Traumatisme psychologique : comprendre les types de trauma et les signes du TSPT
Trauma de type I, II ou III, négligence, trauma complexe, trouble de stress post-traumatique : ces termes ne désignent pas la même chose. Certains décrivent la forme d’une exposition, d’autres des effets possibles ou un diagnostic. Cette fiche vous aide à les distinguer.
À retenir : les types I, II et III sont des repères issus de modèles théoriques. La négligence parentale concerne des besoins essentiels laissés sans réponse. Le trouble de stress post-traumatique (TSPT), quant à lui, est un diagnostic évalué à partir de symptômes persistants et de leur retentissement.
Partie 1 - Qu’est-ce qu’un traumatisme psychologique ?
Le mot trauma peut désigner l’événement vécu ou ses effets psychiques. Il est donc utile de distinguer l’événement potentiellement traumatisant de ce qui se passe pour la personne après cet événement.
Une expérience peut confronter à la mort, à une menace grave, à une blessure ou à des violences sexuelles. La personne peut se sentir en danger, impuissante ou submergée. Elle peut être sidérée, se sentir comme absente ou constater que son corps réagit avant même qu’elle ait compris ce qui se passe. Les effets possibles concernent les souvenirs, le sommeil, les émotions, les sensations corporelles, le sentiment de sécurité et les relations. https://www.santepubliquefrance.fr/stress-post-traumatique/quelles-sont-les-consequences-psychologiques-dune-exposition-a-un-evenement-traumatisant-comme-les
Nota : ces réactions varient d’une personne à l’autre. Vivre une expérience grave ne signifie pas automatiquement développer un trouble psychique, ni un TSPT. Une souffrance réelle ne correspond pas nécessairement à ce diagnostic.
Partie 2 - Trauma type I (simple), type II (complexe) et type III
Les types I et II viennent de la distinction proposée par la psychiatre Lenore Terr. La psychologue Eldra Solomon et la criminologue Kathleen Heide ont ensuite proposé une catégorie de type III. Ces termes décrivent des formes d’exposition et, pour le type III, des conséquences possibles. Ils ne constituent pas des diagnostics officiels ni une échelle universelle de gravité.
| Repère | Ce qui le caractérise | Exemple |
|---|---|---|
| Type I, souvent rapproché du trauma simple | Un événement unique, circonscrit dans le temps, d’apparition brutale. | Un accident grave ou une agression. |
| Type II | Des événements qui se répètent, durent ou menacent de se reproduire pendant une longue période. L’exposition peut commencer à différents âges. | Un adulte subit des violences conjugales répétées pendant plusieurs années. |
| Type III, selon Solomon et Heide | Des événements multiples, violents et envahissants, qui commencent tôt dans la vie et se prolongent. Les auteurs décrivent aussi leurs effets possibles sur le développement. | Un enfant grandit dans un environnement marqué pendant des années par des violences répétées et l’absence durable de protection. |
Quelle différence entre trauma de type II et type III ?
Le type II décrit surtout la répétition ou la durée de l’exposition. Le type III ajoute des caractéristiques : les événements commencent tôt, sont multiples et envahissants, et peuvent affecter le développement, le sentiment de soi, la confiance ou les relations.
Une exposition répétée qui commence à l’âge adulte peut donc correspondre à la description du type II sans correspondre au type III proposé par Solomon et Heide. À l’inverse, une expérience commencée dans l’enfance ne relève pas automatiquement du type III. Dans leur article, les auteurs décrivent des effets possibles, comme des difficultés de mémoire ou de régulation émotionnelle, un sentiment de soi fragilisé, de la honte ou des difficultés à faire confiance. Cette description n’est pas une liste diagnostique universelle.
Les termes trauma simple et trauma complexe relèvent d’un autre cadre conceptuel. Le trauma simple est souvent rapproché du type I ; le trauma complexe concerne notamment certaines victimisations chroniques. Ces rapprochements sont utiles, mais les catégories ne se superposent pas parfaitement.
Partie 3 - Trauma de négligence : quand des besoins essentiels restent sans réponse
La négligence parentale peut concerner les besoins matériels et la protection de l’enfant, mais aussi ses besoins affectifs et relationnels : être regardé, écouté, réconforté, soutenu et pouvoir compter sur une présence suffisamment fiable.
Ruth Cohn invite à considérer non seulement ce qui est arrivé à l’enfant, mais aussi ce qui, de façon répétée, n’a pas eu lieu : une réponse à sa détresse, un geste de réconfort, une protection ou une attention ajustée. Ainsi, un enfant peut être nourri, logé et scolarisé tout en manquant durablement de chaleur, de soutien ou de disponibilité émotionnelle. Ces manques peuvent peser sur son développement et sa manière d’entrer en relation ; leurs effets ne sont toutefois pas identiques pour tous et ne se déduisent pas d’une imperfection parentale ou d’une indisponibilité ponctuelle. Il faut considérer la durée, la répétition, le contexte et les besoins de l’enfant.
Exemple : un enfant régulièrement laissé seul face à sa détresse peut apprendre à ne plus demander d’aide ou à se débrouiller très tôt. Une indisponibilité ponctuelle ou une période difficile ne suffit pas à conclure à une négligence : il faut tenir compte de la répétition, de la durée, du contexte et des besoins de l’enfant.
