Céline BERCION - Dr en Sociologie et Psychologie sociale
Psychothérapie systémique

Thérapie de couple - Sexothérapie 
Initiatrice des grandes traversées de vie

Psychothérapie, thérapie de couple, sexothérapie et éveil de conscience

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Céline BERCION - Dr en Sociologie et Psychologie sociale
Psychothérapie systémique

Thérapie de couple - Sexothérapie 
Initiatrice des grandes traversées de vie

La sexualité comme chemin de transformation intérieure : ce que la thérapie transpersonnelle révèle


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Quand la sexualité résiste, ce n’est pas un dysfonctionnement, c'est un seuil à traverser

Perte de désir durable, sexualité absente ou mécanique, blocages corporels, troubles de l’excitation ou de l’érection : les difficultés sexuelles sont aujourd’hui fréquentes, y compris chez des personnes qui ont déjà compris leur histoire, travaillé leurs schémas relationnels et engagé une thérapie. Pourtant, malgré la lucidité et les efforts, la sexualité ne revient pas. Ou alors, elle revient sans vie.

Cette impasse met en défaut une croyance encore très répandue : celle selon laquelle la sexualité serait un problème à réparer par la volonté, la communication ou encore par la performance. Or, la sexualité humaine n’obéit pas à ces logiques. Elle dépend avant tout et surtout de la sécurité émotionnelle, de l’histoire d’attachement, de la mémoire du corps et du cadre relationnel. Et lorsque la sexualité se fige ou se retire, ce n’est pas toujours parce qu’elle dysfonctionne, mais parce qu’elle refuse de continuer à soutenir une organisation intérieure devenue intenable. Autrement dit, le symptôme ne signale pas seulement une difficulté sexuelle ; il marque un effondrement de sens dans la manière dont une personne habite son corps, son désir et son lien à l’autre. 

C’est là que l’approche transpersonnelle de la sexualité introduit une rupture claire. Par approche transpersonnelle, il ne s’agit ni de spiritualité ni d’élévation de conscience, mais d’une lecture clinique qui considère certains symptômes sexuels comme des indicateurs de seuil : la sexualité cesse de jouer son rôle de régulation et devient un lieu de questionnement identitaire. Perte de désir, blocage ou dissociation peuvent alors signaler la fin d’une sexualité fondée sur l’adaptation, la performance ou la conformité aux normes et l’ouverture d’un processus de désidentification plus profond. 

Dans cette perspective transpersonnelle (qui constitue également un axe fort dans ma pratique professionnelle), la sexualité n’est pas à réparer à tout prix. Elle devient un signal clinique majeur, indiquant qu’un ancien équilibre ne tient plus et qu’une transformation intérieure est à l’œuvre. 

Cet article propose de comprendre comment, dans certains parcours, les difficultés sexuelles ne sont pas un échec thérapeutique, mais le lieu précis où une transformation intérieure devient inévitable. Et cette transformation intérieure inévitable devient alors le point précis où le corps, le désir et le lien exigent d’être écoutés autrement, dans un cadre thérapeutique rigoureux, incarné et respectueux du rythme de chacun.

Partie 1 - Difficultés sexuelles : quand le symptôme ne protège plus, mais force une transformation

Difficultés sexuelles contemporaines : non pas un déficit, mais une saturation

Perte durable du désir, sexualité absente ou mécanique, troubles de l’excitation ou de l’érection, douleurs sexuelles, vaginisme, blocages corporels, dissociation : les difficultés sexuelles sont aujourd’hui omniprésentes dans les consultations. Pourtant, leur fréquence ne les rend pas plus lisibles. Elles continuent d’être interprétées comme des déficits individuels, des manques de motivation ou des dysfonctionnements à corriger.

Or, la clinique contemporaine montre un tableau bien différent. Et je le constate chaque jours dans mon cabinet : ces difficultés touchent massivement des personnes engagées, réflexives, parfois déjà passées par plusieurs thérapies. Elles comprennent leur histoire, identifient leurs blessures, savent analyser leurs dynamiques relationnelles. Pourtant, malgré cette élaboration psychique, la sexualité ne revient pas. Ou elle revient sans désir vivant, sans plaisir incarné, sans engagement du corps.

Ce décalage constitue un premier point de bascule théorique. Comme le soulignent Philippe Brenot et Alain Héril, la sexualité humaine n’est pas une fonction isolée : elle engage l’identité, l’imaginaire, la place dans le lien. Lorsqu’elle se fige, ce n’est pas parce qu’elle "manque", mais parce qu’elle ne peut plus continuer à fonctionner dans les conditions qui lui sont imposées. Le symptôme ne traduit pas un vide, mais une saturation.

1.1 Comprendre ne suffit pas : le corps comme instance de rupture

Ce constat met en échec une hypothèse centrale de nombreuses approches classiques : celle selon laquelle la compréhension psychique, la communication ou l’intention suffiraient à transformer la sexualité. Or, la sexualité ne se réorganise pas à partir de la volonté. Elle dépend avant tout du système nerveux, de la mémoire corporelle et de la capacité du corps à se sentir engagé sans danger.

Le dialogue entre les cadres théoriques éclaire ce point de manière décisive. Là où Philippe Brenot insiste sur la sexualité comme construction psychique et imaginaire, les travaux de Boris Cyrulnik déplacent radicalement la lecture : le corps conserve une mémoire implicite, non verbale, des expériences vécues. Ce qui n’a pas pu être intégré émotionnellement continue de s’exprimer, non par le récit, mais par le retrait, le figement ou la dissociation.

Cliniquement, cela se manifeste par une réalité récurrente :
– désir présent dans la pensée, absent dans le corps ;
– excitation possible, mais plaisir absent ou anesthésié ;
– sexualité réalisée, mais vécue comme étrangère à soi.

