Douleur pendant la levrette : ce que l'anatomie et la sexothérapie intégrative révèlent

La levrette est l'une des positions sexuelles les plus répandues et les plus fantasmées. Pourtant, elle fait aussi partie des positions les plus fréquemment associées à des douleurs lors de la pénétration profonde. Pour certaines femmes, l'inconfort est occasionnel. Pour d'autres, il devient suffisamment important pour altérer le désir, limiter certaines pratiques sexuelles ou générer de l'inquiétude.

Selon les études, entre 10 et 20 % des femmes rapportent des douleurs pendant les rapports sexuels au cours de leur vie. Les professionnels de santé parlent alors de dyspareunie, un terme qui désigne les douleurs ressenties pendant ou après les rapports sexuels.

Contrairement à une idée reçue, ces douleurs ne s'expliquent pas toujours par un manque de lubrification ou un simple « blocage psychologique ». Elles peuvent être liées à la sensibilité du col de l'utérus, à la mise en tension des ligaments pelviens, à l'endométriose, à une hypertonie du périnée, mais aussi à l'état du système nerveux, à la qualité de l'excitation sexuelle ou au sentiment de sécurité dans la relation.

Alors pourquoi certaines femmes ressentent-elles des douleurs pendant la levrette alors que d'autres éprouvent du plaisir dans cette même position ? Ces douleurs sont-elles uniquement liées à l'anatomie du bassin et à la profondeur de la pénétration, ou révèlent-elles également le rôle du système nerveux, du désir, de la relation de couple et des normes sexuelles qui influencent notre manière de vivre la sexualité ? Entre anatomie, désir, système nerveux et dynamique de couple, cet article propose d'explorer les multiples dimensions d'une douleur souvent banalisée, mais qui mérite pourtant d'être entendue.

Partie 1 - Douleur pendant la levrette : ce qui se passe réellement dans le bassin féminin

Lorsqu'une femme consulte pour une douleur pendant la levrette, la première tentation est parfois de chercher une explication psychologique. Pourtant, avant d'explorer le rôle des émotions, du système nerveux ou de la relation, il est essentiel de comprendre ce qui se passe concrètement dans le corps.

Contrairement à certaines idées reçues, toutes les positions sexuelles ne sollicitent pas les mêmes structures anatomiques. La levrette possède des caractéristiques biomécaniques particulières qui favorisent souvent une pénétration plus profonde. C'est précisément ce qui explique qu'elle puisse être source de plaisir pour certaines femmes et d'inconfort, voire de douleur, pour d'autres.

1.1 Pourquoi la levrette est-elle si souvent concernée par les douleurs profondes ?

Toutes les positions sexuelles ne sollicitent pas le bassin de la même manière. La levrette présente une particularité biomécanique : elle favorise souvent une pénétration plus profonde et modifie l'angle de rencontre entre le pénis, le vagin, le col de l'utérus et les structures pelviennes profondes.

Cette configuration peut entraîner :

  • une mobilisation plus importante du col de l'utérus ;
  • une mise en tension de certains ligaments pelviens ;
  • une pression accrue sur certaines zones du bassin ;
  • une difficulté plus grande à ajuster spontanément la profondeur des mouvements.

C'est l'une des raisons pour lesquelles cette position revient fréquemment dans les consultations pour douleur pendant la pénétration profonde.

1.2 La douleur est une expérience, pas un simple capteur anatomique

Lorsque nous parlons de douleur sexuelle, nous avons souvent tendance à imaginer une relation directe entre une structure anatomique et une sensation douloureuse.

Or, la réalité est plus complexe. Le cerveau ne mesure pas la douleur comme un thermomètre mesure la température. Il interprète en permanence des informations provenant du corps afin d'évaluer si une situation lui paraît confortable, inconfortable ou potentiellement menaçante.