Gwénaëlle Persiaux et Yoanna Micoud consacrent d'ailleurs un ouvrage remarquable à ces formes de négligence parentale moins visibles et à leurs effets possibles sur l’attachement et la vie adulte. Ce livre (https://www.editions-eyrolles.com/livre/parents-negligents-un-trauma-invisible?) apporte un éclairage clinique et psychoéducatif ; il ne crée pas une nouvelle catégorie diagnostique.
Partie 4 - Trouble de stress post-traumatique : quels signes observer ?
Le trouble de stress post-traumatique, ou TSPT, peut apparaître après une expérience traumatisante. La personne peut continuer à ressentir une menace dans le présent alors que l’événement est terminé. Le diagnostic repose sur plusieurs symptômes persistants et sur leur retentissement dans la vie quotidienne (Cf. source OMS : https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/post-traumatic-stress-disorder)
Le tableau suivant présente des manifestations possibles par domaine. Ce sont des repères de psychoéducation, pas des catégories diagnostiques séparées.
| Domaine | Manifestations possibles | Exemple concret |
|---|---|---|
| Physique et sensoriel | Sursauts, tensions, palpitations, sueurs, souffle court ou sommeil perturbé. | Un bruit de frein déclenche une forte alerte après un accident. |
| Émotionnel | Peur, détresse, colère, honte ou culpabilité ; parfois détachement ou engourdissement émotionnel. | La personne se reproche de ne pas avoir réagi autrement alors qu’elle était en danger. |
| Cognitif et mémoriel | Souvenirs intrusifs, cauchemars, flashbacks, difficultés de concentration ou pensées négatives persistantes. | Une odeur ramène vivement la personne à l’événement. |
| Situations et comportements | Éviter les pensées, conversations, lieux, personnes ou activités associés à l’événement ; rester en alerte. | La personne renonce à un trajet ou à une sortie par crainte d’être submergée. |
| Relations et vie quotidienne | Retrait, irritabilité, difficulté à faire confiance ou retentissement sur la vie familiale, sociale et professionnelle. | Elle souhaite être proche de son partenaire, puis s’éloigne lorsqu’un geste la surprend. |
Dans la CIM-11, les repères centraux du TSPT sont le revécu de l’événement dans le présent, l’évitement de ce qui le rappelle et le sentiment persistant de menace actuelle. Les symptômes durent au moins plusieurs semaines et entraînent une détresse importante ou une gêne dans la vie quotidienne. La culpabilité, la honte ou les réactions physiques peuvent être présentes, mais aucun signe isolé ne permet de conclure à un TSPT.(Cf. définition de l'OMS https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/mental-disorders?)
Partie 5 - Trauma complexe et TSPT complexe : ne pas confondre
L’expression trauma complexe est utilisée en clinique pour parler de certaines expériences répétées ou prolongées et de leurs effets possibles. Elle ne constitue pas, à elle seule, un diagnostic.
Le TSPT complexe est un diagnostic distinct reconnu dans la CIM-11. Il associe les signes centraux du TSPT à des difficultés durables de régulation émotionnelle, à une image de soi très négative et à des difficultés relationnelles. Une exposition répétée, ou décrite comme un trauma de type II ou III, ne suffit pas à poser ce diagnostic (Cf. déf OMS descriptions cliniques et exigences diagnostiques pour les troubles mentaux, comportementaux et neurodéveloppementaux de la CIM-11 (CDDR) https://www.who.int/publications/i/item/9789240077263?)
Partie 6 - Questions fréquentes
Toute personne ayant vécu un événement traumatisant développe-t-elle un TSPT ?
Non. Une personne peut éprouver une détresse sans présenter un TSPT. Le diagnostic nécessite l’évaluation de plusieurs symptômes et de leur retentissement.
Quelle différence entre trauma de type II et trauma complexe ?
Le type II décrit une exposition répétée ou prolongée. « Trauma complexe » est une notion clinique concernant certaines expériences et leurs effets possibles. Ces termes ne sont pas synonymes.
La culpabilité ou les flashbacks suffisent-ils à reconnaître un TSPT ?
Non. Ce sont des manifestations possibles, mais aucun signe pris isolément ne suffit à poser un diagnostic.
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Ressources scientifiques
- Josse, É. (2019). Le traumatisme psychique chez l’adulte. De Boeck Supérieur.
- Cohn, R. (2026). Le trauma de négligence : reconnaître, accompagner et guérir. Quantum Way.
- Persiaux, G., & Micoud, Y. (2026). Parents négligents, un trauma invisible : Quand ce qui a manqué dans l’enfance entrave l’adulte d’aujourd’hui. Eyrolles.
- Solomon, E. P., & Heide, K. M. (1999). "Type III Trauma: Toward a More Effective Conceptualization of Psychological Trauma." International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, 43(2), 202–210.
- Terr, L. C. (1991). "Childhood traumas: An outline and overview." American Journal of Psychiatry, 148(1), 10–20.
NeoSoi - Céline BERCION - Dr en psychologie sociale, psychothérapie, thérapie de couple et sexothérapie - Bordeaux Pessac et visio
36 Avenue Roger Cohé
33600
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