À ce stade, le corps ne se contente plus de protéger. Le corps refuse activement de maintenir une organisation sexuelle devenue trop coûteuse. Il ne cherche pas seulement la sécurité ; il impose une rupture.

Dans une perspective transpersonnelle, le corps n’est pas uniquement mémoire ou boussole :
il devient un agent de désorganisation des structures identitaires devenues obsolètes.

1.2 Le plaisir comme enjeu critique : quand jouir devient menaçant

Il me semble qu'un point clinique mérite ici d’être explicitement posé : dans de nombreuses difficultés sexuelles, ce n’est pas le désir qui pose problème, mais le plaisir. Le plaisir peut être émoussé, absent, ou vécu comme envahissant, dangereux, déstabilisant. Là où certaines approches visent à le restaurer à tout prix, l’approche transpersonnelle invite à une question plus radicale : qu’est-ce que le plaisir mettrait en danger s’il advenait pleinement ?

Le plaisir n’est pas neutre. Il engage la perte de contrôle, la dissolution temporaire de l’identité, l’abandon des rôles. Chez certains sujets, il devient incompatible avec une image de soi construite sur l’adaptation, la maîtrise ou la conformité. Le retrait du plaisir n’est alors pas un déficit, mais une stratégie de maintien identitaire.

C’est ici que la sexualité cesse d’être uniquement un lieu de réparation possible pour devenir un lieu de crise structurante.

1.3 Trauma, développement ou mutation identitaire : distinguer sans réduire

Toutefois, il serait erroné de réduire ces phénomènes au seul trauma. Certaines transformations sexuelles relèvent de processus développementaux normaux : vieillissement, parentalité, transformations du lien conjugal, transitions existentielles majeures. Dans ces cas, la sexualité change parce que la personne change. C'est factuel et inéluctable. 

La clinique impose donc une distinction essentielle : certaines difficultés sexuelles relèvent d’une insécurité affective persistante ou d’une mémoire traumatique ; d’autres apparaissent lorsque la sexualité telle qu’elle existait auparavant n’est plus congruente avec l’identité en devenir.

C’est précisément lorsque la sécurité est restaurée, la compréhension acquise et les ajustements relationnels opérés, mais que la sexualité reste figée, que la lecture transpersonnelle devient pertinente. À ce stade, le symptôme ne protège plus seulement : il exige une désidentification.

1.4 Normes sexuelles et crise du modèle relationnel

Cette dynamique ne peut être comprise sans intégrer la pression exercée par les normes sexuelles contemporaines. Les analyses d’Eva Illouz montrent que la sexualité moderne est traversée par des injonctions contradictoires : être libre et performant, spontané et maîtrisé, désirant durablement tout en restant émotionnellement sécurisé.

Or, du point de vue de l’attachement, ces exigences entrent fréquemment en conflit avec les besoins fondamentaux de sécurité décrits par John Bowlby et Nicole Guédeney. Le symptôme sexuel apparaît alors comme un ajustement face à une contradiction structurelle entre normes sociales et capacités relationnelles réelles.

Dans ce cadre, le symptôme n’est pas seulement individuel : il est aussi une résistance à un modèle sexuel et relationnel devenu intenable.

1.5 Le symptôme sexuel comme organisateur puis déstabilisateur du lien

Enfin, et vous connaissez mon appétence pour la lecture systémique, le symptôme sexuel ne se contente pas d’exprimer un malaise : il organise la relation. Il régule la distance, évite certains conflits, maintient des équilibres précaires. Toutefois, arrive un moment où cette fonction régulatrice échoue.

C'est le cas lorsque le symptôme :
– ne protège plus,
– ne stabilise plus,
– mais commence à produire du vide, de la colère ou une perte de sens,

Dans ces cas-là, il cesse d’être un mécanisme adaptatif pour devenir un facteur de crise. Et c’est précisément cette crise que l’approche transpersonnelle ne cherche pas à refermer trop vite. Elle la reconnaît comme un moment de passage, où la sexualité n’indique plus ce qui doit être réparé, mais ce qui doit être quitté.


Au-delà de tout cela, il me semble qu'une question devient incontournable : lorsque le symptôme sexuel ne vise plus la sécurité, ni l’adaptation, ni même la régulation du lien, que cherche-t-il alors à provoquer ?
C’est à partir de cette question que l’approche transpersonnelle opère un déplacement décisif : lire la sexualité non plus comme un dysfonctionnement à corriger, mais comme un processus de transformation identitaire, engageant le corps, le désir et le sens.

Partie 2 - L’approche transpersonnelle de la sexualité : un passage clinique, ses critères et ses limites

Quand commence réellement le transpersonnel (et surtout, quand il ne commence pas)

L’approche transpersonnelle de la sexualité ne commence ni avec la souffrance sexuelle, ni avec la persistance du symptôme. Elle commence après un certain nombre de conditions cliniques non négociables. Elle ne se substitue ni au travail de sécurisation, ni à la prise en charge du trauma, ni à l’accompagnement des violences relationnelles, ni au traitement des états dépressifs ou dissociatifs majeurs.


Autrement dit, toute difficulté sexuelle persistante n’est pas un passage transpersonnel. Lire trop tôt une perte de désir ou un retrait sexuel comme un "seuil de transformation" expose à un risque éthique majeur : celui de romantiser une souffrance qui relève encore de la réparation.

Le transpersonnel devient pertinent lorsque :

  • la sécurité émotionnelle minimale est restaurée,

  • les violences explicites ou implicites ont été nommées et stoppées,

  • les leviers classiques (psychothérapeutiques, relationnels, corporels) ont été mobilisés,

  • et que, malgré cela, la sexualité reste absente, figée ou vide de plaisir.
     

À ce stade précis, le symptôme ne vise plus prioritairement la protection. Il devient le signe d’une désorganisation plus profonde du rapport à l’identité sexuelle et relationnelle.