C'est pourquoi une même stimulation peut produire des expériences très différentes selon les personnes. Une pénétration profonde qui procure du plaisir à une femme peut générer de l'inconfort ou de la douleur chez une autre. Cela ne signifie pas qu'un corps fonctionne mieux que l'autre. Cela signifie simplement que la douleur sexuelle résulte rarement d'un seul facteur anatomique.

Cette observation constitue un point essentiel : les ligaments, le col de l'utérus ou le périnée peuvent participer à l'expérience douloureuse, mais ils n'en sont pas nécessairement l'unique explication.

1.3 Toutes les femmes n'ont pas la même anatomie... et c'est normal

Nous avons parfois tendance à considérer le corps féminin comme un modèle standardisé. Pourtant, les variations anatomiques sont nombreuses et parfaitement normales. Certaines femmes présentent :

  • un utérus antéversé ;
  • un utérus rétroversé ;
  • une mobilité utérine plus ou moins importante ;
  • une profondeur vaginale différente ;
  • une sensibilité variable du col de l'utérus ;
  • des tissus plus ou moins souples selon les périodes de la vie.

Autrement dit, il n'existe pas de position sexuelle universellement confortable ou inconfortable.

Contrairement à ce que l'on peut parfois lire sur les réseaux sociaux, aucune donnée scientifique ne permet d'affirmer qu'une position sexuelle serait mauvaise pour toutes les femmes. Tout dépend de l'anatomie, du contexte et de la manière dont cette position est vécue.

1.4 Le facteur hormonal : un angle trop souvent négligé

Certaines femmes constatent qu'une position sexuelle agréable à un moment du mois devient inconfortable quelques semaines plus tard. Et cette observation possède une base physiologique réelle car le cycle menstruel influence :

  • la congestion du bassin ;
  • la sensibilité du col ;
  • les douleurs liées à l'endométriose ;
  • la lubrification ;
  • certaines perceptions sensorielles.

De même, la périménopause et la ménopause peuvent modifier le confort de certaines positions sexuelles en raison des changements hormonaux qui affectent les tissus génitaux et pelviens.

1.5 Vrai ou faux ?

« Avoir mal pendant la levrette est normal. »

C'est faux et, surtout, totalement faux.  Une gêne ponctuelle peut arriver chez n'importe quelle femme.

En revanche, une douleur répétée, intense ou suffisamment importante pour limiter la sexualité mérite toujours d'être explorée. Le corps ne produit pas une douleur persistante sans raison.

Partie 2 - Quand le système nerveux protège : pourquoi la douleur pendant la levrette n'est pas seulement mécanique

Au-delà de tout cela, si l'anatomie explique une partie de l'histoire, mais elle ne l'explique pas entièrement. Un paradoxe demeure. Certaines femmes présentant une anatomie très proche, sans pathologie particulière, peuvent vivre cette même position de façon radicalement différente. L'une ressentira du plaisir, l'autre de la douleur. Pour comprendre cette différence, il faut quitter momentanément le bassin et s'intéresser à un acteur souvent invisible mais déterminant dans la sexualité : le système nerveux. En effet, contrairement à ce que nous imaginons souvent, la douleur sexuelle n'est jamais produite uniquement par les tissus du bassin. Elle résulte de la manière dont le cerveau interprète les informations qui lui parviennent du corps.

2.1 La douleur n'est pas une mesure objective du corps

L'une des découvertes majeures des neurosciences contemporaines est que la douleur ne correspond pas à une simple lecture mécanique de ce qui se passe dans les tissus. Pendant longtemps, nous avons imaginé qu'une structure douloureuse produisait automatiquement une sensation douloureuse. Aujourd'hui, nous savons que la réalité est beaucoup plus complexe.

Le cerveau reçoit en permanence des informations provenant des muscles, des ligaments, des organes, du système immunitaire et du système nerveux. À partir de ces données, il évalue si la situation lui paraît confortable, inconfortable ou potentiellement menaçante.

La douleur correspond alors à une expérience construite par le cerveau afin de protéger l'organisme.

