque le système nerveux est en hyperactivation ou en effondrement, l’énergie psychique est mobilisée pour survivre. C'est comme si la pensée se rétrécissait. 

À l’inverse, lorsque la régulation s’améliore (parfois grâce à une thérapie, un cadre contenant, une relation sécure, un travail corporel, un ralentissement imposé ou choisi) alors un espace psychique peut s'ouvrir.

On ne comprend pas parce qu’on réfléchit davantage.
On comprend parce que quelque chose devient vivable intérieurement.



Je le rappelle souvent en séance, cette sécurité intérieure transforme profondément le rapport à la mémoire. L’essentiel de ce que nous portons n’est pas d’abord organisé en récits, mais en mémoires implicites : sensations corporelles, climats émotionnels, attentes relationnelles, réflexes d’adaptation.

C’est ce que Bessel van der Kolk a montré, et ce que de nombreux travaux cliniques ont confirmé : nous portons d’abord des états, avant de porter des histoires.

Et lorsque la régulation augmente, ces éléments implicites peuvent commencer à se lier :

- des émotions trouvent des mots,
- des réactions trouvent un contexte,
- des répétitions trouvent une continuité.


Dans cette perspective, Dan McAdams parle d’identité narrative, Roussillon parle de subjectivation et Kaës parle de passage du non-représenté au représentable.

Quoi qu'il en soit, ces perspectives se rejoignent : comprendre son histoire en thérapie ne signifie pas "retrouver des souvenirs", mais organiser autrement son expérience.

Et, parfois, cette compréhension ne porte pas seulement sur ce que nous avons vécu, mais aussi sur ce que nous avons porté pour d’autres : charges émotionnelles familiales, fidélités invisibles, héritages relationnels silencieux.

Intégrer son histoire plutôt que l’expliquer

Il est alors essentiel de distinguer comprendre, expliquer et intégrer. En effet, on peut expliquer son histoire sans qu’elle soit intégrée. On peut même commencer à intégrer sans encore pouvoir tout expliquer.

Intégrer (c'est probablement la phase la plus essentielle à mon sens) suppose que ce qui est reconnu psychiquement puisse aussi être :

  • ressenti sans effondrement,
  • situé dans le temps,
  • différencié du présent,
  • partageable dans le lien.

C’est ce que Philippe Jeammet et d’autres cliniciens ont montré : l’élaboration psychique n’est pas un acte intellectuel, mais un travail de liaison entre corps, affects, représentations et relations.

Alors oui, comprendre devient thérapeutique mais si et seulement si lorsque cela transforme la manière d’être avec soi et pas seulement ce que l’on pense de soi.

Et il est important de le préciser : comprendre n’implique ni d’excuser, ni de pardonner, ni de minimiser.
Cela permet surtout d’habiter autrement ce qui a été vécu.
 

Et cette compréhension ne se fait pas n'importe où. Elle émerge souvent dans des dispositifs relationnels : thérapie individuelle, thérapie de couple, accompagnement, groupe, pratiques psychocorporelles, mais aussi parfois dans la création, la spiritualité, la lecture, la nature, ou certaines expériences d’états de conscience élargis. A cet endroit : 

Winnicott parlait d’environnement suffisamment bon.

Fonagy parle de relation mentalisante.

Kaës parle d’appareil psychique groupal.


In fine, toutes ces approches disent la même chose : c’est dans un lien contenant que l’impensé devient pensable. C’est pourquoi tant de personnes constatent que c’est en thérapie, dans le couple, ou dans une relation signifiante, que des compréhensions tardives émergent.


Quoi qu'il en soit, comprendre ne guérit pas tout et comprendre n’est pas toujours nécessaire pour aller mieux.

Certaines personnes vivent plus libres avec peu d’élaboration.
D’autres se perdent dans une quête de compréhension infinie qui devient une nouvelle manière d’éviter de vivre.

La compréhension est un processus, pas une norme.

La compréhension devient féconde lorsqu’elle soutient plus de cohérence intérieure, plus de capacité d’être en lien, plus de présence au corps et au désir, pas lorsqu’elle devient une injonction à se fouiller.

Dans la partie suivante, nous verrons pourquoi le couple, la relation amoureuse et la sexualité sont des lieux privilégiés de compréhension tardive et pourquoi l’amour, loin d’être seulement un refuge ou un symptôme, est aussi un chemin de révélation et de transformation.

PARTIE 5 - Pourquoi le couple et la sexualité sont des lieux majeurs de compréhension tardive

Dans la psychothérapie individuelle ou dans la thérapie de couple, je constate que de nombreuses personnes comprennent leur histoire non pas seules, mais à travers la relation (et notamment dans le couple, dans l’intimité, dans la sexualité). C’est visiblement là que quelque chose se rend visible avec une intensité vraiment particulière. Non parce que l’amour serait "plus pathologique" que le reste de la vie, mais parce qu’il est bien plus impliquant.