2.1 Le symptôme sexuel comme expérience-limite, pas comme dysfonctionnement

Dans l’approche transpersonnelle, la difficulté sexuelle cesse d’être pensée comme un trouble à corriger. Elle devient une expérience-limite, au sens clinique du terme : un point où les stratégies d’adaptation habituelles ne fonctionnent plus.

Cette lecture s’appuie notamment sur les travaux de Stanislav Grof, à condition de les resituer rigoureusement. Grof montre que certains symptômes apparaissent lorsque la psyché ne peut plus se réorganiser par ajustements progressifs, mais exige une transformation profonde du cadre interne.

Nota : cette hypothèse n’est cliniquement valable que lorsque la stabilité psychique est suffisante. En dehors de ce cadre, elle devient projective et dangereuse.

Appliquée à la sexualité, cette perspective permet de comprendre certains blocages persistants non comme des résistances, mais comme des points de rupture nécessaires. Le corps cesse de coopérer parce qu’il ne peut plus soutenir une sexualité alignée sur des scripts, des rôles ou des attentes devenus incompatibles avec l’identité en devenir.

Beaucoup disent alors, très simplement : "je pourrais faire l’amour, mais je ne serais plus totalement là"

2.2 Désidentification sexuelle : quand le plaisir devient menaçant

Un des apports spécifiques de l’approche transpersonnelle réside dans la notion de désidentification sexuelle. À ce stade, ce n’est pas seulement le désir qui se retire, mais la capacité à éprouver du plaisir sans se trahir. Cliniquement, le plaisir alors peut devenir :

  • absent ou anesthésié,

  • ou au contraire ressenti comme envahissant, déstabilisant, dangereux.

Je constate régulièrement que cette réalité est souvent incomprise, car le plaisir est spontanément pensé comme désirable. Or, le plaisir implique une perte de contrôle, un abandon momentané des rôles, une suspension de l’ego sexuel. Pour certaines personnes, jouir reviendrait à faire éclater une identité construite sur la maîtrise, l’adaptation ou la conformité.

Cette lecture prolonge les intuitions de Carl Gustav Jung, lorsque celui-ci conçoit la libido comme une énergie de transformation psychique et non comme une simple fonction sexuelle. Le retrait du plaisir peut alors être compris comme une suspension structurante, le temps qu’une nouvelle organisation de soi puisse émerger.

2.3 Le corps comme agent de désorganisation et d’orientation

Dans l’approche transpersonnelle, le corps n’est ni un simple réservoir de mémoire, ni un obstacle à dépasser. Il devient un agent actif de désorganisation nécessaire. Là où certaines approches cherchent à rassurer le corps pour qu’il "redonne" du désir, l’approche transpersonnelle accepte une hypothèse plus exigeante : parfois, le corps ne veut pas être rassuré, mais respecté dans son refus.

Ce refus n’est pas une opposition défensive. Il constitue une intelligence orientante. Le corps bloque, dissocie ou anesthésie lorsque continuer à désirer ou à jouir impliquerait une trahison profonde de soi. Forcer ce passage, même au nom du soin, revient à réimposer une contrainte là où le corps tente précisément de s’en extraire.

Le travail thérapeutique consiste alors non à réactiver la sexualité, mais à accompagner la traversée, même lorsque celle-ci implique une phase de vide, de suspension ou de non-désir.

2.4 Scripts sexuels, normes intériorisées et psychologie sociale du désir

Cette dynamique ne peut être comprise sans une lecture de psychologie sociale. Les difficultés sexuelles persistantes sont souvent liées à des scripts sexuels intériorisés : attentes implicites de performance, de disponibilité, de réciprocité permanente, de désir durable. Ces normes, largement documentées en sociologie et en psychologie sociale, entrent fréquemment en contradiction avec les capacités réelles du corps et du lien.
 

Le symptôme sexuel peut alors être lu comme une dissonance incarnée : le corps ne peut plus soutenir un scénario socialement valorisé mais intérieurement dissonant.

Dans cette perspective, le transpersonnel ne consiste pas à chercher du sens partout, mais à reconnaître quand un modèle intériorisé arrive à saturation.

2.5 Sexualité, couple et asymétries de pouvoir

Et dans le couple, cette traversée est rarement symétrique. Ce que cela raconte, c'est que la désidentification sexuelle de l’un vient souvent déstabiliser profondément l’autre. Les rythmes diffèrent et les enjeux de pouvoir apparaissent.

Dans ce cas, la question implicite devient :
qui a le droit de dire que la sexualité ne peut plus continuer comme avant ?
 

L’approche transpersonnelle ne peut être utilisée comme un argument d’autorité. Elle impose un cadre éthique strict, afin que le refus sexuel ou la suspension du désir ne deviennent ni un moyen de domination, ni une justification à l’évitement du lien. Le travail thérapeutique vise alors à rendre pensables et dicibles ces asymétries, sans forcer une issue prédéterminée.

Dans certains cas, la transformation du lien est possible. Mais dans d’autres cas, la crise sexuelle révèle que le couple tel qu’il existait ne peut survivre sans renoncement majeur à l’intégrité de l’un des partenaires.

Et au-delà, un dernier point clinique est essentiel : le passage transpersonnel n’obéit pas à une temporalité linéaire, mais il n’est jamais totalement figé. Même lorsque le désir est suspendu, on observe des signes de mouvement :

  • déplacement des repères identitaires,

  • modification du rapport au corps,

  • émergence de nouvelles limites,

  • changement dans la qualité de présence à soi et à l’autre.

Lorsque rien ne bouge, que le retrait devient rigide, que le sens est inaccessible, il ne s’agit plus d’un passage, mais d’un enlisement. Le transpersonnel ne consiste donc pas à attribuer du sens à tout, mais à reconnaître quand le sens n’est pas encore disponible.