Autrement dit, une même stimulation peut être vécue comme agréable, neutre ou douloureuse selon la personne, le contexte et l'état du système nerveux au moment où elle survient. Cette observation permet déjà de comprendre pourquoi deux femmes présentant une anatomie comparable peuvent réagir de manière totalement différente à une même pénétration profonde.

2.2 Le corps ne distingue pas toujours sécurité physique et sécurité émotionnelle

La sexualité n'est pas une simple affaire d'organes génitaux dans la mesure où elle mobilise l'ensemble de l'organisme : le cerveau, les émotions, la mémoire corporelle, les hormones et le système nerveux autonome. Lorsque nous nous sentons en sécurité, le corps favorise naturellement :

  • la détente musculaire ;
  • la lubrification ;
  • l'excitation sexuelle ;
  • la disponibilité au plaisir ;
  • l'ouverture à la rencontre.

À l'inverse, lorsqu'il perçoit une menace ou une insécurité, même subtile, il peut activer différents mécanismes de protection. Ces réactions apparaissent souvent bien avant que nous en ayons conscience.

Parmi les modèles les plus utilisés en clinique pour comprendre ces phénomènes figure la théorie polyvagale développée par Stephen Porges. Cette approche propose que notre organisme évalue en permanence son environnement afin de déterminer s'il peut se détendre ou s'il doit se protéger.

Même si certains aspects du modèle continuent d'être discutés dans la littérature scientifique, il demeure particulièrement utile pour comprendre pourquoi certaines expériences sexuelles deviennent plus difficiles lorsque le système nerveux se sent en état d'alerte. Avant même que nous réfléchissions consciemment, le corps se pose une question fondamentale : « suis-je suffisamment en sécurité pour me détendre ? ». Cette question concerne autant la survie que la sexualité.

2.3 Pourquoi une pénétration profonde peut devenir douloureuse

Lorsque le système nerveux détecte une forme d'insécurité, plusieurs phénomènes peuvent apparaître simultanément :

  • augmentation du tonus musculaire ;
  • contraction du plancher pelvien ;
  • diminution de la lubrification ;
  • hypersensibilité à certaines sensations ;
  • augmentation de la vigilance corporelle.

Une stimulation qui serait perçue comme agréable dans un contexte de détente peut alors devenir inconfortable, voire douloureuse. Et c'est particulièrement vrai lors des pénétrations profondes qui sollicitent davantage les structures internes du bassin.

La douleur pendant la levrette n'est donc pas toujours le signe qu'un tissu est lésé. Elle peut également refléter un système nerveux qui considère que les conditions nécessaires à la détente ne sont pas complètement réunies.

2.4 Une question rarement posée : le corps était-il réellement prêt ?

Dans les consultations de sexothérapie, cette question est souvent plus importante qu'il n'y paraît. Si la plupart des couples s'interrogent sur la position sexuelle, la fréquence des rapports ou la technique, en revanche ils s'interrogent beaucoup moins sur l'état réel du corps au moment de la pénétration.

Pourtant, les travaux de Emily Nagoski ont largement montré que l'excitation sexuelle féminine repose sur un équilibre entre les mécanismes qui favorisent le désir et ceux qui le freinent. Un corps insuffisamment excité ne réagit pas de la même manière qu'un corps pleinement engagé dans l'expérience. La pénétration profonde sera généralement mieux tolérée lorsque :

  • l'excitation est suffisante ;
  • le bassin est détendu ;
  • la lubrification est adéquate ;
  • le rythme respecte les sensations de la personne.

À l'inverse, lorsqu'une femme est préoccupée, stressée, fatiguée ou peu connectée à son désir, certaines positions peuvent devenir plus inconfortables.

Cela ne signifie pas que le problème est « dans sa tête ». Cela signifie que le cerveau, le système nerveux et le corps participent ensemble à l'expérience sexuelle. La nuance est de taille ! 