Le lien amoureux mobilise simultanément le corps, l’attachement, l’identité, la peur de perdre, le désir d’être choisi, la honte, la dépendance, la quête de sécurité. Autrement dit, il réactive précisément ce qui, longtemps, a été adapté, contenu ou déplacé.

Le couple n’est pas seulement un lieu de relation.
Il est souvent un révélateur psychique et corporel.

Cela signifie quoi ? Cela ne signifie ni que toute relation est un espace de croissance, ni que toute souffrance relationnelle contiendrait un sens à extraire.
Certains liens enferment, anesthésient, désorganisent ou détruisent.
Dans les situations de violence, d’emprise ou d’atteinte à l’intégrité psychique ou corporelle, la priorité n’est jamais la compréhension, mais la protection. Et comprendre peut aussi conduire, lucidement, à partir.

Le couple active la mémoire implicite

Les travaux de John Bowlby et de Mary Ainsworth ont montré que l’attachement ne se joue pas seulement dans l’enfance, mais se réactualise à l’âge adulte, notamment dans la relation amoureuse.

Le / la partenaire devient alors, et souvent bien malgré lui / elle, une figure d’attachement. Il / elle n’active pas seulement nos choix conscients, mais des besoins archaïques de sécurité, de reconnaissance, de fiabilité, de présence.

C’est pourquoi tant de personnes disent réagir de manière excessive, ne plus se reconnaître, souffir sans comprendre véritablement les raisons à l'oeuvre.

Pourquoi ? Tout simplement parce que ce qui est mobilisé n’est pas seulement le présent. Ce sont des états anciens, des attentes implicites, des schémas relationnels non symbolisés.

Le couple met en mouvement la mémoire qui ne se raconte pas, mais qui se rejoue.


Et la sexualité est souvent l’un des premiers lieux où la compréhension devient incontournable quand il y a les symptômes suivants : chute du désir, sexualité mécanique, douleurs, dégoût, perte d’élan, fantasmes incompris, dissociation, impossibilité de se laisser toucher.

Ces manifestations ne relèvent pas seulement de la psychologie. La sexualité est un carrefour biologique, hormonal, relationnel, émotionnel et symbolique. Il est utile de rappeler que la fatigue, les traitements médicaux, le post-partum, la ménopause, l'andropause, les maladies, la charge mentale ou encore le stress chronique peuvent à eux seuls bouleverser la vie sexuelle.

Mais lorsque ces facteurs ne suffisent pas à expliquer ce qui se joue, la sexualité devient souvent un langage du corps. Le corps sexuel parle de sécurité, de confiance, de contrôle, de peur, d’abandon, de plaisir autorisé ou interdit. La sexualité est une mémoire en acte. La sexualité donne à sentir, souvent avant de pouvoir penser, ce qui se joue dans le rapport à soi, au lien, à la dépendance, à la liberté.

Pourquoi l’amour rend visibles les stratégies anciennes

Le lien amoureux a ceci de particulier qu’il sollicite simultanément :

  • le corps,

  • l’attachement,

  • l’identité,

  • la projection,

  • et la peur de perdre.

Autrement dit, le lien ne permet pas longtemps de rester en surface. Lorsque l’on aime, on n’adapte plus seulement un rôle social. On engage son besoin d’être vu, choisi, reconnu, contenu.

Et c’est souvent à ce niveau que deviennent visibles les anciennes stratégies :

  • suradaptation,
  • évitement,
  • contrôle,
  • fusion,
  • retrait,
  • dépendance affective,
  • peur de l’engagement ou peur de la solitude.


Je le répète fréquemment en séance : le couple rend visibles les formes relationnelles de la compensation.
 

Nota : cela ne signifie pas pour autant que toute crise révèle une vérité profonde. Certaines crises traduisent avant tout une détresse à contenir, une surcharge émotionnelle, un contexte devenu invivable.

La plupart des personnes qui me consultent ne viennent pas pour "comprendre leur enfance".  Elles viennent parce que :

  • leur couple ne fonctionne plus,

  • le désir a disparu,

  • la relation est devenue douloureuse,

  • elles ne se reconnaissent plus dans leur manière d’aimer.

Et c’est souvent à travers cette crise du lien que surgit, pour la première fois, une lecture plus large : on ne souffre pas seulement de cette relation. On souffre de la manière d’être en relation. Et c'est que la crise amoureuse devient alors une crise de sens.

La crise amoureuse oblige à déplacer le regard : du partenaire vers le lien, du symptôme vers le fonctionnement, du reproche vers l’histoire. C'est d'ailleurs tout l'enjeu d'une thérapie de couple. 