Reste alors une question décisive : comment accompagner ces passages sans les forcer, sans les idéaliser et sans les laisser dériver vers l’isolement, la domination ou la rupture non élaborée ?
C’est tout l’enjeu de la Partie 3, qui précisera le cadre thérapeutique, les repères cliniques et les conditions éthiques nécessaires pour que la sexualité puisse devenir un véritable chemin de transformation intérieure (et non un nouveau lieu d’injonction).

Encadré clinique : les garde-fous indispensables de l’approche transpersonnelle de la sexualité

Cet encadré n’est ni une justification ni une précaution rhétorique. Il constitue une condition de possibilité clinique. Sans ces repères, toute lecture transpersonnelle de la sexualité devient non seulement imprécise, mais potentiellement dangereuse.
 

❌ Ce que l’approche transpersonnelle de la sexualité n’est pas

L'approche transpersonnelle de la sexualité n’est pas une spiritualisation de la souffrance sexuelle. La perte de désir, le retrait sexuel ou le blocage corporel ne sont jamais, en soi, des signes d’évolution ou de maturité intérieure. Lorsqu’il existe une détresse aiguë, un état dépressif, une dissociation non stabilisée ou une insécurité majeure, la priorité clinique reste la protection, la régulation et le soin, non l’interprétation symbolique.

Ce n’est pas non plus une justification automatique du non-désir.  Un retrait sexuel peut être juste à certains moments, mais il peut aussi masquer un épuisement, une peur du lien, une défense relationnelle ou un évitement affectif. Le transpersonnel ne valide jamais un arrêt sans questionnement. Le sens ne se proclame pas : il se vérifie dans le vivant.

Ce n’est pas non plus un outil de pouvoir dans le couple.  Aucune lecture transpersonnelle ne peut servir d’argument d’autorité pour imposer à l’autre une suspension de la sexualité, une redéfinition unilatérale du lien ou un refus de dialogue. Toute asymétrie de pouvoir, explicite ou implicite, invalide immédiatement la lecture transpersonnelle et impose un recentrage éthique et relationnel.

Et enfin, ce n’est pas une alternative aux fondements cliniques-mêmes. L’approche transpersonnelle ne remplace pas le travail sur le trauma, l’attachement, la stabilisation émotionnelle, ni l’accompagnement des violences relationnelles. Elle intervient après ces étapes, jamais à leur place.

Ce que le transpersonnel exige concrètement

Une lecture transpersonnelle n’est pertinente que lorsque les critères suivants sont évalués puis réévalués dans la relation thérapeutique et non décrétés de manière abstraite :

  • une sécurité émotionnelle minimale est présente,

  • les violences ont été clairement nommées et stoppées,

  • les leviers cliniques classiques ont été mobilisés sans suffire,

  • et surtout, lorsque l’expérience produit du mouvement observable.

Par mouvement, il ne s’agit ni d’une intensité émotionnelle, ni d’un discours plus élaboré, mais de changements concrets : repositionnement des limites, modification du rapport au corps, décisions nouvelles, transformation de la qualité de présence à soi et à l’autre.

Sans mouvement observable, il n’y a pas de passage. Il y a un arrêt.
 

Par ailleurs, lapproche transpersonnelle ne protège pas uniquement la personne dont le désir se retire. Elle protège également le ou la partenaire confronté·e à ce retrait, afin que la suspension de la sexualité ne devienne ni une culpabilisation silencieuse, ni une mise à l’écart relationnelle, ni une violence symbolique.
 

Le cadre thérapeutique vise à rendre pensables, dicibles et partageables les asymétries de vécu, de rythme et de désir, sans imposer d’issue prédéterminée. C'est essentiel. 

Tous ces garde-fous s’inscrivent dans les principes fondamentaux de l’éthique psychothérapeutique contemporaine : respect de l’intégrité psychique et corporelle, non-malfaisance, responsabilité relationnelle et refus de toute instrumentalisation du cadre thérapeutique.

Le transpersonnel n’est pas un au-delà de l’éthique ; il n’existe qu’à l’intérieur d’elle.

À ce stade, une confusion fréquente mérite d’être levée explicitement. Beaucoup de lecteurs (et parfois de patients) se demandent en quoi l’approche transpersonnelle se distingue réellement du travail d’un psychologue clinicien, notamment dans l’accompagnement des problématiques sexuelles.

Clarifier cette différence est, pour moi, essentiel pour éviter toute hiérarchisation implicite, toute attente erronée et, surtout, toute dérive d’indication thérapeutique.

Approche de la psychologie clinique et approche transpersonnelle : deux accompagnements distincts, deux niveaux d’intervention

Dans le champ de la sexualité, la confusion est fréquente entre psychologie clinique et approche transpersonnelle. Pourtant, ces deux cadres n’interviennent ni au même moment, ni avec les mêmes objectifs, ni avec la même lecture du symptôme sexuel. Il ne s’agit pas de deux psychologies opposées, mais de deux niveaux d’accompagnement thérapeutique, répondant à des questions cliniques différentes, à des temps différents du parcours thérapeutique.

Ce que travaille prioritairement le psychologue clinicien / l'approche clinicienne

L'approche clinicienne vise à accompagner une personne lorsque la sexualité est vécue comme un lieu de souffrance, de symptôme ou de désorganisation.

Son travail vise en priorité à :

  • restaurer la sécurité psychique, relationnelle et corporelle,

  • comprendre les origines du trouble sexuel (trauma, attachement, anxiété, dépression, conflits conjugaux),

  • réduire la souffrance associée (honte, peur, évitement, culpabilité),

  • permettre un fonctionnement plus stable du désir et du lien.


Exemple clinique concret
Une personne consulte pour une absence de désir après une relation douloureuse. Le travail clinique porte sur l’histoire affective et sexuelle, les blessures d’attachement, les mécanismes de protection corporels et la reconstruction d’un sentiment de sécurité.