2.5 Le périnée : quand le corps reste en état de protection

Dans la première partie, nous avons vu que certaines femmes présentent une hypertonie du plancher pelvien.

Le périnée reste alors partiellement contracté même au repos. Cette tension chronique peut être favorisée par :

  • le stress ;
  • l'anxiété ;
  • certaines douleurs antérieures ;
  • des expériences sexuelles douloureuses ;
  • certaines peurs liées à la sexualité ;
  • des mécanismes corporels devenus automatiques avec le temps ;
  • Etc.

Autrement dit, plus le périnée est contracté, plus la pénétration profonde risque d'être perçue comme inconfortable.

Le problème n'est alors pas uniquement musculaire. Il concerne également les mécanismes de protection mis en place par le système nerveux.

2.6 Quand le système nerveux devient hypersensible : la sensibilisation centrale

Un autre concept mérite d'être connu lorsqu'une douleur sexuelle s'installe dans la durée : la sensibilisation centrale.

En effet, dans certaines situations, le système nerveux devient progressivement plus réactif aux sensations provenant du bassin. La douleur n'est alors plus uniquement liée à une lésion ou à une inflammation active. Les circuits nerveux impliqués dans la perception de la douleur deviennent eux-mêmes plus sensibles. Et cette hypersensibilité peut se développer après :

  • des années d'endométriose ;
  • des douleurs sexuelles répétées ;
  • certaines interventions médicales ;
  • des traumatismes ;
  • ou des périodes prolongées de stress.

Le corps réagit alors plus intensément à des stimulations qui, auparavant, auraient été perçues comme neutres ou peu gênantes. Cette réalité est aujourd'hui largement reconnue dans l'étude des douleurs pelviennes chroniques.

2.7 Quand le stress chronique s'invite dans la chambre

Nous parlons souvent du désir sexuel comme s'il pouvait apparaître spontanément, indépendamment du reste de la vie. Pourtant, le système nerveux ne passe pas instantanément du mode gestion des problèmes au mode disponibilité sexuelle : charge mentale, responsabilités familiales, préoccupations financières, tensions professionnelles, fatigue chronique ou manque de sommeil influencent directement l'état physiologique du corps.

Or, un organisme mobilisé en permanence pour faire face au stress dispose souvent de moins de ressources pour accéder à la détente nécessaire à certaines expériences sexuelles. Cette réalité concerne particulièrement de nombreuses femmes en milieu de vie, qui jonglent simultanément entre vie professionnelle, responsabilités familiales, vie conjugale et parfois soutien aux parents vieillissants.

2.8 Le rôle du ressentiment et des émotions non exprimées

La peur n'est pas la seule émotion susceptible d'influencer la sexualité. Dans les consultations de couple, il est fréquent d'observer que certaines douleurs apparaissent ou s'intensifient dans un contexte de frustration, de déception ou de colère relationnelle.

Par exemple, vivre le sentiment de ne pas être entendue, reconnue ou soutenue peut progressivement altérer le sentiment de sécurité émotionnelle nécessaire à la détente sexuelle.

Le bassin n'est pas seulement sensible au danger.
Il est également sensible aux émotions qui n'ont pas trouvé d'espace d'expression dans la relation.

Bien entendu, cela ne signifie pas que toute douleur sexuelle traduit un conflit de couple. Cela signifie simplement que le corps et la relation s'influencent mutuellement de manière beaucoup plus étroite qu'on ne l'imagine souvent.

2.9 La mémoire corporelle : quand le corps se souvient avant la pensée

Ce que montrent les travaux de Bessel van der Kolk, c'est que les expériences douloureuses, stressantes ou traumatiques peuvent laisser une empreinte durable dans les systèmes de régulation du corps.

Et cela ne concerne pas uniquement les violences sexuelles. Une succession de rapports douloureux, une chirurgie, un accouchement difficile, une maladie gynécologique ou certaines expériences relationnelles peuvent également modifier la manière dont le système nerveux interprète certaines sensations.