Mais certaines compréhensions n’émergent qu’après la relation, dans le temps du retrait, de la solitude, du deuil, du corps qui se repose.

On comprend dès lors pourquoi le couple, même si ce n'est pas le seul, est un lieu majeur de compréhension tardive.

Comprendre tard, aimer autrement

Lorsque la compréhension émerge dans le couple ou à travers la sexualité, quelque chose se déplace profondément. On ne cherche plus seulement à être aimé. On commence surtout à interroger comment on aime.

On ne demande plus seulement à l’autre de réparer. On commence avant tout à reconnaître ce que l’on rejoue.

Et laà, un nouvel horizon apparaît : on ne confond plus aussi facilement attachement et amour, fusion et lien, intensité et intimité.

Comprendre tard ouvre parfois la possibilité d’aimer autrement, plus consciemment, moins comme une survie mais davantage comme un choix.

Petit exercice : un premier pas pour observer votre manière d’aimer

Cet exercice ne vise ni à analyser votre passé, ni à faire surgir des souvenirs.
Il vous invite simplement à observer ce qui se manifeste aujourd’hui dans votre rapport au lien, au corps et au désir.

Prenez quelques minutes dans un endroit calme.
 

1. Repérez une situation relationnelle récente

Une interaction, une dispute, un éloignement, un trouble du désir, un malaise.

Notez sans expliquer :

  • ce qui s’est passé,

  • ce que vous avez ressenti,

  • ce que votre corps a fait (tension, fuite, fermeture, excitation, retrait…).
     

2. Observez votre mouvement spontané

Face à cette situation, avez-vous plutôt :

  • cherché à rassurer ou contrôler ?

  • évité ou minimisé ?

  • reproché ou attaqué ?

  • fusionné ou supplié ?

  • fermé ou coupé ?

Sans juger. Juste observer.
 

3. Posez-vous une question simple

"De quoi aurais-je eu besoin à cet instant-là ?" (sécurité, reconnaissance, espace, présence, clarté, douceur, liberté…)

Notez ce qui vient, même si c’est flou.
 

4. Revenez au présent

Sentez votre respiration, vos appuis et votre corps ici et maintenant.


Si cet exercice fait émerger de la confusion, de l’émotion ou des questions, ne restez pas seul·e avec cela. Ce sont souvent des points d’entrée précieux pour un accompagnement.

Comme nous venons de le voir, le couple et la sexualité sont des lieux privilégiés de compréhension tardive parce qu’ils mobilisent simultanément le corps, l’attachement, la mémoire implicite et l’identité.
Ils rendent visibles les stratégies relationnelles anciennes et ouvrent, lorsqu’ils sont accompagnés, un espace de transformation profonde du lien voire, parfois, un chemin de sortie plus conscient.

Un titre

Conclusion - On ne comprend pas tard ; On comprend quand les conditions sont réunies.

Beaucoup d’adultes ne comprennent leur histoire qu’après des années à tenir, s’adapter, aimer, travailler, fonctionner. Cela apparaît souvent après une fatigue, une crise, une perte, une rupture, un trouble du désir ou un effondrement intérieur.

 

Comprendre tard ne ressemble pas à une illumination. Non, cela ressemble plutôt à un moment où quelque chose devient pensable, là où auparavant on ne faisait que tenir. Et ce moment ne ressemble pas toujours à de la clarté ; il ressemble même souvent à de la confusion, du doute, parfois à un sentiment de décalage avec sa propre vie. En tout cas, il est rarement léger. Il s’accompagne de deuils, de colère, de tristesse, de désillusions.
Comprendre tard, c’est aussi rencontrer ce qui n’a pas pu être vécu autrement.

Et c’est parfois aussi l’ouverture d’un espace nouveau : celui où l’on peut commencer à se relier autrement à son corps, à ses liens, à son histoire, à sa manière d’aimer.

En tout cas, ce mouvement dépasse les individus. Il dit avant tout quelque chose de nos façons de vivre, de travailler, d’aimer, de réussir, qui ne sont plus toujours soutenables sans conscience. De mon point de vue, les compréhensions tardives ne sont donc pas seulement des histoires individuelles. Elles sont aussi le signe d’une époque où de plus en plus de personnes arrivent aux limites de modèles de vie, de couple, de sexualité, de réussite ou d’identité qui ne nourrissent plus.

Par ailleurs, ce seuil ne se traverse pas une fois pour toutes. On y revient, on l’oublie, on le re-rencontre autrement, à mesure que l’on se transforme.

Dans un monde qui valorise la performance, l’adaptation, la rapidité, la maîtrise, beaucoup d’êtres humains ont appris très tôt à fonctionner avant de sentir, à réussir avant d’habiter, à tenir avant de se comprendre.