La question centrale est ainsi principalement basée sur : qu’est-ce qui fait souffrir ici et comment l’apaiser ?

Ce que travaille l’approche transpersonnelle (et à quelles conditions)

L’approche transpersonnelle n’intervient jamais lorsque la souffrance est brute ou non stabilisée. Elle devient pertinente lorsque :

  • le travail clinique a été engagé sérieusement,

  • la sécurité est suffisante,

  • les causes psychologiques ont été explorées,

  • mais que la sexualité reste bloquée, vide ou incohérente intérieurement.

À ce stade, le symptôme sexuel n’est plus seulement une défense. Il devient un signal de transformation identitaire et existentielle.

La question change alors radicalement : qu'est-ce qui cherche à se transformer quand l’ancien fonctionnement sexuel ne tient plus ? 

Quelques exemples

Perte de désir

  • Approche clinique : compréhension des freins, sécurisation, apaisement.

  • Approche transpersonnelle : accompagnement d’une désidentification sexuelle, sans forcer le retour du désir.


Blocage corporel pendant les rapports

  • Approche clinique : lecture traumatique, travail de protection et de régulation.

  • Approche transpersonnelle : écoute de ce que le corps refuse désormais de soutenir (rôle, sexualité, lien).


Sexualité en couple

  • Approche clinique : améliorer la communication, la sécurité émotionnelle, la compréhension mutuelle.

  • Approche transpersonnelle : interroger ce que la sexualité révèle d’une transformation possible (ou impossible d'ailleurs) du lien.

Différence fondamentale de posture thérapeutique

Psychologie clinique

Approche transpersonnelle

Réduire la souffrance

Accompagner une mutation

Stabiliser

Traverser

Comprendre les causes

Lire le sens émergent

Restaurer une fonction

Accepter une désorganisation

Sécurité d’abord

Cohérence intérieure ensuite


Pour le dire autrement : l’une ne remplace jamais l’autre.
Elles interviennent juste à des moments différents du parcours thérapeutique.


L’approche transpersonnelle ne commence jamais là où la clinique est nécessaire. Elle n’est ni plus rapide, ni plus profonde, ni plus désirable. Elle devient pertinente lorsque la question n’est plus : comment réparer ce qui fait souffrir ? mais : comment traverser ce qui ne peut plus fonctionner comme avant ? 

C’est précisément à partir de cette distinction que se pose la question suivante : comment accompagner concrètement ces passages, sans les forcer, sans les idéaliser, et sans les laisser dériver ?

C’est tout l’objet de la Partie 3, consacrée au cadre thérapeutique, à la posture du praticien et aux repères cliniques indispensables pour accompagner la sexualité comme un véritable chemin de transformation intérieure.

Partie 3 - Accompagner la sexualité comme un passage : cadre clinique, dialogue des modèles et responsabilité thérapeutique

Accompagner la sexualité comme un passage de transformation intérieure suppose une posture thérapeutique paradoxale : être à la fois très présent et ne pas diriger le processus. Lorsque la sexualité se retire, se suspend ou se vide de plaisir, les repères identitaires, relationnels et corporels se déplacent. Le rôle du thérapeute n’est alors ni d’interpréter trop vite, ni de réparer à tout prix, mais de tenir le cadre pendant que l’organisation interne se réorganise.

Cette posture s’inscrit dans une continuité clinique que l’on retrouve déjà chez John Bowlby : aucune exploration profonde n’est possible sans une base suffisamment sécurisante. Le cadre thérapeutique joue ici le rôle de cette base : il contient l’incertitude, limite la dérive interprétative et empêche que la traversée ne bascule dans l’errance ou la rupture brutale.

Concrètement, le thérapeute n’est pas neutre. Son travail d'accompagnement repose sur le fait qu'il : 

  • pose des hypothèses cliniques,

  • nomme les risques (enlisement, évitement, domination relationnelle),

  • recadre lorsque le transpersonnel devient une justification plutôt qu’un processus vivant.

3.1 Ne pas réparer trop vite : le temps du vide comme temps clinique

L’un des points de tension majeurs entre les modèles thérapeutiques concerne le rapport au vide. Là où certaines approches cherchent rapidement à restaurer une fonction (désir, excitation, sexualité) l’approche transpersonnelle accepte qu’un temps de suspension soit parfois nécessaire.

Cette idée entre en résonance avec la clinique analytique de Carl Gustav Jung : toute transformation profonde implique une phase de désorganisation, un moment où l’ancien ne fonctionne plus et où le nouveau n’est pas encore formé. Vouloir combler ce vide trop rapidement expose à une reconstruction défensive, souvent plus normative que la précédente.

Dans l’accompagnement transpersonnel de la sexualité, ce temps n’est jamais idéalisé. Il est contenu, pensé, accompagné. Le thérapeute aide alors à différencier un vide fécond d’un vide dépressif, en observant non pas ce qui est dit, mais ce qui bouge malgré l’absence de sexualité.

3.2 Indicateurs cliniques : quand sait-on qu’il y a transformation ?

La question n’est donc pas : le désir est-il revenu ? Mais plutôt : quelque chose a-t-il changé dans la manière d’être à soi, à l’autre, au corps ?

Les indicateurs cliniques d’un passage transformateur sont rarement spectaculaires. Ils sont souvent discrets mais observables :

  • une capacité nouvelle à dire non sans s’effondrer,

  • une diminution de la honte corporelle,

  • un rapport au temps moins urgent,

  • une reprise d’initiative hors du champ sexuel.

Cette lecture rejoint les apports de Boris Cyrulnik, pour qui la transformation ne se mesure pas à la disparition du symptôme, mais à la reconfiguration du rapport à soi et au monde. Lorsque la sexualité ne circule pas encore, mais que la personne se sent plus alignée, plus vivante, plus responsable de ses choix, le processus est en mouvement.