Le bassin peut alors anticiper le danger avant même que la personne ne le fasse consciemment. Cette anticipation favorise :

  • la contraction musculaire ;
  • l'hypervigilance ;
  • l'augmentation de la douleur.

2.10 Le regard de la psychologie sociale

Ce que nous percevons comme sécurisant ou menaçant ne dépend pas uniquement de notre biologie.

En effet, nos expériences sexuelles sont également influencées par notre histoire relationnelle, notre éducation, les modèles amoureux auxquels nous avons été exposés et les représentations sociales de la sexualité que nous avons intégrées au fil du temps.
Nous avons parfois tendance à considérer nos réactions comme purement personnelles alors qu'elles sont également façonnées par notre environnement social et culturel. Autrement dit, le système nerveux n'évolue jamais dans le vide. Il est influencé par les contextes familiaux, relationnels et culturels dans lesquels nous avons grandi.

Cette observation constitue l'un des ponts les plus féconds entre les neurosciences, la psychologie sociale et la sexothérapie intégrative.

2.11 La douleur comme signal de protection

Lorsque la douleur apparaît pendant la levrette, la tentation est souvent de la considérer comme un dysfonctionnement à supprimer le plus rapidement possible.

Pourtant, les connaissances actuelles invitent à adopter une autre lecture. Sous cet angle, la douleur n'apparaît plus seulement comme un problème. Elle devient parfois un signal de protection envoyé par un organisme qui estime que certaines conditions nécessaires à la détente, au plaisir ou à la sécurité ne sont pas totalement réunies.

Cela ne signifie pas que la douleur est imaginaire. Cela signifie que le corps tente d'attirer l'attention sur quelque chose qui mérite d'être compris. L'anatomie explique une partie du phénomène. Le système nerveux en explique une autre. Mais une dernière dimension reste encore à explorer : celle de la relation, du désir et des représentations sexuelles qui influencent profondément notre manière de vivre certaines positions.

Partie 3 - Ce que la douleur révèle parfois du désir, du couple et des normes sexuelles

Après avoir exploré l'anatomie du bassin puis le rôle du système nerveux, une dernière dimension mérite d'être examinée : celle du lien. En effet, une douleur sexuelle n'apparaît jamais dans un vide relationnel. Elle s'inscrit dans une histoire faite de regards, de conversations, de conflits évités, de désirs exprimés ou retenus, de représentations de la sexualité et parfois d'attentes silencieuses auxquelles chacun tente de répondre.

Une position sexuelle n'est jamais seulement une posture du corps. C'est aussi une posture relationnelle, émotionnelle et symbolique.

C'est précisément là que la sexothérapie intégrative, la psychologie sociale et l'approche systémique apportent un éclairage complémentaire.

3.1 Et si le problème n'était pas la levrette ?

Lorsqu'une douleur apparaît systématiquement dans cette position, il est tentant de considérer la levrette comme la cause du problème. Pourtant, dans de nombreuses situations, elle agit davantage comme un révélateur que comme une origine. Elle peut révéler une douleur pelvienne préexistante, une endométriose encore non diagnostiquée, une hypertonie du périnée, un niveau d'excitation insuffisant, une fatigue chronique ou certaines tensions relationnelles passées jusque-là inaperçues.

Autrement dit, la question n'est pas toujours : "pourquoi la levrette me fait-elle mal ?" mais bien plutôt : "pourquoi cette position est-elle celle qui révèle quelque chose qui était déjà présent dans mon corps, dans mon désir ou dans ma relation ?"

Cette nuance est fondamentale car elle déplace le regard du symptôme vers le contexte dans lequel il apparaît. Dans ma pratique clinique, certaines femmes découvrent ainsi que leur douleur pendant la levrette n'est pas uniquement une question de bassin, de col de l'utérus ou de ligaments. Elle devient le point de rencontre entre plusieurs réalités : leur corps, leur histoire, leur fatigue, leur désir et leur manière d'être en lien avec leur partenaire.