Comprendre sur le tard n’est donc pas un retard. C’est souvent le signe qu’un ancien mode de fonctionnement arrive à sa limite et qu’un autre rapport à soi, au lien et au sens cherche à émerger. Peut-être assistons-nous, à l’échelle intime, relationnelle et collective, à un même mouvement : celui d’un passage du fonctionnement à la conscience, du rôle à la présence, de la survie à une autre manière d’habiter le lien, le corps et le sens...

Bibliographie

Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., & Wall, S. (1978).
Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation. Hillsdale, NJ: Erlbaum.

Bacqué, M.-F. (2007).
L’un sans l’autre. Psychologie du deuil et des séparations. Paris, France : Larousse.

Bacqué, M.-F. (2012).
Apprivoiser la mort, apprivoiser le deuil. Paris, France : Odile Jacob.

Bowlby, J. (1978).
Attachement et perte. Tome 1 : L’attachement. Paris, France : Presses Universitaires de France.

Bowlby, J. (1984).
Attachement et perte. Tome 2 : La séparation, angoisse et colère. Paris, France : Presses Universitaires de France.

Bowlby, J. (1986).
Attachement et perte. Tome 3 : La perte, tristesse et dépression. Paris, France : Presses Universitaires de France.

Brenot, P. (2017).
Les femmes, le sexe et l’amour. Paris, France : Les Arènes.

Crépault, C., & Lévy, J. J. (2015).
Sexologie contemporaine (2e éd.). Québec, Canada : Presses de l’Université du Québec.

Fonagy, P., Gergely, G., Jurist, E., & Target, M. (2004).
Affect regulation, mentalization and the development of the self. New York, NY: Other Press.

Guédeney, N., & Guédeney, A. (2011).
L’attachement : Concepts et applications. Paris, France : Elsevier Masson.

Héril, A., & Lopès, P. (2016).
Traité de sexologie. Paris, France : Dunod.

Jeammet, P. (2008).
Pour nos ados, soyons adultes. Paris, France : Odile Jacob.

Jeammet, P. (2010).
Les liens d’attachement. Paris, France : Odile Jacob.

Kaës, R. (2009).
Les alliances inconscientes. Paris, France : Dunod.

Kaës, R. (2015).
Le sujet de l’inconscient. Paris, France : Dunod.

Maté, G. (2012).
Quand le corps dit non : le stress qui démolit. Paris, France : Guy Trédaniel.

McAdams, D. P. (2001).
The psychology of life stories. Review of General Psychology, 5(2), 100–122.

McAdams, D. P. (2013).
The redemptive self: Stories Americans live by. New York, NY: Oxford University Press.

Porges, S. W. (2011).
The polyvagal theory: Neurophysiological foundations of emotions, attachment, communication, and self-regulation. New York, NY: Norton.

Roussillon, R. (2008).
Le jeu et l’entre-je(u). Paris, France : Presses Universitaires de France.

Roussillon, R. (2014).
Agonie, clivage et symbolisation. Paris, France : Presses Universitaires de France.

Schore, A. N. (2003).
Affect regulation and the repair of the self. New York, NY: Norton.

Schore, A. N. (2012).
The science of the art of psychotherapy. New York, NY: Norton.

Van der Kolk, B. (2014).
Le corps n’oublie rien. Le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme. Paris, France : Albin Michel.

Winnicott, D. W. (1971).
Jeu et réalité. Paris, France : Gallimard.

NeoSoi - Dr Céline BERCION - psychologue sociale et systémique, psychlthérapie, thérapie de couple et sexothérapie - Bordeaux et visio

36 Avenue Roger Cohé
33600 Pessac
France

Inscrivez-vous à notre newsletter pour suivre nos actualités

Envoyé !


Lire les commentaires (0)

Articles similaires


Soyez le premier à réagir

Envoyé !

Derniers articles

Quel type de couple êtes-vous ? Un guide complet pour comprendre votre dynamique et ouvrir un chemin de conscience

07 Juil 2025

Pourquoi tant d’adultes ne comprennent leur histoire qu’à 30, 40 ou 50 ans ?

09 Fév 2026

Pourquoi des couples qui s’aiment se font-ils autant de mal ?

02 Fév 2026

"J’ai besoin de liberté" : autonomie affective ou incapacité à rester en couple ?

26 Jan 2026

Pénis de chair, pénis de sang : ce que dit vraiment la science (et pourquoi cette distinction est trompeuse)

19 Jan 2026

Elle ne me désire plus : ce qui se passe vraiment dans la tête d’un homme

12 Jan 2026

Catégories

Création et référencement du site par Simplébo Simplébo

Connexion