À l’inverse, lorsque le retrait sexuel s’accompagne d’un rétrécissement de la vie, d’une rigidification des positions ou d’une fermeture relationnelle, il ne s’agit plus d’un passage, mais d’un enlisement qui appelle un autre type d’intervention.

3.3 Le corps comme boussole, non comme outil

Dans cette traversée, le corps joue un rôle central. Non pas comme un mécanisme à réactiver, mais comme une boussole clinique. Les approches transpersonnelles contemporaines, dans la lignée des travaux de Stanislav Grof, rappellent que le corps peut refuser non par peur, mais par cohérence.

Toutefois, ce refus ne devient pertinent que lorsqu’il est situé cliniquement. Le travail corporel proposé en thérapie transpersonnelle n’a pas pour but de relancer le désir, mais de restaurer une capacité de présence au ressenti, même lorsque celui-ci est neutre, absent ou inconfortable. Le silence du corps devient alors une information, non une panne.

Forcer le corps à jouir ou à désirer reviendrait à réactiver les mêmes logiques de contrainte qui ont souvent participé au retrait sexuel initial.

3.4 Couple, désir et dissymétrie : penser la souffrance des deux côtés

Dans le couple, cette traversée est rarement vécue de manière symétrique. Celui dont le désir se retire vit souvent une crise identitaire profonde. Celui qui continue de désirer peut vivre cette période comme une mise à distance brutale, une blessure narcissique, voire une forme d’abandon.

L’approche transpersonnelle ne peut faire l’économie de cette dissymétrie. Elle s’inscrit ici dans une continuité avec la clinique systémique et relationnelle : aucune transformation individuelle n’est neutre pour le lien. Le cadre thérapeutique vise donc à protéger les deux polarités, afin que ni le désir de l’un ni le retrait de l’autre ne deviennent des instruments de pouvoir.

Penser ensemble ce qui change (parfois jusqu’à reconnaître que le lien ne peut se maintenir sans renoncement majeur) fait partie intégrante du travail thérapeutique.

3.5 Un dialogue assumé avec les autres modèles thérapeutiques

L’approche transpersonnelle de la sexualité ne se pose pas en surplomb des autres modèles. Elle dialogue avec eux.

  • Là où les approches sexofonctionnelles restaurent une capacité,

  • là où les approches psychodynamiques élaborent le sens,

  • là où les approches de l’attachement sécurisent le lien,

L’approche transpersonnelle intervient lorsque ces dimensions, bien que nécessaires, ne suffisent plus. L'approche transpersonnelle ne cherche plus à réparer, mais à accompagner une mutation identitaire.

Ce déplacement n’est ni supérieur ni exclusif. Il est situé et c’est précisément cette capacité à se situer qui en fait un outil clinique pertinent et non une idéologie.

3.6 Une éthique transversale : responsabilité plutôt que promesse

Enfin, accompagner la sexualité comme passage impose une éthique claire et transversale à tous les modèles convoqués : aucune sexualité n’est due, aucune trajectoire n’est normative, aucune transformation n’est obligatoire.

Le thérapeute n’est pas garant du désir retrouvé. Il est, en revanche, pleinement garant du cadre, de la responsabilité subjective et du respect du corps et du lien. Dans certains cas, la sexualité se transforme et revient autrement. Dans d’autres, elle ne revient pas et c’est cette vérité-là qui doit être accompagnée.
 

À ce stade, nous voyons bien qu'une cohérence se dessine : lorsque la sexualité est abordée non comme un dysfonctionnement à corriger, mais comme un passage à accompagner, elle devient un lieu de lecture clinique privilégié des transformations contemporaines du lien, du corps et de l’identité. La conclusion permettra d’ouvrir sur ce déplacement majeur et sur les formes d’accompagnement qu’il appelle aujourd’hui.

FAQ - Thérapie transpersonnelle de la sexualité

1. Quelle est la différence entre psychologie clinique et thérapie transpersonnelle de la sexualité ?

La psychologie clinique vise à apaiser la souffrance sexuelle : sécuriser le corps, comprendre les causes du symptôme (trauma, attachement, anxiété, conflits relationnels) et restaurer un fonctionnement plus stable.

La thérapie transpersonnelle de la sexualité intervient lorsque ce travail est engagé, mais que la sexualité reste bloquée, absente ou incohérente intérieurement. Elle accompagne alors une transformation du rapport au corps, au désir et au lien, plutôt qu’une réparation.
Autrement dit, la clinique soigne ce qui fait souffrir ; le transpersonnel accompagne ce qui cherche à se transformer quand l’ancien fonctionnement ne tient plus.

2. Faut-il avoir déjà fait une thérapie pour consulter ?

Non. Il n’est pas nécessaire d’avoir "tout réglé". Il suffit d’être à un moment où la sexualité ne se résume plus à un simple problème à corriger. Dans la pratique, un accompagnement commence souvent par un travail clinique, puis évolue progressivement vers une lecture transpersonnelle, ou inversement. La frontière n’est jamais figée.

On ne choisit pas une approche, on suit ce que la situation clinique demande.

3. Quand consulter en thérapie transpersonnelle de la sexualité ?

Lorsque :

  • le désir disparaît sans raison médicale évidente,

  • la sexualité devient mécanique ou vide de sens,

  • comprendre son histoire ne suffit plus,

  • continuer "comme avant" n’est plus possible sans se trahir.

On consulte quand la sexualité devient une question de sens, pas seulement de fonctionnement.

4. Le manque de désir est-il toujours un problème à résoudre ?

Non. Le manque de désir peut être :

  • une protection,

  • un signe d’épuisement,

  • ou un signal de transformation intérieure.

Le travail thérapeutique consiste à différencier ces situations, sans forcer le désir ni sacraliser son absence.

Le non-désir n’est pas toujours une panne ; il peut être une information.