Certaines femmes ne souffrent pas parce qu'elles pratiquent la levrette.
Elles souffrent parfois parce qu'elles pratiquent une sexualité qui ne leur ressemble pas / plus.

3.2 Quand la douleur devient un message du système relationnel

L'approche systémique nous invite à regarder au-delà de l'individu. Une douleur sexuelle ne concerne jamais uniquement la personne qui la ressent ; elle apparaît dans un système relationnel donné, à un moment donné de l'histoire du couple. Certaines femmes racontent que la douleur est apparue :

  • après une infidélité ;
  • après plusieurs années de ressentiment ;
  • après l'arrivée des enfants ;
  • après une succession de conflits ;
  • ou lorsque la sexualité a progressivement cessé d'être un espace de rencontre pour devenir un lieu d'obligation, de négociation ou de frustration.

Il ne s'agit pas de dire que le conflit crée mécaniquement la douleur. Il s'agit plutôt de reconnaître qu'il est difficile pour le corps de se détendre pleinement lorsque le lien est fragilisé.

Le bassin ne réagit pas uniquement à la pénétration. Il réagit aussi à la qualité de la relation dans laquelle cette pénétration prend place.

3.3 Pourquoi tant de femmes pensent-elles qu'elles devraient aimer cette position ?

Voici probablement l'un des angles morts les plus importants de ce sujet. La levrette occupe une place particulière dans l'imaginaire collectif. Elle est souvent associée à l'intensité, à la passion, à la performance sexuelle, à la virilité ou encore aux scénarios pornographiques les plus diffusés. Sans même nous en rendre compte, nous intégrons progressivement ces représentations.

La psychologie sociale parle de scripts sexuels pour désigner les scénarios implicites qui nous apprennent ce qu'une sexualité « réussie » est censée être. Ces scripts nous indiquent ce qui devrait être excitant, ce qui devrait procurer du plaisir et ce qu'un homme ou une femme sont supposés apprécier.

Le problème apparaît lorsque le corps ne partage pas ces attentes. Une femme peut alors se demander  : "pourquoi tout le monde semble aimer cette position alors que moi, elle me fait mal ou ne me procure aucun plaisir ?"

La réponse est souvent beaucoup plus simple qu'elle ne l'imagine : les corps sont différents, les sensibilités sont différentes, les histoires sexuelles sont différentes et il n'existe aucune position sexuelle universellement agréable.

La seule véritable question à seposer est celle-ci : "cette position me convient-elle réellement ?"

3.4 Pourquoi certaines femmes continuent-elles malgré la douleur ?

En tant que sexologue, cette question est souvent aussi importante, voire plus importante que la douleur elle-même. Dans les consultations, il n'est pas rare d'entendre :

« Je pensais que c'était normal » / « Je ne voulais pas casser le moment » / « Je ne voulais pas le frustrer » / « Je me disais que ça allait passer. »

Ces phrases racontent quelque chose de profondément humain dans la mesure où elles révèlent la difficulté que rencontrent de nombreuses femmes à faire passer leurs sensations avant la préservation du lien.

Depuis l'enfance, beaucoup ont appris à prendre soin des autres, à maintenir l'harmonie relationnelle, à éviter les conflits ou à répondre aux attentes de leur entourage. Cette tendance ne disparaît pas lorsqu'elles entrent dans la sexualité. Elle peut conduire à minimiser une douleur au fond pendant les rapports, à ignorer un inconfort récurrent ou à poursuivre une pénétration profonde malgré les signaux envoyés par le corps.

Sous cet angle, la douleur devient parfois un langage. Le corps exprime alors une limite que la personne n'arrive pas toujours à poser verbalement.

3.5 Ce que cette position représente compte parfois autant que ce qu'elle fait

La levrette est probablement l'une des positions les plus chargées symboliquement.

Si pour certaines femmes, elle évoque la confiance, l'abandon, la liberté ou l'intensité érotique, pour d'autres, elle réveille un sentiment de vulnérabilité, de perte de contrôle ou d'exposition. Et certaines oscillent entre ces deux expériences. Cette diversité mérite d'être reconnue car la signification que nous attribuons à une pratique sexuelle influence parfois autant notre expérience que la pratique elle-même.

3.6 Et si la douleur révélait parfois un désir devenu silencieux ?

Voici probablement l'une des questions les plus délicates de cet article. Certaines femmes consultent parce qu'elles ont mal pendant certaines positions sexuelles. Mais au fil du travail thérapeutique, une autre question apparaît parfois : "est-ce que j'ai encore envie ?". 

Cette interrogation ne signifie pas nécessairement que l'amour a disparu. Elle ne signifie pas non plus qu'il existe un problème de couple. Elle invite simplement à distinguer plusieurs réalités souvent confondues :

  • aimer son partenaire ;
  • consentir à un rapport ;
  • désirer une pratique sexuelle ;
  • éprouver du plaisir dans cette pratique.

Le problème est que ces dimensions ne sont pas toujours alignées. Une femme peut aimer profondément son partenaire, consentir pleinement à la relation sexuelle et pourtant constater que son corps ne répond plus avec le même enthousiasme à certaines formes de sexualité. Cette réalité mérite aussi d'être explorée sans culpabilité.

3.7 Retrouver une sexualité qui ressemble à son corps

Face à une levrette douloureuse ou à une douleur pendant certaines positions sexuelles, la question n'est peut-être pas tant de savoir "comment puis-je supporter cette pratique ?", mais plutôt de se demander dans quelles conditions mon corps a-t-il besoin pour se sentir suffisamment en sécurité, détendu et disponible pour vivre cette expérience ? »

Parfois, la réponse sera médicale.
Parfois, elle passera par une rééducation périnéale.
Parfois, elle impliquera un travail sur le stress, le désir ou la relation de couple.
Et parfois, elle conduira simplement à reconnaître qu'une position sexuelle n'a pas besoin d'être appréciée pour qu'une sexualité soit épanouissante.

Au fond, une sexualité vivante ne se mesure pas à la capacité de reproduire certains scénarios sexuels. Elle se mesure à la capacité d'habiter son corps, d'écouter ses sensations et de construire une rencontre dans laquelle plaisir, liberté et sécurité peuvent enfin aller dans la même direction.

Conclusion

Pourquoi certaines femmes ont-elles mal pendant la levrette alors que d'autres y trouvent du plaisir ? Parce qu'il n'existe pas une seule manière de vivre son corps, son désir ou sa sexualité.

L'anatomie compte. Le col de l'utérus compte. Les ligaments, le périnée et le système nerveux comptent également. Idem pour la qualité du lien amoureux. Pourtant, aucun de ces éléments ne raconte à lui seul toute l'histoire.

Une douleur pendant la pénétration profonde, une levrette douloureuse ou un rapport sexuel douloureux sont rarement réductibles à une seule cause. Chaque situation est unique parce qu'elle naît à la rencontre d'un corps, d'une histoire personnelle, d'une relation de couple et d'un contexte de vie particulier. C'est précisément cette complexité qui invite à dépasser les explications simplistes et qui fait que mon métier est passionnant. 


Face à une douleur sexuelle, notre premier réflexe est souvent de vouloir la faire disparaître le plus vite possible. Pourtant, certaines douleurs méritent d'abord d'être comprises. Non parce qu'elles posséderaient nécessairement une signification cachée. Non parce que tout serait psychologique. Mais parce qu'elles nous renseignent parfois sur les conditions dont notre corps a besoin pour se sentir suffisamment en sécurité, détendu et disponible pour le plaisir.

Parfois, la douleur révèle une endométriose ou une hypertonie du périnée. Parfois, elle met en lumière un système nerveux épuisé par le stress chronique. Parfois encore, elle attire l'attention sur une sexualité qui ne correspond plus totalement aux besoins, aux limites ou aux désirs de la personne.