5. Est-ce une approche spirituelle ou ésotérique ?

Non. La thérapie transpersonnelle de la sexualité n’est ni religieuse ni ésotérique. Elle est clinique, incarnée et rigoureuse. Elle ne vise pas l’élévation spirituelle, mais la cohérence intérieure entre le corps, le désir, l’identité et le lien.

Le transpersonnel ici n’est pas mystique, il est clinique.

6. Peut-on faire ce travail en couple ?

Oui. La thérapie de couple transpersonnelle est indiquée lorsque :

  • les partenaires sont désynchronisés dans le désir,

  • la sexualité est devenue un lieu de tension ou de silence,

  • la crise sexuelle révèle une transformation possible — ou impossible — du lien.

Le cadre protège l’intégrité des deux partenaires, sans imposer ni maintien du couple, ni séparation.

7. Et si mon/ma partenaire ne veut pas consulter ?

C’est fréquent. Et un accompagnement individuel peut déjà permettre de :

  • sortir de la culpabilité et de la pression sexuelle,

  • clarifier ce qui se joue pour vous,

  • retrouver une posture plus juste dans le lien.

Les transformations individuelles ont toujours un impact relationnel, même lorsque l’autre ne consulte pas.

8. Est-ce normal de se sentir coupable de ne plus désirer ?

Oui, très souvent. La culpabilité est fréquente, notamment chez les femmes, dans une culture qui valorise la disponibilité sexuelle. Le travail thérapeutique vise à distinguer responsabilité et culpabilité, et à restaurer une écoute respectueuse du corps.

Ne plus désirer n’est pas une faute ; et, parfois, c’est parfois un message.

9. Et si je découvre que je ne veux plus de cette relation ?

Cette peur est fréquente et légitime.
La thérapie transpersonnelle ne cherche jamais à provoquer une rupture. Elle vise à permettre un discernement lucide, sans pression ni scénario imposé.

Parfois le lien se transforme.
Parfois il se termine.
L’enjeu est de ne pas se trahir.

10. Peut-on savoir seul·e si l’on est dans un "passage transpersonnel" ?

Non. S’auto-diagnostiquer est même risqué. Ce qui ressemble à une transformation peut aussi être un enlisement, un évitement ou une fatigue profonde.

Le discernement entre passage et impasse nécessite un cadre thérapeutique.

11. Cette approche est-elle indiquée après un traumatisme sexuel ?

Oui, mais pas en première intention. Après un traumatisme, la priorité reste la sécurité, la stabilisation et le soin clinique. L’approche transpersonnelle peut intervenir dans un second temps, lorsque la sexualité pose une question de sens plutôt que de survie.

12. Combien de temps dure ce type de thérapie ?

Il ne s’agit pas d’une thérapie rapide. Les effets se mesurent moins en semaines qu’en changements de posture intérieure : rapport au corps, limites, désir, lien. La transformation se reconnaît au mouvement, pas à la rapidité.

13. Comment se déroule concrètement une séance ?

Une séance est un espace de parole incarnée, attentif au corps, au ressenti et au lien.
Il ne s’agit ni d’analyse abstraite ni de pratique imposée. Le rythme et les outils sont ajustés à chaque situation, dans un cadre sécurisé.

14. À qui s’adresse la thérapie transpersonnelle de la sexualité ?

Elle s’adresse :

  • aux personnes en transition de vie ou de conscience,

  • aux couples en crise sexuelle ou existentielle,

  • à celles et ceux pour qui la sexualité devient une question de vérité intérieure, plus qu’un dysfonctionnement.


    15. Quand la sexualité devient-elle une question de sens ?

La sexualité devient une question de sens lorsque :

  • réparer ne suffit plus,

  • comprendre n’apaise plus,

  • continuer « comme avant » n’est plus possible sans se perdre.

La sexualité devient alors un lieu de repositionnement intérieur.

En d'autres termes,

  • La thérapie transpersonnelle de la sexualité intervient lorsque la réparation ne suffit plus.

  • Elle accompagne les transformations du désir, du corps et du lien sans injonction.

  • Elle nécessite un cadre clinique rigoureux pour éviter toute confusion ou dérive.

La thérapie transpersonnelle de la sexualité accompagne les moments où la sexualité cesse d’être un symptôme à réparer et devient un passage intérieur à traverser, dans un cadre clinique, éthique et sécurisé.

Conclusion - Quand la sexualité cesse d’être un problème à résoudre et devient un lieu de vérité

Comprendre autrement la sexualité : ni panne, ni idéal, mais indicateur de transformation

Lorsque la sexualité se bloque, se transforme ou se retire, elle n’indique pas toujours un trouble à corriger ni un manque à combler. Elle peut signaler que l’ancien mode de relation au corps, au désir ou au lien n’est plus ajusté. Quand la sexualité se retire ainsi, elle ne dit pas seulement non. Elle pose une question radicale : qui suis-je en train de devenir, si je ne peux plus désirer comme avant ? 
Dans ce contexte, parler de transformation ne signifie pas élévation abstraite ou quête spirituelle. Il s’agit d’un déplacement concret : changement du rapport au corps, redéfinition du désir, clarification des limites, réajustement du lien à soi et à l’autre.

La psychologie clinique reste alors fondamentale pour sécuriser, apaiser et comprendre ce qui fait souffrir. Mais lorsque ces étapes ont été traversées et que la sexualité ne redevient pas fonctionnelle, persister dans une logique réparatrice peut manquer l’essentiel. La thérapie transpersonnelle de la sexualité intervient précisément à ce moment-là : lorsque le symptôme ne dit plus seulement le passé, mais ouvre une question de sens et de cohérence intérieure.

La sexualité devient alors un lieu de lecture clinique de la transformation intérieure.