En d'autres termes, le corps ne nous empêche pas toujours de vivre quelque chose. Parfois, il nous empêche de continuer à vivre quelque chose qui ne nous convient plus.


Nous avons longtemps appris à nous demander quelles positions sexuelles nous devrions aimer. Nous avons appris qu'une sexualité épanouie devait ressembler à certains modèles, suivre certains scripts et répondre à certaines attentes.

La question la plus importante est peut-être ailleurs. Elle serait plutôt de ce côté-là : quelles sont les conditions qui permettent à notre corps, à notre désir et à notre relation d'aller dans la même direction ? Car une sexualité vivante ne se mesure ni à la performance, ni à la fréquence des rapports, ni à la capacité de reproduire certaines pratiques.

Elle se construit dans la liberté d'écouter son corps, dans la possibilité d'exprimer ses limites comme ses envies, et dans la capacité du couple à s'ajuster plutôt qu'à se conformer. Une sexualité épanouissante ne se construit pas contre son partenaire. Elle se construit avec lui, dans une rencontre où chacun peut être pleinement présent à lui-même sans avoir à se trahir pour préserver le lien. Et c'est peut-être là le véritable enjeu de cet article : cesser de se demander ce qu'une sexualité réussie devrait être, pour commencer à explorer ce qui permet à chacun de vivre une sexualité qui lui ressemble réellement.

Vous souffrez de douleurs pendant les rapports sexuels ?

Une douleur pendant la levrette, une douleur au fond pendant les rapports, une baisse du désir ou des difficultés récurrentes dans votre vie intime ne sont jamais des sujets anodins. En tant que psychologue sociale et systémique, thérapeute de couple et sexothérapeute, j'accompagne les femmes et les couples à comprendre les dimensions corporelles, émotionnelles, relationnelles et sexuelles qui influencent leur vie intime. Pour prendre rv à mon cabinet à Bordeaux ou en visio : https://www.neosoi.fr/

Etayages scientifiques 

  • Bowlby, J. (2002). Attachement et perte. Tome 1 : L'attachement (trad. fr.). Presses Universitaires de France. (Ouvrage original publié en 1969).
  • Crépault, C. (2015). La sexualité humaine : Fondements biologiques et psychologiques. Chenelière Éducation.
  • Guédeney, N., & Guédeney, A. (2021). L'attachement : Approche clinique et thérapeutique (5e éd.). Elsevier Masson.
  • Héril, A. (2010). La thérapie sexuelle. InterÉditions.
  • Héril, A. (2021). Les chemins du désir. Payot.
  • Gagnon, J. H. (2008). Les scripts de la sexualité : Essais sur les origines culturelles du désir. Payot.
  • Lopès, P., & Poudat, F.-X. (Dirs.). (2022). Manuel de sexologie (4e éd.). Elsevier Masson.
  • Nagoski, E. (2021). Come as you are : Comprendre le désir féminin (trad. fr.). Marabout.
  • Noël, J.-F. (2020). La peur d'aimer. Salvator.
  • Persiaux, G. (2021). Guérir des blessures d'attachement : Apprendre à construire des liens apaisés. Eyrolles.
  • Porges, S. W. (2023). La théorie polyvagale : Fondements neurophysiologiques des émotions, de l'attachement, de la communication et de l'autorégulation (trad. fr.). Ressources Primordiales.
  • Van der Kolk, B. A. (2018). Le corps n'oublie rien : Le cerveau, l'esprit et le corps dans la guérison du traumatisme (trad. fr.). Albin Michel.
  • https://cngof.fr/
  • https://www.has-sante.fr/jcms/c_2819733/fr/prise-en-charge-de-l-endometriose
  • https://www.inserm.fr/?s=endom%C3%A9triose

NeoSoi - Dr Céline BERCION - psychologue sociale et systémique, psychothérapie, thérapie de couple et sexothérapie - Bordeaux et visio

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