Accompagner avec discernement : ni injonction, ni auto-interprétation

Penser la sexualité comme un passage ne signifie ni sacraliser la crise, ni légitimer le retrait du désir, ni encourager une lecture solitaire de son expérience. Ces distinctions ne peuvent pas être posées seul·e. Elles nécessitent un cadre thérapeutique, capable de différencier ce qui relève encore de la protection, de l’épuisement ou du trauma, de ce qui relève d’une transformation en cours.

Et dans le couple, ces passages concernent rarement une seule personne. Ils affectent le lien, les rythmes, les attentes et les équilibres relationnels, même lorsque l’accompagnement est individuel. C’est pourquoi toute approche sérieuse de la sexualité et de la transformation intérieure doit intégrer la dimension relationnelle et les enjeux de pouvoir, sans imposer d’issue prédéterminée.

Pour le dire autrement, l'enjeu en sexothérapie intégrative n’est jamais de "retrouver une sexualité normale", mais de restaurer une cohérence vivante entre le corps, le désir et le lien.

Ce que ces crises sexuelles disent de notre époque et du lien amoureux

Si ces questions émergent aujourd’hui avec autant d’intensité, c’est que nos modèles relationnels et sexuels sont en pleine mutation. Les anciens scripts (performance, disponibilité permanente, désir obligatoir, etc.) montrent leurs limites. La sexualité devient alors un lieu de crise, mais aussi un lieu de vérité.

Penser le blocage sexuel et le sens qu’il porte, accompagner le désir lorsqu’il se transforme, ouvrir un espace de discernement plutôt que de réparation systématique : ces enjeux concernent autant les personnes en transition de vie que les couples en questionnement, et les professionnels qui accompagnent l’intime aujourd’hui.

Il ne s’agit pas d’un modèle à appliquer, mais d’un changement de regard thérapeutique : accepter que certaines crises sexuelles ne demandent pas d’être résolues, mais accompagnées avec rigueur, présence et responsabilité. Cet accompagnement s’adresse aux personnes et aux couples traversant une crise de désir, de lien ou de sens, lorsque les réponses habituelles ne suffisent plus.

C'est la raison pour laquelle je propose (Cf. mon site internet) :

  • des séances individuelles de 45 minutes,

  • des séances de couple d’1 heure,

En sexothérapie, et pour ceux qui me suivent depuis longtemps, vous savez que je travaille selon une approche intégrative articulant notamment psychologie clinique, approche systémique, sexothérapie et accompagnement transpersonnel, avec une attention toute particulière sur le corps et les états de conscience élargie.
 

Lorsque la sexualité n’est plus seulement un problème à régler, mais une question existentielle à traverser, un espace thérapeutique sécurisé peut devenir le point d’appui juste.

Références scientifiques et cliniques 

  • Audibert, C. (2018). Les blessures d’attachement. Payot.
  • Baldeschi, V. (2023). Vivre une sexualité épanouie grâce à la méditation de pleine conscience. La Musardine.
  • Bergström, M. (Dir.). (2025). La sexualité qui vient : Jeunesse et relations intimes après #MeToo. La Découverte.
  • Blin, B., & Chavas, B. (2025). Manuel de psychothérapie transpersonnelle : Respiration holotropique (2e éd.). InterÉditions.
  • Bowlby, J. (1969/1982). Attachment and loss. Vol. 1: Attachment. Basic Books.
  • Brenot, P. (2017). Les hommes, le sexe et l’amour. Les Arènes.
  • Crépault, C. (2015). Sexologie et attachement. Presses de l’Université Laval.
  • Croset-Calisto, M. (2025). La sexualité, qu’est-ce que ça change ? Labor et Fides.
  • Cyrulnik, B. (2004). Parler d’amour au bord du gouffre. Odile Jacob.
  • Dispaux, L. (2022). Le désir de la femme : Guide pour le couple. Éditeur à confirmer selon édition.
  • Dispaux, L. (2024). Sexothérapie de couple : Outils et applications cliniques. RMS Éditions.
  • Gatelier, S., Vigourt-Oudart, S., Plancade, O., Mouchet-Mages, S., & Harmant, V. (2019). Le psychotraumatisme chez les auteurs de violences sexuelles. Dans R. Coutanceau, M. Lacambre, P. Blachère, & J. Truffaut (Dirs.), Sexualités et transgressions : La question de l’altérité (pp. 11–22). Dunod.
  • Grof, S. (1985). Beyond the brain: Birth, death, and transcendence in psychotherapy. State University of New York Press.
  • Guédeney, N., & Guédeney, A. (2014). L’attachement : Concepts et applications. Elsevier Masson.
  • Hargot, T. (2017). Une jeunesse sexuellement libérée (ou presque). Albin Michel.
  • Maté, G. (2018). Quand le corps dit non : le stress qui démolit. Les Éditions de l’Homme.
  • Porges, S. W. (2017). The pocket guide to the polyvagal theory. W. W. Norton & Company.
  • Porges, S. W. (2021). La théorie polyvagale : Fondements neurophysiologiques de la communication, de l’autorégulation et de la sécurité. EDP Sciences.
  • Porges, S. W. (2022). Théorie polyvagale et sentiment de sécurité : Enjeux et solutions thérapeutiques. EDP Sciences.
  • Salomon, P. (2009). La femme solaire. Albin Michel.
  • Smith, J. (2023). L’attachement en psychothérapie de l’adulte : Théorie et pratique clinique. Dunod.
  • Smith, J. (2025). Se reconstruire après des violences sexuelles subies dans l’enfance. Dunod.
  • Théorêt, V., Hébert, M., & Fernet, M. (2017). Attachement amoureux et qualité de vie sexuelle à l’adolescence : le rôle de la communication des besoins sexuels. Service social, 63(2), 71–84.
  • Van Gennep, A. (1909/1981). Les rites de passage. Picard.

NeoSoi - Dr Céline BERCION - psychologue sociale et systémique, psychothérapie, thérapie de couple et sexothérapie - Bordeaux et visio

36 Avenue Roger Cohé
33600 Pessac

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